Les armes se taisent à Gaza et en Israël après l'entrée en vigueur d'une trêve

Sakher ABOU EL OUN, avec Guillaume LAVALLEE à Jérusalem
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Pas d'avions de combat dans le ciel et pas d'alertes à la roquette: les armes se sont tues vendredi dans la bande de Gaza et en Israël quelques heures après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours d'hostilités sanglantes.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié de "succès exceptionnel" l'opération israélienne contre le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans le territoire pauvre et exigu où vivent entassés quelque deux millions de Palestiniens.

La trêve, entrée en vigueur à 02H00 locales vendredi, a été obtenue grâce aux efforts intenses des Etats-Unis et de l'Egypte principalement pour faire cesser les violences qui ont fait 243 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza, et 12 morts en Israël incluant un enfant et une adolescente ainsi qu'un soldat, d'après la police.

A partir de "02H00, aucun tir n'a été détecté et les avions (de l'armée) sont retournés à leurs bases", a indiqué l'armée israélienne.

A l'annonce du cessez-le-feu, des milliers de Palestiniens ont célébré dans la nuit à Gaza la fin des bombardements israéliens, de même qu'en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées.

"C'est l'euphorie de la victoire", a lancé devant les manifestants Khalil al-Hayya, un ténor du Hamas dans l'enclave soumise à un blocus israélien depuis près de 15 ans.

Au matin, les habitants de Gaza sont sortis inspecter les dégâts et leurs maisons dont de nombreuses ont été dévastées par les raids aériens ou les tirs d'artillerie israéliens.

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"C'était une véritable guerre, terrifiante pendant 11 jours. Ni nous ni les enfants n'avons pu dormir à cause des bombardements. Nous sommes très heureux après ce cessez-le-feu", a dit Mohammad Abou Odeh, un Palestinien dans la bande de Gaza.

Au moins cinq dépouilles ainsi qu'une dizaine de survivants ont été retrouvés dans des tunnels souterrains dans l'enclave bombardés par l'armée israélienne, selon des secouristes.

- "Guerres vaines" -

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Le président américain Joe Biden a estimé, peu avant son entrée en vigueur, que le cessez-le-feu était "une vraie opportunité" d'avancer vers la paix entre Israéliens et Palestiniens, et exprimé sa "sincère reconnaissance" à l'Egypte, qui entretient à la fois des relations avec Israël et le Hamas.

Deux délégations égyptiennes doivent être envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens "pour surveiller la mise en oeuvre" du cessez-le-feu, selon des sources diplomatiques égyptiennes.

Et le chef de la diplomatie Antony Blinken doit se rendre au Moyen-Orient "dans les prochains jours" pour rencontrer notamment les responsables palestiniens et israéliens.

Le cessez-le-feu a été annoncé après une réunion du cabinet de sécurité israélien dirigée par M. Netanyahu, qui a "accepté à l'unanimité" l'initiative égyptienne de "cessez-le-feu bilatéral sans condition".

Dans la foulée, le Hamas, mouvement considéré comme "terroriste" par l'Etat hébreu, l'Union européenne et les Etats-Unis, a affirmé que "la résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps que l'occupation le respectera".

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Il faisait allusion à l'occupation par Israël du territoire palestinien de Cisjordanie et du secteur palestinien de Jérusalem depuis 1967. L'armée israélienne s'est retirée unilatéralement de Gaza en 2005 après près de 40 ans d'occupation.

"Je suis très heureux du cessez-le-feu, mais cette guerre, la suivante et celle d'après sont vaines. Tant qu'il n'y aura pas de solution politique, les deux nations continueront la lutte", a déclaré Tal Nissimov, un Israélien, à Tel-Aviv, ville qui fut la cible de roquettes palestiniennes.

- Relancer les négociations -

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A l'étranger, Berlin a salué le cessez-le-feu mais estimé qu'il fallait désormais "s'attaquer aux causes profondes" du conflit israélo-palestinien qui dure depuis plus de 50 ans.

La France, la Russie, la Chine et l'Union européenne, ont aussi jugé nécessaire une relance du processus de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne.

Les négociations de paix, suspendues depuis 2014, achoppent sur de nombreux points dont le statut de Jérusalem-Est et la colonisation israélienne des territoires palestiniens, alors que le soutien à la solution à deux Etats, une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, commence un peu à s'éroder.

Flambée de violences la plus meurtrière depuis celle de 2014, le dernier cycle de violences a éclaté le 10 mai avec le tir par le Hamas de salves de roquettes vers Israël en "solidarité" avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne à Jérusalem-Est. A l'origine des heurts, la menace d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Après les tirs palestiniens, Israël a cherché à "réduire" les capacités militaires du Hamas. L'armée a annoncé, dans un "résumé" de son offensive, avoir tué "25 haut responsables du Hamas" et détruit plus de "100 km de tunnels" et des dizaines d'immeubles servant selon elle "d'infrastructures aux activités terroristes du Hamas".

"Nous avons atteint les objectifs, c'est un succès exceptionnel", a affirmé M. Netanyahu au QG militaire à Tel-Aviv.

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D'après l'armée, le Hamas et le Jihad islamique ont lancé plus de 4.300 roquettes, des tirs d'une intensité inégalée contre Israël. Plus de 90% ont été interceptées par le système anti-missiles israélien.

Malgré la trêve, les regards restent tournés vers la Cisjordanie, où les affrontements entre Palestiniens et forces israéliennes ont fait plus de 25 morts palestiniens en 11 jours, pire bilan depuis des années dans le territoire.

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