Gaza: les frappes continuent, la diplomatie s'active pour un cessez-le-feu

Adel ZAANOUN, avec Guillaume LAVALLEE à Jérusalem
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Vers un cessez-le-feu à Gaza? La diplomatie s'active jeudi sur le terrain et en coulisses pour tenter de mettre un terme à l'escalade militaire meurtrière entre Israël et le Hamas palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza après une nouvelle nuit de bombardements.

Après l'appel du président américain Joe Biden en faveur d'une "désescalade" immédiate dans ces affrontements qui ont fait au moins 239 morts en dix jours, majoritairement des Palestiniens, et l'échec d'une résolution de la France à l'ONU, bloquée par Washington, c'est au tour jeudi de l'Allemagne d'entrer en scène.

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Mass, tient dans la journée en Israël et en Cisjordanie occupée des pourparlers avec de hauts responsables israéliens et l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, mais pas directement avec le Hamas, classé organisation "terroriste" par les Etats-Unis et l'Union européenne.

D'où aussi d'intenses pourparlers avec l'Egypte, pays limitrophe d'Israël et de la bande de Gaza, micro-territoire palestinien de deux millions d'habitants sous blocus israélien depuis 15 ans, pour remettre sur les rails une trêve fragile datant de quelques années entre le Hamas et l'Etat hébreu mais qui a volé en éclats la semaine dernière.

Ce cycle de violences entre Israël et Gaza a été déclenché après les tirs par le Hamas de salves de roquettes vers l'Etat hébreu le 10 mai, en solidarité avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de Jérusalem, dans le secteur palestinien de Jérusalem occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

Israël a "profité" de la situation, a indiqué mercredi un responsable militaire israélien, pour "réduire les capacités" militaires du Hamas. Depuis dix jours, l'armée israélienne pilonne la bande de Gaza, où la population locale vit de jour et de nuit sous le tonnerre de la guerre, selon des équipes de l'AFP sur place.

- Famille décimée -

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des avions de chasse israéliens ont frappé les résidences d'au moins six dirigeants du Hamas, selon l'armée israélienne, tandis que les sirènes d'alarmes hurlaient dans le sud d’Israël aux premières heures de jeudi, le deuxième groupe armé à Gaza, le Jihad islamique, revendiquant une nouvelle salve de roquettes.

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Un peu plus tôt, une famille palestinienne a été décimée à Deir al-Balah (centre). Eyad Saleha, en fauteuil roulant, Amani, sa femme enceinte, et Nagham, leur fille de trois ans, ont péri dans un raid israélien mercredi sur la bande de Gaza, selon les autorité locales.

"Mais qu'est-ce que mon frère a fait ? Il ne faisait que passer (ses jours) dans son fauteuil roulant", a dit à l'AFP Omar Saleha, affirmant que son frère, en chaise roulante depuis 14 ans, n'était pas un combattant. "Qu'est-ce que sa fille a fait ? Et sa femme ?".

Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé que "les populations à Gaza et en Israël ont un besoin urgent de répit", ajoutant dans un communiqué avoir informé Israël et le Hamas qu’à partir de jeudi son personnel se "déplacera pour apporter une réponse aux besoins urgents. Les deux parties ont une responsabilité claire de nous faciliter de tels mouvements".

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Depuis le début des affrontements, au moins 227 Palestiniens, incluant une soixantaine d'enfants et des combattants du Hamas, ont péri dans les frappes israéliennes, tandis que 12 personnes ont perdu la vie en Israël dans des tirs depuis Gaza, les mouvements palestiniens dans ce territoire ayant dirigé plus de 4.000 roquettes vers le territoire israélien.

Il s'agit de la plus forte cadence de roquettes jamais tirées vers l'Etat hébreu, selon l'armée israélienne qui dispose toutefois d'un bouclier antimissile ayant permis selon eux d'intercepter environ 90% des projectiles.

"Le président (américain) a indiqué au Premier ministre (israélien) qu'il s'attendait à une désescalade significative aujourd'hui vers un cessez-le-feu", selon la Maison Blanche qui a fait état d'un échange téléphonique entre Joe Biden et Benjamin Netanyahu.

Les Etats-Unis, qui ont revendiqué une approche diplomatique "discrète", ont refusé de soutenir un projet français d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU appelant à une cessation des hostilités.

- "Le moment opportun" -

Mercredi, un responsable militaire israélien a affirmé que son pays étudiait le "moment opportun pour un cessez-le-feu", précisant que l'armée était prête à encore "plusieurs jours" de conflit.

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"Ce que nous essayons de faire est précisément ceci: diminuer leurs capacités, leurs moyens terroristes et diminuer leur détermination", a renchéri le Premier ministre Benjamin Netanyahu se disant "déterminé à continuer cette opération".

"Nous n'en sommes pas encore à un cessez-le-feu", ont résumé mercredi à Jérusalem deux sources diplomatiques étrangères à l'AFP, alors qu'une troisième a fait état d'un "risque de contagion" à la région qui rend encore plus "urgent" un cessez-le-feu.

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Mercredi, des roquettes ont été tirées du Liban voisin vers Israël qui a répliqué à l'artillerie, mais c'est surtout c'est vers la Cisjordanie occupée et l'intérieur même d'Israël que les regards sont tournés.

Depuis 10 jours, des émeutes et des affrontements avec les forces israéliennes ont éclaté dans de nombreuses villes et camps palestiniens de Cisjordanie faisant plus de 25 morts, pire bilan depuis des années dans ce territoire.

Et des Arabes israéliens - descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948 - ont manifesté, fermé leur commerce ou été au coeur d'émeutes, disant subir la même "discrimination" que les Palestiniens de Gaza ou Ramallah (Cisjordanie).

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