Coup de filet mondial après le noyautage spectaculaire de communications du crime organisé

Andrew BEATTY
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Des milliers de malfaiteurs ont utilisé dans le monde entier des téléphones cryptés pour organiser leur trafic de drogue, d'armes ou même des projets d'assassinats, sans savoir que ces appareils avaient été distribués dans le cadre d'une opération policière d'infiltration, qui vient de déboucher sur un spectaculaire coup de filet planétaire.

Plusieurs capitales ont révélé mardi que pendant trois ans, des milliers de ces téléphones censés permettre aux criminels de passer inaperçus avaient été disséminés dans les rangs de la mafia, de syndicats asiatiques du crime organisé, de cartels de la drogue, de gangs hors-la-loi de motards...

Cette opération internationale impulsée par le FBI et baptisée "Bouclier de Troie" reposait sur un appareil appelé "AN0M", qui a été distribué dans plus de 90 pays à des malfaiteurs qui l'utilisaient pour communiquer, sans savoir que la police était aussi destinatrice des 20 millions de messages qu'ils ont au total envoyés.

Ce dispositif a débouché sur des centaines d'arrestations et permis l'interception de nombreuses cargaisons de drogue, à en croire les polices de plusieurs pays et des documents judiciaires américains déclassifiés.

- Pas de GPS, pas d'appel -

Rien qu'en Australie, plus de 200 personnes ont été inculpées dans le cadre de cette opération qui, selon le Premier ministre australien Scott Morrison, "a infligé un coup dur au crime organisé dans ce pays, et qui aura un écho dans le monde entier".

A l'origine de "Bouclier de Troie" figure l'infiltration par le FBI de "Phantom Secure", un autre système de communications cryptées, et le démantèlement retentissant d'un troisième, "Sky Global".

"La fermeture de ces deux plateformes de communications cryptées a créé un vide sur le marché des communications cryptées", a expliqué mardi la police néo-zélandaise.

Pour combler ce vide, "le FBI a opéré son propre système d'appareils cryptés, baptisé +AN0M+".

A en croire des documents judiciaires américains déclassifiés cités par le média américain Vice, le FBI a travaillé avec des personnes connaissant ces milieux pour développer et distribuer les appareils AN0M par l'entremise du réseau Phantom Secure en disséminant 50 téléphones, principalement en Australie.

Pas d'email, pas d'appel, pas de services GPS... Ces appareils ne permettait vraisemblablement que d'envoyer des messages, et uniquement à d'autres appareils AN0M.

- "La police dans la poche" -

Ils ne pouvaient s'acheter qu'au marché noir, pour environ 2.000 dollars et il fallait avoir, pour les autoriser, un code transmis par un autre utilisateur d'AN0M.

"Un criminel devait connaître un autre criminel pour obtenir ce matériel", a expliqué la police australienne dans un communiqué.

Celle-ci s'est appuyée sur des gens ayant de l'influence dans le milieu -y compris un baron de la drogue en cavale en Turquie- pour disséminer l'appareil.

"Les appareils ont circulé et leur popularité a grandi parmi les criminels, qui avaient confiance dans la légitimité de l'application car de grandes figures du crime organisé se portaient garants de son intégrité", a poursuivi la police.

"Ces influenceurs criminels ont mis la police fédérale australienne dans la poche revolver de centaines de délinquants présumés", s'est félicité le chef de la police australienne Reece Kershaw dans le communiqué.

"Au final, ils se sont passé les menottes les uns aux autres en adoptant et en faisant confiance à AN0M et en communiquant ouvertement avec, sans savoir que nous les surveillions tout le temps."

- Rumeurs -

Dans le même temps, ont été lancées des rumeurs sur la prétendue vulnérabilité d'un système concurrent baptisé "Ciphr".

Au total, ce sont 11.800 appareils qui ont été distribués sur tous les continents, les pays en ayant reçu le plus sont l'Australie, l'Espagne, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Cette infiltration a visiblement volé en éclat en mars 2021 quand un blogueur a écrit en détail sur les failles de sécurité de AN0M, présenté comme un dispositif lié à l'Australie, aux Etats-Unis et aux autres membres de l'alliance de renseignements des FiveEyes. Ce post a été supprimé.

En Australie, 224 personnes ont été inculpées d'un total de plus de 500 chefs d'accusation, six laboratoires de fabrication de drogue ont été fermés, quantités d'armes et 45 millions de dollars australiens (29 millions d'euros) en liquide ont été saisis.

La police néo-zélandaise, qui a fait état de 35 arrestations, notamment pour trafic de drogue et blanchiment d'argent, a pour sa part décrit l'opération comme "la plus sophistiquée au monde contre le crime organisé qui ait été menée par les forces de l'ordre à ce jour".

"Des centaines de personnes ont été arrêtées" hors d'Australie, a ajouté la police australienne.

Europol prévoyait de donner une conférence de presse à La Haye mardi matin.

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