En Israël, la fin du règne de Netanyahu n'a jamais paru si proche

Michael Blum et Daphné Rousseau
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En apportant dimanche son soutien au chef de l'opposition israélienne, le héraut de la droite radicale Naftali Bennett a ouvert la voie à la formation d'un "gouvernement du changement" qui pourrait faire tomber Benjamin Netanyahu, Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël.

Mais rien n'est fait. Malgré ce ralliement de poids, Yaïr Lapid, centriste à la tête de l'opposition israélienne, a encore quatre députés à rallier pour former une coalition capable de tourner la page de l'ère Netanyahu.

Son mandat, reçu début mai du président Reuven Rivlin après l'échec de M. Netanyahu à former une coalition, court jusqu'à mercredi, 23H59 (20H59 GMT).

Tout s'est accéléré dimanche soir: "J'annonce que je vais tout faire pour former un gouvernement d'union avec mon ami Yaïr Lapid", a déclaré M. Bennett, qui cultivait depuis plusieurs semaines le mystère sur ses intentions.

"Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités", a-t-il ajouté dans un discours télévisé. "Yaïr et moi avons nos différences mais nous partageons l'amour de ce pays."

Les deux partis vont entamer dans la soirée des négociations pour formaliser leur accord, ont-il indiqué dans un communiqué.

- "Compromis" -

"La gauche fait des compromis loin d'être faciles, quand elle m'octroie à moi (...) le rôle de Premier ministre", a poursuivi M. Bennett. Selon les médias israéliens, un accord entre les deux hommes prévoit qu'il prenne la tête du gouvernement pendant les deux premières années, avant de laisser sa place à M. Lapid.

Benjamin Netanyahu a cinglé dans la foulée ce projet de coalition, qui serait selon lui "un danger pour la sécurité de l'Etat d'Israël", en le qualifiant "d'arnaque du siècle".

Pour former un gouvernement, Yaïr Lapid, à la tête du parti Yesh Atid ("Il y a un futur"), doit réunir les soutiens de 61 députés. Avec l'appui de la gauche, du centre et de deux formations de droite, il en avait rassemblé 51, jusqu'au ralliement de M. Bennett.

Ce dernier, à la tête de la formation Yamina ("A droite"), avait remporté sept sièges aux législatives du 23 mars, les quatrièmes en deux ans. Mais un de ses membres avait annoncé son refus de collaborer avec le camp anti-Netanyahu.

Avec ces six appuis supplémentaires, ce bloc qui appelle au changement après 12 ans de direction du pays par M. Netanyahu, doit encore engranger quatre soutiens et compte sur les partis arabes israéliens, qui ne se sont pas encore clairement positionnés.

- "Remplacer le régime Netanyahu" -

Après des semaines marquées par la guerre de 11 jours entre le Hamas palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza et l'Etat hébreu, des tensions à Jérusalem-Est et des heurts dans des villes judéo-arabes en Israël, Yaïr Lapid avait relancé vendredi son offre pour un "gouvernement d'union nationale", affirmant vouloir une coalition qui dise "nous sommes ici ensemble, notre lutte est commune, ce pays est notre responsabilité à tous".

M. Netanyahu avait riposté dimanche matin en appelant M. Bennett et Gideon Saar, chef d'un petit parti de droite, à "venir, maintenant, tout de suite", entamer des discussions en vue d'une coalition gouvernementale, sur le principe d'une rotation à sa tête, à commencer par M. Saar, puis MM. Netanyahu et Bennett.

Ancien du Likoud, Gideon Saar a indiqué sur Twitter ne pas être intéressé et rester fidèle à son projet: "remplacer le régime de Netanyahu".

Il y a 25 ans presque jour pour jour (29 mai 1996), M. Netanyahu avait vaincu le travailliste Shimon Peres et était devenu Premier ministre pour trois ans. Revenu au pouvoir en 2009, il ne l'a plus quitté depuis.

Jugé pour "corruption" dans trois affaires, il est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites criminelles en cours de mandat.

Si le camp anti-Netanyahu ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de désigner comme Premier ministre un parlementaire.

Autre scénario, le plus redouté par les électeurs déjà appelés à voter quatre fois en un peu plus de deux ans: un retour aux urnes.

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