Panne des numéros d'urgence: sommé de s'expliquer par l'exécutif "très préoccupé", Orange s'excuse

Yassine KHIRI, Nicolas KIENAST
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L'opérateur Orange, sommé de s'expliquer par l'exécutif, s'est excusé jeudi pour la panne qui a gravement perturbé le fonctionnement des numéros d'appel téléphonique des secours dans toute la France la veille et pourrait avoir causé la mort d'au moins trois personnes.

"Le Groupe @Orange présente ses plus vives excuses à celles et ceux qui ont été touchés ces dernières heures", a écrit son PDG Stéphane Richard sur Twitter après sa convocation par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le secrétaire d'Etat chargé du numérique, Cédric O.

"C'est trop tôt pour faire un bilan mais évidemment on est très préoccupés", a réagi Emmanuel Macron, en déplacement dans le Lot.

Fustigeant des "dysfonctionnements graves et inacceptables", M. Darmanin a annoncé qu'un patient souffrant de troubles cardiovasculaires "serait décédé" dans le Morbihan, faute d'avoir "pu joindre les services de secours à temps".

La préfecture du Morbihan a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative sur les circonstances de ce décès et l'hôpital de Vannes souhaite une enquête judiciaire.

La panne d'un équipement chargé d'acheminer les appels a entravé massivement l'accès aux numéros d'urgence (15/17/18/112) et aux lignes fixes mercredi après-midi jusqu'à minuit, rendant de nombreux services de secours difficiles à joindre par le public à travers tout le pays.

Le réseau "fonctionne depuis minuit" mais reste "sous surveillance", selon Orange.

"Deux autres accidents cardiovasculaires" ont été recensés à La Réunion, selon M. Darmanin, rentré précipitamment d'une visite en Tunisie au côté du Premier ministre Jean Castex.

- "Tirer les conséquences" -

"Mais je ne peux pas dire si le temps (avant l'arrivée des secours, ndlr) a été particulièrement long et s'il est imputable à ce numéro d'urgence", a-t-il ajouté.

L'entourage du ministre a précisé que ces deux "accidents" s'étaient soldés par la mort des patients.

"Ce qui est sûr, c'est que les personnes ont témoigné qu'elles ont essayé d'appeler plusieurs fois et qu'elles n'ont pas réussi tout de suite à avoir des opérateurs", a insisté M. Darmanin.

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Une cellule interministérielle de crise devait se réunir à 12h30 pour faire un nouveau point de la situation.

Jean Castex, resté en Tunisie, a également déploré des "dysfonctionnements graves", dont "évidemment il faudra tirer toutes les conséquences". "J'ai immédiatement demandé qu'une inspection soit diligentée pour connaître l'origine de cette défaillance", a ajouté le Premier ministre.

La porte-parole du ministère de l'Intérieur, Camille Chaize, a elle précisé sur BFMTV que cette panne pouvait être "l’occasion de revoir le dispositif de numéros d’urgence pour qu’il soit plus simple et lisible pour le grand public".

Pour la Fédération nationale des sapeurs pompiers de France (FNSPF), l'incident montre le besoin de rénover "notre système d'alerte" et de créer un numéro unique dédié aux appels d'urgence, le 112, qu'elle appelle de ses voeux depuis longtemps.

- Pas de désorganisation majeure -

L'Assemblée nationale a adopté en première lecture jeudi dernier une proposition de loi qui vise notamment à instaurer ce numéro unique dédié, sur le modèle du "911" américain. Ce texte consensuel est désormais attendu au Sénat.

Orange a expliqué que la panne résultait d'"un incident technique sur un équipement de type routeur qui achemine le trafic".

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Alors que des numéros provisoires à dix chiffres dans chaque département avaient été mis en place, "nos concitoyens doivent désormais retourner vers les numéros d'urgence, le 18, le 17, le 15, et s'ils n'y arrivent pas, utiliser les numéros de contournement que nous gardons au moins ce matin", a indiqué Gérald Darmanin.

Cette panne ne semble pour le moment pas avoir désorganisé significativement les services d'urgence.

"Entre 30% et 50% des appels ont dû être retardés", a estimé le Pr Karim Tazarourte, chef du Samu 69 (Rhône) interrogé par l'AFP. Mais "à ce stade", il n'est selon lui pas démontré que ces retards auraient pu générer davantage de pathologies graves.

Le son de cloche est similaire du côté du Dr Caroline Telion, responsable adjointe du Samu 75 (Paris), pour qui autour de "10%" des appels "ne seraient pas rentrés". "On n'a pas non plus l’impression que les services d’urgences aient été submergés dans la soirée et dans la nuit par un afflux de cas graves", a-t-elle précisé.

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