Orange sommé de s'expliquer après la panne inédite des numéros d'urgence

Yassine KHIRI, Nicolas KIENAST
placeholder

L'opérateur téléphonique Orange s'est excusé jeudi pour la panne "rarissime" qui a empêché l'accès aux numéros de secours dans toute la France la veille et continuait par endroits jeudi, un événement inédit qui pourrait être lié à la mort d'au moins trois personnes selon un bilan encore très provisoire.

Pendant au moins sept heures mercredi soir, à partir de 16h45 environ selon un ministre, les numéros 15 (Samu), 17 (police), 18 (pompiers) et 112 (numéro européen unique) ont été inaccessibles ou très difficilement accessibles dans l'ensemble de la France, forçant les gens à rappeler de nombreuses fois, ou à utiliser des lignes directes à 10 chiffres mis en place dans l'urgence par les autorités.

Orange, dont ce sont les équipements et lignes fixes qui ont dysfonctionné, a dit que le problème avait pris fin vers minuit mercredi soir, et que les choses étaient quasi-normales jeudi.

"Il y a eu un certains nombres de perturbations très limitées pendant la matinée. Au moment où nous parlons, l'ensemble de ces numéros d'urgence fonctionnement normalement", a indiqué jeudi le PDG d'Orange Stéphane Richard au JT de 13H00 de TF1.

Il a écarté totalement l'hypothèse d'une cyberattaque. "La cause racine" est "plus probablement une défaillance logicielle dans (les) équipements critiques de réseaux", a-t-il dit alors qu'Orange avait précédemment évoqué un incident sur un "équipement de type routeur", l'équipement chargé d'acheminer le trafic.

"Si la situation est en voie d'amélioration, des perturbations persistent de manière aléatoire", a indiqué le ministère de l'Intérieur. "Dans ces conditions, la cellule interministérielle de crise a décidé de maintenir les numéros alternatifs jusqu'à demain matin".

Le ministre de la Santé Olivier Véran a dit jeudi à la mi-journée qu'une dizaine de régions étaient toujours affectées.

"C'est trop tôt pour faire un bilan mais évidemment on est très préoccupés", a réagi Emmanuel Macron, en déplacement dans le Lot.

Une nouvelle cellule interministérielle de crise devait se réunir à 18h00 pour faire un nouveau point de la situation.

Un audit a été lancé par le gouvernement, qui rappelle qu'Orange a une obligation de résultat pour assurer l'accès aux numéros d'urgence.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a fustigé des "dysfonctionnements graves et inacceptables" et annoncé qu'au moins trois personnes, dont une dans le Morbihan et deux à La Réunion, étaient décédées d'accidents cardiovasculaires.

Le parquet de Vannes, dans le Morbihan, a annoncé l'ouverture d'une enquête après la mort d'un homme de 63 ans aux urgences de l'hôpital de Vannes.

- "Tirer les conséquences" -

Il faudra comprendre si la mort de ces trois personnes est due à l'impossibilité de joindre les secours.

"Ce qui est sûr, c'est que les personnes ont témoigné qu'elles ont essayé d'appeler plusieurs fois et qu'elles n'ont pas réussi tout de suite à avoir des opérateurs", a dit M. Darmanin, rentré en urgence d'une visite officielle en Tunisie.

placeholder

Jean Castex, resté en Tunisie, a également déploré des "dysfonctionnements graves", dont "évidemment il faudra tirer toutes les conséquences".

La porte-parole du ministère de l'Intérieur, Camille Chaize, a elle précisé sur BFMTV que la panne pouvait être "l’occasion de revoir le dispositif de numéros d’urgence pour qu’il soit plus simple et lisible pour le grand public".

Pour la Fédération nationale des sapeurs pompiers de France (FNSPF), l'incident montre le besoin de rénover "notre système d'alerte" et de créer un numéro unique dédié aux appels d'urgence, le 112, qu'elle appelle de ses voeux depuis longtemps. Même si l'on ignore encore si un tel numéro aurait empêché la panne.

L'Assemblée nationale a adopté en première lecture jeudi dernier une proposition de loi qui vise notamment à instaurer ce numéro unique dédié, sur le modèle du "911" américain. Ce texte consensuel est désormais attendu au Sénat.

La classe politique réagissait vivement à la panne, certains appelant à reconstruire un système d'appel "sûr et fiable" (Eric Ciotti, LR).

- Panne "rarissime" -

L'incident semble extraordinaire.

Des équipements d'Orange redondants sur six sites différents, censés prendre le relais entre eux en cas de défaillance, sont tombés en panne en même temps, a expliqué Stéphane Richard. "Cela n'est jamais arrivé, c'est un incident effectivement grave, rarissime. Cela a pu arriver dans le monde des télécoms de temps en temps, mais c'est très rare", a-t-il dit.

placeholder

La panne ne semble pour le moment pas avoir désorganisé significativement les services d'urgence.

"Entre 30% et 50% des appels ont dû être retardés", a estimé le Pr Karim Tazarourte, chef du Samu 69 (Rhône) interrogé par l'AFP. Mais "à ce stade", il n'est selon lui pas démontré que ces retards auraient pu générer davantage de pathologies graves.

Le son de cloche est similaire du côté du Dr Caroline Telion, responsable adjointe du Samu 75 (Paris), pour qui autour de "10%" des appels "ne seraient pas rentrés". "On n'a pas non plus l’impression que les services d’urgences aient été submergés dans la soirée et dans la nuit par un afflux de cas graves", a-t-elle précisé.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

logo AFP