Israël: la coalition anti-Netanyahu en quête de confiance au Parlement

Daniella CHESLOW, Guillaume LAVALLÉE
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Israël s'approche jeudi de la fin d'une époque après la formation in extremis d'une coalition hétéroclite qui pourrait évincer du pouvoir dès les prochains jours Benjamin Netanyahu, le Premier ministre le plus pérenne de l'histoire du pays.

Alors que la date de la réunion du Parlement pour voter la confiance à l'équipe gouvernementale n'est pas encore connue, M. Netanyahu, maintenant une attitude de défi, a écrit sur Twitter: "tous les députés élus grâce au soutien de la droite doivent s'opposer à ce dangereux gouvernement de gauche".

A une quarantaine de minutes de l'échéance mercredi soir, le chef de l'opposition Yaïr Lapid a informé le président Reuven Rivlin qu'il avait réuni la majorité nécessaire de 61 députés (sur 120) pour un accord de gouvernement censé tirer un trait sur plus de deux ans de crise politique marquée par quatre élections et aucun gouvernement stable.

Les tractations ayant conduit à l'accord ont duré plusieurs jours, sur fond de rumeurs, de pressions, de tensions, pour une nouvelle tombée à 23H25 locales mercredi: Yaïr Lapid, chef de la formation centriste Yesh Atid, a annoncé avoir "réussi à former un gouvernement".

Mais l'accord formel de coalition ne fait pas encore un gouvernement. Pour y parvenir, cette coalition doit obtenir le vote de confiance d'une majorité d'élus à la Knesset, le Parlement israélien.

Or la convocation de ce vote est aux mains du président du Parlement, Yariv Levin, ténor du parti de droite Likoud de Benjamin Netanyahu, qui pourrait être tenté de temporiser en espérant que certains députés sous pression du Premier ministre, fassent défection.

Les Israéliens sont entièrement polarisés, entre ceux qui voient dans cette alliance détonante, une "trahison" des idées de la droite aussi bien que de la gauche, et ceux soulagés de voir l'indéboulonnable Premier ministre sur le départ après plus de 10 ans au pouvoir.

"Nous avions presque perdu espoir et nous espérons qu'après ces deux années très difficiles, nous aurons enfin une nouvelle ère qui ramènera enfin l'espoir en Israël", a déclaré Chen Kostukovsky, une habitante de Tel-Aviv rompue aux manifestations contre Benjamin Netanyahu.

- Un parti arabe dans la coalition -

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Jugé pour "corruption" dans trois affaires, M. Netanyahu est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites pénales en cours de mandat. Il devrait redevenir simple député et ne pourra plus user de son influence pour tenter de faire passer une loi pour le protéger de ses ennuis judiciaires.

L'image de la soirée, celle de la signature de l'accord de coalition conclu par les chefs de huit partis -deux de gauche, deux de centre, trois de droite et un arabe- marque aussi un tournant dans l'histoire politique d'Israël.

La dernière fois qu'un parti arabe israélien avait soutenu -sans toutefois y participer- un gouvernement remonte à 1992 à l'époque du "gouvernement de la paix" de Yitzhak Rabin.

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Cette fois, la formation arabe islamiste Raam dirigée par Mansour Abbas a signé l'accord mais ne prévoit pas de participer à ce gouvernement.

"Ce gouvernement sera au service de tous les citoyens d'Israël incluant ceux qui n'en sont pas membres, respectera ceux qui s'y opposent, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour unir les différentes composantes de la société israélienne", a assuré M. Lapid mercredi soir.

- "Grand espoir" -

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Les yeux étaient également tournés vers Naftali Bennett, ancien assistant de M. Netanyahu devenu son rival. Le dirigeant de la droite radicale n'a rallié le bloc anti-Netanyahu qu'au dernier moment après avoir fait planer le doute pendant des semaines.

Et c'est d'ailleurs M. Bennett, chef de la formation Yamina dont le soutien était essentiel pour atteindre le nombre magique des 61 députés, qui sera le premier chef du gouvernement, jusqu'en 2023, avant d'être remplacé par Yair Lapid jusqu'en 2025, selon les médias israéliens.

A moins que cette coalition hétéroclite - divisée sur des questions économiques, de sécurité et sur la question sensible de la relation entre Etat et la religion - n'éclate en vol.

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Benny Gantz, le ministre de la Défense et ex-concurrent de M. Netanyahu, en route pour Washington où il doit discuter du dossier iranien, a salué sur Twitter une "nuit de grand espoir".

Les pourparlers pour former ce gouvernement avaient été relancés après la flambée de violences entre manifestants palestiniens et policiers israéliens à Jérusalem-Est, les fortes tensions dans des villes judéo-arabes d'Israël, et la guerre de 11 jours entre l'armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza.

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