Présidentielle au Pérou: Fin du vote, Fujimori et Castillo au coude-à-coude

Francisco JARA et Carlos MANDUJANO à Cajamarca
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Le scrutin présidentiel est très serré au Pérou, où le candidat de la gauche radicale Pedro Castillo et la représentante de la droite populiste Keiko Fujimori sont au coude-à-coude selon un sondage sortie des urnes après la fermeture des bureaux de vote.

Selon Ipsos, la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) obtiendrait 50,3% des suffrages contre 49,7% à l'ex-instituteur, après le vote, obligatoire au Pérou, de quelque 25 millions d'électeurs.

Les résultats officiels sont attendus vers 23H30 locales (04H30 GMT).

"Nous avons une égalité statistique, dans la marge d'erreur, une égalité très serrée. Il n'y a aucun moyen de déclarer un gagnant pour le moment", a déclaré Alfredo Torres, directeur d'Ipos Pérou.

Les experts avaient prédit un scrutin serré. Les deux vainqueurs surprise du 1er tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient assuré plus tôt dans la journée qu'ils respecteraient le verdict des urnes.

"Nous serons respectueux" du décompte des voix, a déclaré M. Castillo 51 ans, vêtu d'une veste marron et du chapeau blanc typique de sa région d'origine de Cajamarca (nord) où il a voté dans la ville de Tacabamba, suivi dans les rues par des centaines de partisans.

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"Quel que soit le résultat, je respecterai la volonté populaire", a renchéri Keiko Fujimori, 46 ans, qui a voté dans un quartier de la capitale.

La fille de l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité, se hisse pour la troisième fois au second tour, après deux défaites successives en 2012 et 2016.

Elle n'avait pas reconnu sa défaite lors de la dernière présidentielle remportée par l'ex-président Pedro Pablo Kuczynski, avant de reconnaître une "erreur".

Dans les 11.400 bureaux ouverts 12 heures, quatre de plus qu'habituellement en raison de la pandémie, une majorité d'électeurs est allée voter à contrecœur sous peine d'amende.

Ecartelés entre deux extrêmes dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas, ils sont surtout préoccupés par les chiffres alarmants de l'épidémie de coronavirus qui a déjà fait plus de 184.000 morts, faisant du pays andin le 5e le plus endeuillé au monde et le premier par rapport à son nombre d'habitants (33 millions).

"Je n'ai même pas envie de voter, pour moi aucun des deux ne mérite mon vote. Mais j'ai peur de Castillo, alors je vote pour Keiko", a déclaré Johnny Samaniego, 51 ans, un chauffeur routier de Lima.

Quel qu'il soit, le futur chef de l'Etat aura d'énormes défis à relever.

Il devra prendre des mesures urgentes pour surmonter la pandémie, la récession économique et l'instabilité institutionnelle chronique du pays.

Il devra aussi s’accommoder d'un Parlement fragmenté, issu des législatives d'avril, et coutumier d'alliances de circonstances qui ont conduit à la destitution de deux présidents : Pedro Pablo Kuczynski en 2018 et son successeur Martin Vizcarra en 2020.

Mêmes si les deux candidats franchement antagonistes ont appelé à l'unité, l'après-campagne risque d'être difficile tant chaque camp a alimenté les peurs.

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Mme Fujimori et ses partisans n'ont eu de cesse d'agiter le chiffon rouge au-dessus du candidat de la gauche radicale, affirmant qu'il allait transformer le Pérou en une sorte de Corée du Nord ou de Venezuela, et mener le pays à la ruine et à la dictature.

Pedro Castillo a, lui, répété à l'envi qu'avec sa rivale ce sera "plus de pauvres dans un pays riche" et que perdurera la corruption, en référence au scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du bâtiment, qui a éclaboussé la classe politique péruvienne.

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Pas moins de quatre ex-présidents, dont un s'est suicidé, ont été impliqués dans ce scandale.

Et Keiko Fujimori, qui a déjà passé 16 mois en détention provisoire pour blanchiment d'argent présumé dans cette affaire, a vu le parquet requérir contre elle 30 années de prison.

En cas de victoire, celle qui deviendra la première femme présidente du Pérou, ne pourra être jugée qu'à l'issue de son mandat de cinq ans.

Le nouveau président prendra ses fonctions le 28 juillet, jour de la commémoration du bicentenaire de l'indépendance du Pérou, et remplacera le président par intérim Francisco Sagasti qui a exhorté ses compatriotes à "respecter scrupuleusement la volonté exprimée dans les urnes".

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