Le Bélarus intercepte un avion de ligne, "possibles sanctions" de l'UE

AFP
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Un chasseur bélarusse a intercepté dimanche un avion de ligne de la compagnie RyanAir à bord duquel se trouvait un militant de l'opposition qui a été arrêté à son arrivée à Minsk, suscitant une menace de l'Union européenne de prendre de nouvelles sanctions et une demande de l'Otan d'ouvrir "une enquête internationale".

Le média d'opposition Nexta a annoncé que son ancien rédacteur en chef Roman Protassevitch avait été interpellé après l'atterrissage d'urgence à l'aéroport de la capitale du Bélarus de ce Boeing 737-800 effectuant la liaison Athènes-Vilnius, une information plus tard confirmée par la télévision d'Etat bélarusse.

En début de soirée, l'appareil a finalement pu reprendre son vol à destination de la Lituanie, un pays balte membre de l'Union européenne, où il s'est posé un peu plus tard.

Les dirigeants de l'UE avaient appelé de concert les autorités bélarusses à laisser l'avion repartir et à permettre à "tous ses passagers" de poursuivre leur voyage.

Réunis en sommet lundi et mardi à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept discuteront à cet égard de "possibles sanctions" contre le Bélarus, en plus de celles le visant déjà et qui ont conduit son président Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe Vladimir Poutine.

L'Union européenne a en effet fustigé "une action complètement inacceptable" de Minsk, à l'instar de l'Allemagne, la France ou la Pologne, tandis que le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg a réclamé des investigations sur cet "incident sérieux et dangereux".

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Les autorités bélarusses ont affirmé que le Boeing avait dévié de sa trajectoire à cause d'une "alerte à la bombe". Nexta a pour sa part assuré que l'atterrissage d'urgence avait été provoqué par une "bagarre" qu'avaient déclenchée des agents des services de sécurité bélarusses présents à son bord, selon lesquels un engin explosif y avait été introduit.

L'aéroport de Minsk, cité par l'agence de presse officielle Belta, a déclaré que l'alerte à la bombe s'était révélée "erronée" après une fouille de l'appareil.

Alexandre Loukachenko a de son côté personnellement donné l'ordre à un MiG-29 de l'intercepter après cette alerte, a dit son service de presse.

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A l'été et à l'automne derniers, le président bélarusse a été confronté à mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.

- "Acte abject" -

En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient inscrit les noms de M. Protassevitch, âgé de 26 ans, et du fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes".

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Son actuel rédacteur en chef, Tadeusz Giczan, a raconté que, "quand l'avion est entré dans l'espace aérien bélarusse", des agents du KGB, soutenant qu'une bombe était à l'intérieur, avaient "déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair".

Contactée par l'AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de la part de l'aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l'équipage.

D'après les images du site internet spécialisé flightradar24, le Boeing a été intercepté au-dessus du territoire bélarusse, juste avant la frontière avec la Lituanie.

Roman Protassevitch est un ancien rédacteur en chef de Nexta, un média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.

Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en bélarusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers le Bélarus, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

L'arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l'opposition bélarusse en exil en Lituanie, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a souligné qu'il encourait "la peine de mort", que le Bélarus est le dernier en Europe à appliquer.

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Le président lituanien, Gitanas Nausėda, dont le pays a également accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a quant à lui accusé le régime bélarusse d'avoir été derrière cet "acte abject"

L'Allemagne a réclamé une "explication immédiate", la France, qui a convoqué l'ambassadeur du Bélarus à Paris, a dénoncé un "détournement" d'avion "inacceptable" et la Pologne un "acte de terrorisme d'Etat",

Le Royaume-Uni a de son côté averti le régime de Minsk qu'il s'exposait à de "graves conséquences".

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