Gaza évalue l'ampleur des dégâts, la diplomatie au chevet de l'après

Guillaume LAVALLÉE à Gaza et Alice HACKMAN in Jerusalem
placeholder

Des commerçants qui font l'inventaire des pertes, des funérailles organisées dans les rues, mais aussi des cafés rouverts et des pêcheurs de retour en mer: Gaza tente de renouer avec la normalité samedi, à l'heure où s'organise l'aide d'urgence et se discute la reconstruction de l'enclave palestinienne, ravagée par 11 jours de conflit avec Israël.

"Notre stock était plein car nous nous préparions pour l'Aïd, la fin du ramadan, où les ventes sont bonnes. Mais là, tout est perdu!", se désespère Waël Amin Al-Shurafa, propriétaire d'une boutique, jonchée d'éclats de verre, dans le quartier al-Rimal, à Gaza. "J'ai peut-être perdu l'équivalent de 250.000 dollars en marchandise. Qui paiera pour tout ça? Qui? Qui?"

Dans les boutiques voisines, aussi détruites, le même constat: des mannequins en plastique habillés de collections 2021 sont recouverts d'une épaisse couche de poussière.

En face, au pied de la Tour al-Shorouk, édifice d'une dizaine d'étages réduit en un tas de débris par des frappes israéliennes, une dizaine de personnes attendent sur des chaises en plastique. Parmi la foule, Aïsha Moussalem, tout de noir vêtue.

placeholder

"Même si personne de ma famille n'a été tué, je suis en deuil", soupire cette femme qui louait des appartements dans la tour aujourd'hui en ruines. Et une même question revient: qui va reconstruire? Et quand?

Environ 6.000 habitants de l'enclave ont perdu leur maison dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza et un peu plus de 1.000 immeubles ont été endommagés, selon le dernier bilan du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

- "Aide psycho-sociale" -

Samedi, les autorités locales ont commencé les distributions de tentes, de matelas et d'aides alimentaires aux populations déplacées, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Les écoles peuvent être reconstruites et les routes aussi, la priorité c'est l'aide psycho-sociale dont vont avoir besoin les habitants de Gaza", estime Sarah Muscroft, la directrice d'OCHA pour les Territoires palestiniens occupés.

Les infrastructures déjà précaires de la bande de Gaza ont aussi été endommagées, notamment les lignes électriques tandis que 800.000 Gazaouis sur les deux millions d'habitants de l'enclave n'avaient "pas d'accès pérenne à l'eau potable", toujours selon OCHA.

placeholder

Alors que les secouristes déblaient avec prudence les décombres à la recherche d'éventuels corps, des dizaines de milliers de personnes sont sorties pour assister à des funérailles tenues dans les rues, se prendre en photo devant les édifices pulvérisés, mais aussi se rendre dans les cafés de bord de mer, déjà pris d'assaut vendredi soir par les familles.

Des pêcheurs sont eux retournés en mer sans toutefois obtenir le feu vert d'Israël qui impose un blocus terrestre mais aussi maritime sur Gaza depuis près de 15 ans.

"Nous partons en mer mais pas très loin. Nous, les pêcheurs, nous avons peur que les +navy+ israéliens nous tirent dessus (...) Mais bon il faut bien manger", a confié à l'AFP, Rami Abou Amira, en préparant ses filets sur le petit port de Gaza. "Si tout va bien, le poisson frais sera de retour au souk demain".

- "Victoire" -

Des dizaines de camions de l'aide humanitaire internationale ont commencé à affluer dès vendredi, par les terminaux de Kerem Shalom, à la frontière avec Israël, et ceux de Rafah, à la frontière égyptienne, selon plusieurs agences onusiennes.

Samedi, les autorités locales ont annoncé que les fonctionnaires de la bande de Gaza pourraient reprendre leur travail dès dimanche matin.

placeholder

En Israël, après deux semaines rythmées par les alertes à la roquette, les rues de Tel-Aviv étaient à nouveau remplies samedi de familles attablées en terrasse et toutes les restrictions de déplacement dans le sud du pays ont été levées.

Les affrontements entre l'armée israélienne et le Hamas ont fait 248 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza. En Israël, les salves de roquettes tirées de Gaza ont tué 12 personnes y compris un enfant, une adolescente et un soldat, d'après la police.

Mais depuis l'entrée en vigueur du cessez-le feu vendredi, les deux camps revendiquent la "victoire".

Le chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a salué une "victoire stratégique" contre Israël, affirmant lui avoir "porté un coup sévère et douloureux".

Dans les rues de Gaza, de larges affiches montrant des combattants et sur lesquelles on peut lire "Falestine Tantaser" ("la Palestine victorieuse", NDLR), ont fait leur apparition.

placeholder

"Nous avons atteint les objectifs, c'est un succès exceptionnel", a de son côté affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Le cessez-le-feu annoncé jeudi soir, à la faveur d'une médiation de l'Egypte, n'a cependant fixé aucune condition à l'arrêt des combats ni établi de plan pour la reconstruction.

- Rebâtir Gaza -

Deux délégations égyptiennes sont arrivées vendredi en Israël et dans les Territoires palestiniens "pour surveiller" le respect du cessez-le-feu, selon des médias d'Etat égyptiens.

L'Egypte se positionne aussi en médiateur privilégié pour organiser les efforts de reconstruction. Et le ministre égyptien des Affaires étrangères a indiqué avoir reçu un appel de son homologue israélien pour discuter des mesures nécessaires afin de faciliter les opérations.

Le président américain Joe Biden a lui déclaré son intention de mettre en place une aide financière "majeure" pour "reconstruire Gaza" mais sans donner au Hamas --considéré comme terroriste par les Etats-Unis-- "l'opportunité de rebâtir son système d'armement".

placeholder

M. Biden a aussi réitéré le soutien à la solution à deux Etats, la création d'une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, la qualifiant de "seule réponse possible" au conflit, alors que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken est attendu au Moyen-Orient "dans les prochains jours".

Les négociations de paix israélo-palestiniennes, suspendues depuis 2014, achoppent sur de nombreux points dont le statut de Jérusalem-Est -- secteur palestinien occupé, comme la Cisjordanie, par Israël depuis 1967-- et la colonisation israélienne des territoires palestiniens.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

logo AFP