Royaume-Uni : l'ex-conseiller de Johnson étrille la gestion "désastreuse" de la pandémie

Sylvain PEUCHMAURD
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Le Premier ministre britannique Boris Johnson a été accusé mercredi par son ancien conseiller Dominic Cummings d'avoir tardé à prendre la mesure de la pandémie de Covid-19, d'où une gestion "désastreuse" de la crise de la part du gouvernement.

Haute administration non préparée et aveugle face à l'envolée du nombre des cas, Downing Street occupé par la colère de la compagne de Boris Johnson contre un article sur leur chien, le ministre de la Santé accusé de mensonges... Au cours d'une audition marathon devant une commission parlementaire, ce stratège politique controversé de 49 ans a dépeint un tableau affligeant du pouvoir dans les semaines ayant suivi l'apparition du coronavirus début 2020.

"La vérité est que les ministres, hauts responsables et conseillers comme moi n'avons pas été à la hauteur, de manière désastreuse, de ce que le public attend de son gouvernement pendant une crise comme ça", a déclaré l'ex-conseiller, prenant sa part de responsabilité et regrettant de ne pas avoir "tiré le signal d'alarme" plus tôt.

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Selon lui, le Premier ministre voyait le Covid-19 comme une "histoire pour se faire peur", une "grippe porcine". Dominic Cummings a à cet égard suggéré que Boris Johnson avait envisagé de se faire infecter en direct à la télévision pour montrer qu'il n'y avait "rien à craindre".

Jusqu'à mars 2020, avant d'être lui-même durement atteint par le virus, le chef du gouvernement estimait que le véritable risque était avant tout économique plutôt que sanitaire, a-t-il ajouté, jugeant que, "de toute évidence", le Royaume-Uni aurait dû se confiner dès la première semaine de mars 2020, quinze jours avant que ce ne soit effectivement fait, le 23.

- Johnson assume -

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Interpellé au Parlement sur ces accusations, le Premier ministre a déclaré assumer "la pleine responsabilité" de la gestion de la pandémie, décrivant cette crise comme "l'une des plus difficiles" traversées par le Royaume-Uni depuis longtemps et affirmant qu'il avait toujours suivi les conseils des scientifiques.

Six mois après son départ sur fond de luttes internes, Dominic Cummings, le cerveau de la campagne victorieuse pour le Brexit en 2016 et l'architecte de l'éclatante victoire de Boris Johnson aux législatives de décembre 2019, se montre désormais impitoyable envers ce dernier.

Mais les attaques les plus virulentes de l'ex-conseiller ont été dirigées contre le ministre de la Santé Matt Hancock, qui à ses yeux aurait dû être "viré" pour "au moins 15, 20" motifs, "notamment pour avoir menti à de nombreuses occasions, réunion après réunion", mais aussi "publiquement", au sujet de l'approvisionnement en équipements de protection destinés au personnel de santé.

Selon le porte-parole de Boris Johnson, le chef du gouvernement accorde toute sa confiance à son ministre de la Santé.

Devant les députés, Dominic Cummings a également affirmé que, malgré les dénégations de celui-ci, le gouvernement britannique visait au départ "l'immunité collective", un objectif jugé alors "inévitable" consistant à laisser la majeure partie de la population développer une résistance après avoir contracté la maladie.

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Cette approche n'a selon lui été abandonnée que début mars 2020, une fois Downing Street averti qu'elle conduirait à la "catastrophe".

- Faible cote de confiance -

Abondamment critiqué pour ses atermoiements depuis le début de la pandémie, Boris Johnson surfe actuellement sur le succès de la campagne de vaccination.

En à peine six mois, elle a permis d'administrer une première dose à plus de 72% des adultes dans le pays le plus endeuillé par la pandémie en Europe, avec près de 128.000 morts.

Et la portée des attaques de Dominic Cummings dans l'opinion pourrait rester limitée pour Boris Johnson. Selon un sondage YouGov paru samedi dans le Times, seuls 14% des électeurs lui font confiance pour dire la vérité, contre 38% pour le Premier ministre.

Pour nombre de Britanniques, le nom de Dominic Cummings évoque son déplacement avec sa famille l'année dernière en plein confinement et la conférence de presse dans le jardin aux roses de Downing Street afin de notamment expliquer un trajet jusqu'à un château pour tester sa vue.

Au cours de son audition, il a reconnu le "désastre majeur" qu'avait constitué cette affaire qui avait suscité la confusion dans la communication du gouvernement.

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