Covid au Brésil: le grand déballage qui secoue Bolsonaro au Sénat

Louis GENOT
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Depuis trois semaines, une commission d'enquête du Sénat brésilien donne lieu à un grand déballage tendu, avec des témoignages accablants sur l'irresponsabilité du gouvernement de Jair Bolsonaro face à la crise du coronavirus et ses près de 445.000 morts.

Les lettres "CPI", initiales de "commission d'enquête parlementaire" en portugais, s'affichent quotidiennement en une des journaux, et les chaînes de télévision diffusent des heures durant les auditions.

Depuis son installation, la CPI a déjà livré un spectacle haut en couleur, avec insultes, prises de bec, menaces d'arrestation. Et même un bref malaise d'un ex-ministre de la Santé.

Les Brésiliens, souvent médusés, voient défiler chaque jour des anciens ministres ou membres actuels du gouvernement sommés de répondre aux questions de sénateurs qui tentent de comprendre la raison d'une telle hécatombe.

Sans le déni du président Jair Bolsonaro face à l'ampleur de la crise sanitaire et son mépris des règles de distanciation physique, "combien de vies auraient pu être sauvées?", a accusé à plusieurs reprises Randolfe Rodrigues, vice-président de la commission.

Refus d'offres de vaccins de Pfizer, achats en masse de médicaments inefficaces contre le virus, inaction face à une tragique pénurie d'oxygène à Manaus (nord): les accusations pleuvent et les personnalités auditionnées doivent relater leurs moindres faits et gestes depuis le début de la pandémie.

"Le gouvernement est dans les cordes. Chaque jour, il y a de nouvelles révélations et l'étau se resserre, notamment autour de Bolsonaro, dont la responsabilité est de plus en plus mise en évidence", dit à l'AFP Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (Uerj).

- "Pas de bombe" -

"Cette succession de témoignages atteste de l'insanité de la gestion de crise du gouvernement et confirme à quel point il a été irresponsable", a estimé le quotidien Estado de S. Paulo dans un éditorial.

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Installée fin avril pour une durée de 90 jours renouvelable, la commission va soumettre à la fin de ses travaux un rapport au parquet, qui pourra éventuellement engager des poursuites.

Et le choix d'un rapporteur très déterminé, Renan Calheiros, un cacique du Sénat, n'est pas du goût du chef de l'Etat. Le 12 mai, lors d'une des auditions les plus tendues de la CPI, son fils aîné Flavio Bolsonaro, lui aussi sénateur, a traité M. Calheiros de "voyou".

"Il peut faire son show, mais il ne me fera pas tomber. Seul Dieu le peut", avait lancé le lendemain le président, dont l'audition n'est pas prévue.

La CPI ne peut pas conduire directement à la destitution du président, mais son rapport peut fournir des arguments pour que la procédure soit lancée par le président de la Chambre des députés. C'est ce qui s'était produit en 1992, lors de la destitution du président Fernando Collor de Mello.

Une issue "peu probable", juge Geraldo Monteiro. "Plus d'une centaine de demandes de destitution ont déjà été déposées et le président de la chambre n'a rien fait. Il faudrait vraiment une révélation explosive", estime-t-il.

"Pour l'instant, il n'y a pas vraiment eu de bombe, mais plutôt la confirmation de choses qu'on savait déjà", résume-t-il.

- "Droit au naufrage" -

Quoi qu'il arrive, la CPI ébranle le projet de réélection de Jair Bolsonaro en 2022. Sa cote de popularité est au plus bas et les derniers sondages le donnent perdant face à l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, si celui-ci se présente.

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L'opposition a déjà cloué au pilori de fidèles lieutenants du président. "Vous devez des excuses au pays, vous êtes dans le déni compulsif, vous avez été une boussole qui nous a menés droit au naufrage", a lancé ainsi la sénatrice Katia Abreu à l'ancien ministre des Affaires Étrangères Ernesto Araujo.

La tension est d'autant plus palpable que les témoins auditionnés risquent la prison en cas de mensonge devant la CPI.

Ainsi, le 12 mai, Fabio Wajngarten, ancien responsable de la communication de la présidence, a eu des sueurs froides. Plusieurs sénateurs ont menacé de demander son arrestation, avant d'en être dissuadés par le président de la commission, Omar Aziz.

Mais les hostilités n'ont pas empêché le sénateur d'opposition Otto Alencar, médecin de formation, d'aller secourir l'ex-ministre de la Santé Eduardo Pazuello, victime d'un léger malaise mercredi soir, après sa première journée d'audition.

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