Les armes se taisent à Gaza et en Israël après l'entrée en vigueur d'une trêve

Sakher ABOU EL OUN, avec Guillaume LAVALLEE à Jérusalem
placeholder

Pas d'avions de combat dans le ciel et pas d'alertes à la roquette: les armes se sont tues vendredi dans la bande de Gaza et en Israël quelques heures après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours d'hostilités sanglantes.

La trêve a été obtenue grâce à une intensification des efforts des Etats-Unis et de l'Egypte principalement pour faire cesser les violences qui ont fait 232 morts palestiniens, dont 65 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza, et 12 morts en Israël incluant un enfant et une adolescente ainsi qu'un soldat, d'après la police.

Dès le début de son application à 02H00 locales (jeudi 23H00 GMT), des milliers de Palestiniens ont célébré dans la nuit à Gaza la fin des bombardements israéliens, de même qu'en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées.

"Ceci est l'euphorie de la victoire", a lancé à la foule de manifestants Khalil al-Hayya, un ténor du mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza, un territoire pauvre de quelque deux millions d'habitants soumis à un blocus israélien depuis près de 15 ans.

A partir de "02H00, aucun tir n'a été détecté et les avions (de l'armée) sont retournés à leurs bases", a indiqué l'armée israélienne.

Au matin, les Palestiniens sont sortis dans l'enclave pour inspecter leurs maisons dont de nombreuses ont été dévastées par les raids aériens ou les tirs d'artillerie israéliens.

"C'est un jour de victoire, de liberté (...) Même s'ils ont détruit tout Gaza, ils ne peuvent pas détruire l'esprit de la résistance en nous", a lancé à l'AFP un Palestinien à Gaza qui a refusé de donner son nom.

placeholder

Le président américain Joe Biden a estimé, peu avant son entrée en vigueur, que le cessez-le-feu était "une vraie opportunité" d'avancer vers la paix entre Israéliens et Palestiniens, et exprimé sa "sincère reconnaissance" à l'Egypte, puissance régionale entretenant à la fois des relations avec Israël et le Hamas.

- "Guerres vaines" -

"Je suis convaincu que les Palestiniens et les Israéliens méritent tout autant de vivre en sécurité et de jouir d'un même niveau de liberté, de prospérité et de démocratie", a ajouté M. Biden, dont le chef de la diplomatie Antony Blinken doit se rendre au Moyen-Orient "dans les prochains jours".

placeholder

Le cessez-le-feu a été annoncé après une réunion du cabinet de sécurité israélien dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a "accepté à l'unanimité" l'initiative égyptienne de "cessez-le-feu bilatéral sans condition".

Dans la foulée, le Hamas, mouvement considéré comme "terroriste" par l'Etat hébreu, l'Union européenne et les Etats-Unis, a affirmé que "la résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps que l'occupation le respectera".

Il faisait allusion à l'occupation par Israël du territoire palestinien de Cisjordanie et du secteur palestinien de Jérusalem depuis 1967. L'armée israélienne s'est retirée unilatéralement de Gaza en 2005 après près de 40 ans d'occupation.

Deux délégations égyptiennes doivent être envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens "pour surveiller la mise en oeuvre (du cessez-le-feu)", selon des sources diplomatiques égyptiennes.

placeholder

"Je suis très heureux qu'un cessez-le-feu ait été conclu, mais cette guerre, la suivante et celle d'après sont vaines. Tant qu'il n'y aura pas de solution politique, les deux nations continueront la lutte", a déclaré Tal Nissimov, un Israélien, à Tel-Aviv, qui fut la cible des tirs de roquettes palestiniens.

- Relancer le processus de paix -

placeholder

Tout juste rentré d'une visite en Israël et en Cisjordanie, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a salué le cessez-le-feu mais estimé qu'il fallait désormais "s'attaquer aux causes profondes" du conflit israélo-palestinien qui dure depuis plus de 50 ans.

La France également a appelé à la relance du processus politique. Pour Moscou, il faut désormais "concentrer les efforts sur la relance des négociations politiques directes".

Le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens est suspendu depuis 2014 et les négociations achoppent sur de nombreux points dont le statut de Jérusalem-Est et la colonisation israélienne des territoires palestiniens, alors que le soutien à la solution à deux Etats, une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, commence un peu à s'éroder.

Flambée de violences la plus meurtrière depuis celle de 2014, le dernier cycle de violences entre le Hamas et Israël a éclaté le 10 mai avec le tir par le mouvement palestinien de salves de roquettes vers le territoire israélien en "solidarité" avec les centaines de Palestiniens blessés lors de heurts avec la police israélienne à Jérusalem-Est. A l'origine de ces heurts, la menace d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Après les tirs palestiniens, Israël a lancé une opération militaire visant à "réduire" les capacités militaires du Hamas.

L'armée a annoncé, dans un "résumé" de son opération, avoir tué "25 haut responsables du Hamas" dans ses raids et avoir détruit plus de 100 km de tunnels et des dizaines d'immeubles servant selon elle "d'infrastructures aux activités terroristes du Hamas".

placeholder

D'après elle, le Hamas et le Jihad islamique ont lancé plus de 4.300 roquettes vers Israël, des tirs d'une intensité inégalée contre l'Etat hébreu. Plus de 90% ont été interceptées par le système anti-missiles israélien.

Malgré la trêve, les regards restent tournés vers la Cisjordanie, où les affrontements entre Palestiniens et forces israéliennes ont fait plus de 25 morts palestiniens en 11 jours, pire bilan depuis des années dans ce territoire.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

logo AFP