Frappes israéliennes sur un bâtiment des médias et des civils à Gaza

AFP
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La communauté internationale a manifesté samedi sa vive inquiétude après des bombardements israéliens dans la bande de Gaza ayant détruit les locaux de médias internationaux et tué huit enfants, des frappes vengées par des salves de roquette sur Israël qui ont fait un mort.

Depuis le début lundi de ce nouveau cycle de violences entre l'Etat hébreu et des groupes palestiniens de la bande de Gaza, près de 150 personnes, dont une majorité de Palestiniens, ont été tuées.

Dix Palestiniens, parmi lesquels deux femmes et huit enfants, membres de deux familles cousines, ont péri à l'aube dans une frappe israélienne dans le camp de réfugiés d'Al-Shati, dans la ville de Gaza.

Les enfants "ne portaient pas d'armes, ils n'ont pas tiré de roquettes", a lancé Mohammad Al Hadidi, le père de plusieurs des enfants.

"Les enfants continuent d'être victimes de cette escalade meurtrière. Je répète que les enfants ne doivent pas être la cible de violence ou être mis en danger", a réagi sur Twitter Tor Wennesland, émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient, se disant "atterré".

Toujours à Gaza, l'immeuble de 13 étages qui abritait notamment les équipes de la chaîne d'information qatarie Al-Jazeera et l'agence de presse américaine Associated Press (AP) a été pulvérisé par plusieurs missiles, selon des journalistes de l'AFP.

L'armée israélienne avait demandé préalablement que l'immeuble soit évacué.

Dans un communiqué, les forces israéliennes ont affirmé que l'immeuble en question abritait "des entités appartenant au renseignement militaire de l'organisation terroriste Hamas" qui se sert, selon elle, des civils comme "boucliers humains", en référence au mouvement islamiste qui contrôle l'enclave palestinienne.

C'est d'ailleurs ce qu'a répété le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au président américain Joe Biden lors d'un entretien téléphonique.

Il a insisté, selon un communiqué de ses services, que des "cibles terroristes" se trouvaient dans l'immeuble et que l'évacuation des personnes avait été organisée en amont du raid.

Plus tôt, Jen Psaki, la porte-parole de la Maison Blanche, avait indiqué dans un tweet que "garantir la sécurité des journalistes et des médias indépendants était une responsabilité d'une importance capitale".

- "Choquée et horrifiée" -

La direction d'AP s'est dite "choquée et horrifiée" par la frappe israélienne. "Nous avons évité de justesse de terribles pertes humaines", a dit dans un communiqué le patron de l'agence, Gary Pruitt.

Le chef du bureau d'Al-Jazeera en Israël et dans les Territoires palestiniens Walid al-Omari a lui estimé qu'Israël avait "décidé non plus de causer des destructions et des morts, mais aussi de faire taire ceux qui le montrent", a t-il déclaré à l'AFP.

"Nous sommes profondément choqués par le fait que des bureaux de médias soient visés de cette façon, et nous exprimons notre solidarité envers nos collègues d'Associated Press et d'Al-Jazeera", a indiqué pour sa part le directeur de l'information de l'AFP Phil Chetwynd.

Dans ce contexte d'escalade, le haut responsable du département d'Etat américain chargé des affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, doit rencontrer des dirigeants israéliens à Jérusalem dimanche et se rendre en Cisjordanie occupée pour des entretiens avec des responsables palestiniens.

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En dépit de l'intensification des efforts diplomatiques visant à mettre fin à cinq jours de combats, près de 300 roquettes ont à nouveau été lancées dans la nuit de vendredi à samedi depuis la bande de Gaza en direction d'Israël, selon l'armée israélienne.

Le Hamas a dit avoir lancé cette salve de roquettes sur le centre d'Israël pour venger la frappe "contre des femmes et des enfants" à Gaza.

Un Israélien de 50 ans, au volant de sa voiture, a été tué par ces tirs dans la banlieue de Tel-Aviv, selon la police et les secours israéliens.

- "Nakba" -

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Alors que la flambée de violence entre Israël et le Hamas à Gaza ne montre aucun signe d'accalmie, le dernier bilan des autorités palestiniennes fait état de 139 morts, parmi lesquels 39 enfants et 1.000 blessés dans les bombardements israéliens sur l'enclave palestinienne depuis le début.

Cette opération militaire israélienne, la plus importante depuis la guerre de 2014 avec le Hamas a commencé lundi, en réponse à un barrage de roquettes du Hamas sur Israël, tirées en "solidarité" avec le soulèvement palestinien sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est.

Depuis, plus de 2.300 roquettes ont été lancées sur le territoire israélien tuant 10 personnes, parmi lesquelles un enfant et un soldat, et faisant plus de 560 blessés. Selon l'armée, le bouclier antimissile "Dôme de fer" a intercepté plus de la moitié de ces missiles.

Malgré les appels internationaux à la désescalade, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prévenu que son armée infligerait de "sérieux revers" au Hamas. "Ce n'est pas encore fini", a-t-il souligné.

Les autorités israéliennes restent par ailleurs en état d'alerte samedi, alors que de nouvelles manifestations de colère ont lieu à travers la Cisjordanie occupée.

Les Palestiniens commémorent chaque 15 mai la Nakba, la "catastrophe" qu'a représenté à leur yeux la création d'Israël en 1948, et synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.

Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a pour sa part menacé, en cas de troubles dans le territoire occupé par Israël "d'annuler les mesures d'aide à l'économie et à la société palestinienne après l'année de (crise du) corona".

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Sur son territoire, Israël est également confronté à une escalade inédite d'une violence inter-communautaire et de menaces de lynchages dans ses villes "mixtes", où vivent Juifs et Arabes, notamment à Lod (centre), Jaffa près de Tel-Aviv ou encore Acre, dans le nord du pays.

Enfin, plusieurs incidents ont été recensés à la frontière avec le Liban, dont une tentative d'infiltration de militants libanais en Israël, selon l'armée.

Face à l'escalade, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir dimanche.

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