"Partez, on va bombarder": le "roof knocking" une technique israélienne à Gaza

Daphne ROUSSEAU
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SMS, appel ou tir de semonce: l'armée israélienne utilise dans certains de ses bombardements sur Gaza la technique controversée du "roof knocking" ("coup sur le toit"), pour demander aux civils d'évacuer avant une frappe imminente et se prémunir ainsi contre d'éventuelles accusations.

Samedi après-midi dans l'enclave palestinienne sous blocus israélien depuis près de 15 ans, Jawad Mehdi, propriétaire d'un immeuble commercial abritant les bureaux de médias internationaux, a reçu un appel d'un officier israélien.

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Au téléphone, on lui demande en arabe d'organiser l'évacuation de l'immeuble dans l'heure. Le propriétaire tente de négocier un délai supplémentaire. La conversation se prolonge. La tour de 13 étages, évacuée dans la panique, sera pulvérisée une heure plus tard.

L'armée israélienne, qui a inventé le "roof knocking", baptisé "hakesh bagag" en hébreu dès 2009 et adopté en 2016 par l'armée américaine en Irak, a placé cette technique de tir d'avertissement - étendue aux appels et SMS ou même au largage de tracts - au centre de sa communication de guerre.

Mais selon des ONG de défense des droits humains, l'avertissement ne dédouane pas les "forces attaquantes" de leurs responsabilités vis-à-vis du droit humanitaire international.

En 2009, lors de l'opération "Plomb durci", l'armée israélienne s'est targuée d'avoir émis depuis les QG du renseignement militaire près de 165.000 appels d'avertissement à Gaza, souvent des messages préenregistrés en arabe.

- "Raisons morales" -

Depuis, des caméras sont embarquées sous les cockpits et l'armée diffuse régulièrement des vidéos montrant la technique "en action".

"Nous envoyons un petit missile, vide, pour taper sur le toit et faire comprendre aux civils qu'ils doivent évacuer l'immeuble. Nous restons en observation pour nous assurer de leur départ", explique à l'AFP un responsable de l'aviation militaire israélienne qui a requis l'anonymat.

"Dès que nous avons le plus de certitudes possibles sur l'évacuation du bâtiment, nous tirons."

Si ce responsable au fait du protocole évoque avant tout des "raisons morales", poussant l'armée à limiter les "dommages collatéraux sur les civils", Israël compte aussi se prémunir contre d'éventuelles accusations, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) ayant d'ailleurs ouvert une enquête pour crimes de guerre présumés dans les Territoires palestiniens, notamment lors de la guerre de Gaza de 2014.

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Le parquet militaire israélien est inclus dans l'élaboration de certains de ces protocoles d'avertissement.

Mohammad al-Hadidi se demande lui pourquoi il n'a jamais reçu ce fameux appel, samedi dernier, lorsque sa femme et quatre des ses cinq enfants, ont été tués dans un bombardement israélien sur un immeuble du camp d'Al-Shati où la famille passait la nuit.

"Qu'ont-ils fait pour mériter d'être bombardés, sans aucun avertissement, sans qu'on leur demande d'évacuer la maison?", se désole-t-il auprès de l'AFP.

- "Peu de temps" -

L'armée n'a pas communiqué de chiffres sur le nombre de "roof knocking" effectués depuis le début, le 10 mai, de l'escalade militaire avec le Hamas, mouvement au pouvoir à Gaza.

"Nous avons mené plus de 1.000 frappes. Lorsqu'elles concernent des infrastructures, nous pouvons utiliser cette technique, mais pas quand elle concerne l'élimination de terroristes", affirme le responsable de l'aviation militaire.

Dans le bombardement qui a tué la famille de Mohammad al-Hadidi, l'armée affirme avoir visé des "commandants du Hamas" qui se trouvaient dans un appartement.

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Dans une littérature abondante sur le sujet, des Palestiniens qui ont vécu cette étrange interaction avec l'ennemi témoignent de la tension, du stress, voire du trauma laissé par ces quelques minutes où se jouent leur survie, de ce qu'ils ont pu emporter ou laisser d'une vie entière, avant de se précipiter dehors.

Pour l'organisation Amnesty International, "émettre un avertissement n'absout pas les forces attaquantes de leurs obligations vis-à-vis du droit humanitaire international d'épargner les civils", indique à l'AFP sa porte-parole pour la région, Sara Hashash.

"Dans beaucoup de cas, il manquait les éléments basiques d'avertissement, notamment sur le moment de la frappe, les endroits où se mettre à l'abri ou la garantie d'une évacuation dans les temps et en sureté avant l'attaque", détaille-t-elle.

Dans le cas du largage d'un missile vide sur le toit, des familles ont aussi pu penser qu'il s'agissait d'une fausse alerte ou que la frappe était déjà passée, expliquait aussi l'ONG dans un rapport en 2014.

"Il y a aussi eu des cas de frappes mortelles, lancées bien trop peu de temps après l'avertissement des civils", estime la porte-parole régionale.

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