Yaïr Lapid, l'ex-star de la télé israélienne qui veut chasser Netanyahu du pouvoir

Guillaume LAVALLÉE
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Ancienne star de la télé israélienne, le centriste Yaïr Lapid a gagné en crédibilité depuis ses débuts en politique, jusqu'à se hisser au rang de principal rival du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu et d'être en passe de le pousser vers la sortie.

Lorsqu'en 2012 ce journaliste vedette aux airs de George Clooney quitte les plateaux pour lancer son parti Yesh Atid ("Il y a un futur"), ses détracteurs lui reprochent de jouer sur son look de beau gosse pour séduire la classe moyenne.

Près de dix ans plus tard, Yaïr Lapid est toujours là et a pris la tête de l'opposition, qui a engrangé dimanche le soutien du chef de file de la droite radicale, Naftali Bennett, en vue de la formation d'un nouveau gouvernement.

Avec cet appui, M. Lapid touche du doigt la mission qu'il s'était fixée: chasser du pouvoir Benjamin Netanyahu, Premier ministre le plus pérenne de l'histoire d'Israël et inculpé pour corruption dans une série d'affaires.

Lors des précédentes législatives de mars 2020, M. Lapid avait fondu son parti dans la coalition centriste "Bleu-Blanc" de l'ancien général Benny Gantz. Mais lorsque M. Gantz avait fini par conclure un accord de gouvernement avec "Bibi", surnom de Netanyahu, M. Lapid avait claqué la porte.

"J'ai dit (à Benny Gantz) +j'ai déjà travaillé avec Netanyahu (...) et il ne te laissera pas avoir les mains sur le volant+", racontait M. Lapid il y a quelques mois à l'AFP.

"Gantz m'a dit +nous avons confiance en lui, il a changé+. Et j'ai répondu +le gars a 71 ans, il ne va pas changer+. Et malheureusement pour le pays, j'avais raison", avait ajouté M. Lapid, ministre des Finances (2013-2014) dans un gouvernement Netanyahu.

Aux législatives du 23 mars, la formation centriste de M. Lapid était arrivée en deuxième position, avec 17 députés, derrière le Likoud (droite) de M. Netanyahu.

- Presse et polar -

Né en novembre 1963 à Tel-Aviv, métropole où il concentre ses appuis, Yaïr Lapid est le fils du défunt journaliste et ancien ministre de la Justice Tommy Lapid.

Sa mère, Shoulamit, est un des maîtres du polar israélien, avec une série d'enquêtes mettant en scène une journaliste.

Terrain ou fiction, le journalisme imprègne ainsi la jeunesse de Yaïr Lapid qui signe ses premiers textes pour le quotidien Maariv, décrochant ensuite une chronique au Yedioth Aharonot, titre le plus vendu du pays, ce qui va le faire connaître du grand public.

Parallèlement, l'homme à la mâchoire carrée poursuit ses activités de touche-à-tout insatiable: il boxe en amateur, s'adonne aux arts martiaux, écrit des romans policiers et des séries télé, compose et interprète des chansons et joue même au cinéma.

Mais c'est à la télévision --il devient dans les années 2000 présentateur du talk-show le plus suivi du pays-- qu'il s'impose comme l'incarnation de l'Israélien moyen, posant invariablement à ses invités sa question fétiche: "Qu'est-ce qui est israélien à vos yeux?".

Patriote, libéral, laïc, l'homme parvient à rassembler au centre mais il est fustigé dans les milieux juifs orthodoxes.

- Humilité -

"Il s'abstient de toute autoglorification (...) et est le plus +non-candidat+ de tous les candidats au poste de Premier ministre", notait avant les élections de mars 2021 le journaliste Youval Karni dans le Yediot Aharonot, soulignant que les Israéliens "apprécient" l'humilité.

Quand des milliers d'Israéliens manifestaient chaque semaine contre M. Netanyahu devant la résidence officielle du Premier ministre rue Balfour à Jérusalem, mais aussi sur les ponts et les viaducs du pays, Yaïr Lapid faisait profil bas.

"Je suis allé sur les ponts (...) mais j'avais le sentiment qu'il y avait un problème à manifester en tant que chef de l'opposition, devant la résidence du Premier ministre", confiait-il.

Il disait ne pas chercher à habiter rue Balfour, mais à s'allier à d'autres partis pour chasser le "roi Netanyahu" de son trône et à "briser les barrières qui divisent la société israélienne".

Encore récemment, le centriste appelait de ses voeux "un gouvernement qui dit: nous ne nous haïssons pas".

Avec Naftali Bennett, représentant d'une droite radicale opposée en de nombreux points à ses visions centristes, il forme une alliance contre nature, mais guidée par le même objectif de changement à la tête du pays.

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