Israël et les groupes palestiniens dont le Hamas s'accordent sur un cessez-le-feu à Gaza

Adel ZAANOUN, avec Guillaume LAVALLEE à Jérusalem
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Israël et le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, ont approuvé jeudi soir un cessez-le-feu devant entrer en vigueur dans la nuit (23H00 GMT), après plusieurs jours de tractations diplomatiques visant à mettre fin à une confrontation armée meurtrière.

"Le cabinet (de sécurité) a accepté à l'unanimité la recommandation de l'ensemble des responsables sécuritaires (...) d'accepter l'initiative égyptienne de cessez-le-feu bilatéral sans condition", ont indiqué les autorités israéliennes dans un communiqué.

Dans la foulée, le Hamas et le Jihad islamique --autre groupe armé de la bande de Gaza-- ont confirmé l'entrée en vigueur dès 02H00 locales vendredi (23H00 GMT jeudi) de cette trêve annoncée après plus de dix jours d'affrontements sanglants entre Israël et ces groupes armés palestiniens.

Au moins 232 Palestiniens sont morts, dont une soixantaine d'enfants et de nombreux combattants du Hamas et du Jihad islamique, dans les bombardements israéliens sur Gaza. Côté israélien, 12 personnes ont été tuées --dont deux mineurs--, les mouvements armés palestiniens de Gaza ayant tiré plus de 4.000 roquettes vers le territoire israélien.

"Deux délégations égyptiennes seront envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour surveiller la mise en oeuvre (du cessez-le-feu) et le processus pour maintenir des conditions stables de manière permanente", ont par ailleurs indiqué à l'AFP des sources diplomatiques égyptiennes, soulignant que cette trêve "simultanée et mutuelle" avait été "négociée par l'Egypte".

Quelques heures avant l'annonce de ce cessez-le-feu, les frappes israéliennes s'étaient intensifiées sur l'enclave palestinienne de deux millions d'habitants, faisant monter des nuages de fumée et de débris dans le ciel, tandis que des ambulances filaient à travers l'enclave, selon des journalistes de l'AFP.

En fin d'après-midi, un nouveau barrage de roquettes avait visé le sud d'Israël poussant des habitants à se réfugier dans des abris anti-bombes.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait de son côté estimé que la poursuite des tirs israéliens et palestiniens était "inacceptable", ajoutant que "les affrontements devaient cesser immédiatement".

Après l'appel du président américain Joe Biden pour une "désescalade" immédiate et le refus de Washington de soutenir une résolution de la France à l'ONU, l'Allemagne était entrée en scène jeudi.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas s'est rendu en Israël, où il a visité jeudi des sites touchés. Il a soutenu que les frappes israéliennes sur Gaza relevaient du "droit à l'autodéfense", tout en appelant à une cessation rapide des hostilités.

La chancelière allemande Angela Merkel avait plaidé pour un "cessez-le-feu rapide" lors d'un entretien téléphonique avec le président palestinien Mahmoud Abbas.

- Canaux d'influence -

Mais l'Autorité palestinienne qu'il dirige depuis la Cisjordanie a peu d'influence dans la bande de Gaza, micro-territoire sous blocus israélien et sous contrôle des islamistes du Hamas depuis 2007.

Comme Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne considèrent le Hamas comme une organisation terroriste et ils doivent emprunter d'autres canaux pour discuter d'une possible trêve. D'où le rôle notamment de l'Egypte, voisine de Gaza.

"Nous nous attendons à un retour au calme dans les prochaines heures, ou demain (vendredi), mais cela dépend de l'arrêt de l'agression des forces d'occupation à Gaza et à Jérusalem", avait affirmé en cours de journée à l'AFP un haut responsable du Hamas.

"Mais il n'y a rien de définitif pour le moment", avait ajouté cette source, évoquant "d'intenses" tractations pour mettre fin aux plus importants affrontements entre Israéliens et Palestiniens depuis la dernière guerre à Gaza en 2014.

Ce cycle de violences a été déclenché après le tir par le Hamas de salves de roquettes vers l'Etat hébreu le 10 mai, en solidarité avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de Jérusalem, dans le secteur palestinien de Jérusalem occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

- "Besoin urgent de répit" -

Pendant dix jours, l'armée israélienne a pilonné la bande de Gaza. Israël a "profité" de la situation, selon un responsable militaire israélien, pour "réduire les capacités" militaires du Hamas.

La Croix-Rouge avait estimé que les populations à Gaza et en Israël avaient un "besoin urgent de répit", ajoutant avoir informé Israël et le Hamas qu'à partir de jeudi son personnel se déplacerait "pour apporter une réponse". "Les deux parties ont une responsabilité claire de nous faciliter de tels mouvements", avait-elle indiqué.

Lors des précédents conflits entre le Hamas et Israël, les prémices de désescalade étaient notamment passés par l'instauration de "trêves humanitaires", pour permettre la circulation de l'aide internationale et les réparations urgentes aux infrastructures cruciales endommagées.

Un responsable militaire israélien avait affirmé mercredi que l'armée était prête à encore "plusieurs jours" de conflit.

"Ce que nous essayons de faire est précisément ceci: diminuer leurs capacités, leurs moyens terroristes et diminuer leur détermination", avait renchéri le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les regards restent par ailleurs tournés vers la Cisjordanie occupée et vers le territoire israélien.

Depuis le lancement des hostilités armées, des émeutes et des affrontements avec les forces israéliennes ont éclaté dans de nombreuses villes et camps palestiniens de Cisjordanie faisant plus de 25 morts, pire bilan depuis des années dans ce territoire.

Et des Arabes israéliens --descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création d'Israël en 1948-- ont manifesté, fermé leur commerce ou été au coeur d'émeutes, disant souffrir de "discrimination".

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