Au rassemblement des policiers devant l'Assemblée, la justice ciblée

Tiphaine LE LIBOUX, Alexandre HIELARD
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"Le problème de la police, c'est la justice!": la magistrature a été la cible des syndicats, mercredi, devant l'Assemblée nationale où des milliers de policiers se sont rassemblés, deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson et à l'approche d'importantes échéances électorales.

Plus de 35.000 personnes ont répondu à l'appel des syndicats de policiers, ont assuré les organisateurs. La préfecture de police n'a pas souhaité communiquer le chiffre de la participation. Selon des journalistes de l'AFP, plusieurs milliers de policiers étaient présents.

Très critiquée par l'opposition, la venue de Gérald Darmanin, qui s'est frayé difficilement un chemin dans une foule compacte, s'est déroulée sans heurts, aux sons des klaxons et des sifflets, accessoires habituels des policiers en manifestation. Certains ont pris des selfies avec lui.

"Il faut nous aider!", l'ont cependant interpellé plusieurs manifestants.

"Tous les soirs, quand je me couche, je pense à vous", a répondu le ministre de l'Intérieur à un policier qui lui disait ne pas savoir, quand il part au travail, "comment" il "va rentrer".

Le ministre a quitté le rassemblement avant les prises de parole syndicales.

"Tout ce qu'on fait est remis en cause, notre parole ne vaut plus grand-chose. On ne se sent plus soutenus par notre hiérarchie ni par l'Etat", a témoigné auprès de l'AFP un manifestant de 33 ans, Yoann, policier en brigade de nuit en Ile-de-France, pour qui "il faut que la peur de l'uniforme revienne".

Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, absent du rassemblement, a été pris pour cible par les syndicats, qui réclament une réponse pénale plus forte, et notamment que des "peines minimales" (aussi appelées peines planchers) soient infligées aux agresseurs de policiers.

A la tribune, sur laquelle était tendue une banderole noire "Payés pour servir, pas pour mourir", le secrétaire général du syndicat Alliance, Fabien Vanhemelryck, a fait siffler "ce ministre qui déclare je suis le ministre des prisonniers (et de l'administration pénitentiaire, ndlr").

"Le problème de la police, c'est la justice!", a tonné le syndicaliste, sous les applaudissements.

"Les peines minimales pour les agresseurs, voilà le message fort et clair que nous attendons", a déclaré Grégory Joron d'Unité SGP Police-FO. "Cette mesure n'est pas liberticide ni anticonstitutionnelle ni nauséabonde", a-il ajouté.

Depuis l'Assemblée nationale, Eric Dupond-Moretti a indirectement répondu qu'il lui semblait "dangereux" pour la démocratie d'"opposer la justice et la police". "Si je pensais que les peines planchers étaient susceptibles de faire baisser la délinquance, j'irais des deux mains et des deux pieds", a-t-il assuré, ajoutant qu'elles avaient été expérimentées et n'avaient "pas marché".

- Du RN au PCF -

Alors que la sécurité s'est imposée comme l'un des principaux thèmes de campagne des régionales et de la présidentielle dans un an, des élus de tous bords s'étaient joints à la manifestation, du Rassemblement national au Parti communiste.

Seule la France insoumise a boycotté le rassemblement, qualifié de "manifestation à caractère ostensiblement factieux" par son chef et candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon.

Malgré des "différences" sur "les revendications", "j'ai considéré que ma place était aux côtés des policières, des policiers qui souffrent", a déclaré l'écologiste Yannick Jadot.

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"Je suis venu engager un dialogue avec eux sur les meilleures réponses à apporter aux problèmes qu'ils posent", a aussi dit Olivier Faure, chef du Parti socialiste.

A droite, les parlementaires Les Républicains étaient également venus en nombre. "On paie des années dans lesquelles on a parlé violences policières alors que ce sont les policiers qui sont attaqués. On a besoin de retrouver de la fermeté", a estimé le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez.

En déplacement électoral en Gironde, la présidente du Rassemblement National Marine Le Pen a demandé "qu'on ne puisse plus toucher à un policier sans que les conséquences pénales soient extrêmement dures".

Les syndicats ont décidé d'organiser ce rassemblement deux semaines jour pour jour après le meurtre du brigadier Eric Masson, tué sur un point de deal à Avignon.

Un drame qui a ébranlé la police, déjà marquée par l'assassinat le 23 avril de Stéphanie Monfermé, agente administrative au commissariat de Rambouillet (Yvelines), par un Tunisien qui se serait radicalisé.

Depuis le meurtre d'Avignon, le gouvernement a déjà donné des gages aux syndicats, reçus le 10 mai à Matignon.

Le Premier ministre Jean Castex s'est notamment engagé à étendre à trente ans la période de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime contre un policier ou un gendarme.

Le gouvernement a déposé ce mercredi un amendement en ce sens. Il devrait être voté dans la semaine.

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