Gaza : Israël attend "le moment opportun" pour un cessez-le-feu

Sakher ABOU EL OUN à Gaza avec Daphné ROUSSEAU à Jérusalem
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Israël a dit attendre "le moment opportun" pour cesser ses frappes sur la bande de Gaza et ne pas exclure de devoir "venir à bout" du Hamas si la "dissuasion" échoue, alors que les tractations diplomatiques s'intensifient pour tenter d'arracher un cessez-le-feu.

Après une neuvième nuit de violences, les frappes aériennes israéliennes se sont intensifiées mercredi sur l'enclave palestinienne, visant particulièrement les secteurs de Khan Younes et de Rafah, dans le sud à la frontière avec l'Egypte, selon un correspondant de l'AFP.

Un journaliste de la radio Al Aqsa, affiliée au Hamas au pouvoir à Gaza, a été tué par une frappe israélienne sur son domicile dans le nord de l'enclave, selon les autorités locales. Il s'agit du premier journaliste tué depuis le début le 10 mai de cette nouvelle flambée de violence, la plus meurtrière depuis 2014, entre Israël et le Hamas.

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L'armée israélienne a également de nouveau ciblé l'une des tours de Gaza, à Jabalia (nord) qui abritait selon elle le "département technologique" du Hamas.

"Nous sommes tous terrifiés par le son des explosions, des missiles et des avions", a affirmé Randa Abou-Sultan, 45 ans, une mère de sept enfants qui a passé la nuit blottie dans une seule pièce avec sa famille. "Mon fils de quatre ans dit qu'il a peur, s'il s'endort, de nos retrouver tous morts à son réveil".

En Israël, la nuit a été rythmée pour les habitants du sud du pays par les sirènes d'alarme pour alerter des tirs de roquettes et les sifflements du bouclier antimissiles israélien.

- "Dissuasion ferme" -

Depuis le début, le 10 mai, de ce nouveau cycle de violences, au moins 219 personnes, dont 63 enfants, ont été tuées dans des raids israéliens sur la bande de Gaza selon le ministère de la Santé local. En Israël, les tirs de roquettes de Gaza ont fait 12 morts selon la police israélienne.

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Face à la poursuite des violences qui risquent notamment de plonger Gaza dans une grave crise humanitaire, la France a déposé mardi soir un projet de résolution au Conseil de sécurité visant à pousser l'ONU "à se saisir" du dossier et ainsi mettre fin à huit jours de blocage, principalement du fait de Washington, sur l'adoption d'une simple déclaration sur le conflit.

En coulisse, une médiation menée par l'Egypte, interlocuteur traditionnel à la fois de l'Etat hébreu et du Hamas, n'avait mercredi matin abouti à aucune avancée concrète, ont confirmé à l'AFP des sources diplomatiques égyptiennes.

"Nous étudions la question du moment opportun pour un cessez-le-feu" mais "nous nous préparons pour plusieurs jours" d'opération supplémentaire, a indiqué mercredi à la presse un haut responsable israélien.

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Il a prévenu qu'Israël ne s'engagerait pas à un arrêt des hostilités avant de s'être assuré que son offensive "a atteint ses objectifs", à savoir "réduire les capacités militaires du Hamas", ajoutant que "la question était désormais de savoir si le Hamas comprend le message".

Lors d'une rencontre avec des ambassadeurs à Tel-Aviv, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a expliqué qu'"il n'y avait que deux possibilités de les affronter (le Hamas, NDLR) : soit vous en venez à bout --et c'est toujours une possibilité-- soit vous les dissuadez et nous sommes actuellement engagés dans une dissuasion ferme". "Nous n'écartons aucune possibilité", a-t-il ajouté.

- Dizaines de milliers de déplacés -

Dans l'enclave densément peuplé de deux millions d'habitants et sous strict blocus israélien depuis 15 ans, le risque d'une crise humanitaire s'ajoute à la crise sécuritaire.

Quelque 72.000 personnes y ont été déplacées et 2.500 ont perdu leur maison dans les bombardements depuis le 10 mai, selon l'ONU.

La première livraison d'aide internationale prévue mardi a été annulée par Israël, après un bombardement palestinien sur le point de passage qui venait d'ouvrir, selon l'armée.

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L'armée israélienne dit avoir ciblé dans ses derniers raids des tunnels souterrains permettant selon Israël au Hamas de faire circuler ses munitions, ainsi que des maisons de commandants du mouvement islamiste.

En neuf jours, 3.750 roquettes ont été tirées de Gaza dont environ 90% ont été interceptées par le système de défense anti-aérien israélien, selon l'armée.

En Cisjordanie, le soulèvement simultané des jeunes Palestiniens contre l'occupation israélienne, l'un des plus violents en une dizaine d'années, a fait 24 morts depuis le 10 mai.

"Je suis de près ce qu'il se passe à Jérusalem, à Gaza (...), le problème fondamental, c'est l'occupation", assure depuis le camp de réfugiés palestinien de Jénine un jeune manifestant, Achraf Ahmed, 17 ans, qui voit dans ce soulèvement "le début de la troisième intifada".

Ce nouveau cycle de violences a éclaté le 10 mai après le tir d'un barrage de roquettes du Hamas sur Israël en solidarité avec les centaines de manifestants palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est.

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A l'origine de ces heurts, la menace d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens dans un quartier de Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

La dernière grande confrontation entre Israël et le Hamas remontait à l'été 2014. Le conflit de 51 jours avait ravagé la bande de Gaza et fait au moins 2.251 morts côté palestinien, pour la plupart des civils, et 74 côté israélien, quasiment tous des soldats.

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