Présidentielle au Pérou: suspense entier, l'avance de Castillo sur Fujimori s'amenuise

Luis Jaime CISNEROS et Carlos MANDUJANO à Cajamarca
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Le suspense perdure au Pérou dans la dernière ligne droite de la présidentielle. L'écart lentement creusé par Pedro Castillo sur sa rivale Keiko Fujimori, qui a dénoncé des "indices de fraude", s'est amenuisé mardi après le dépouillement de 97,3% des bureaux de vote.

Le candidat de la gauche radicale possède encore plus de 77.000 voix d'avance, mais l'écart s'est resserré ces dernières heures, selon l'Office national des processus électoraux (ONPE). M. Castillo était crédité de 50,22% des voix et Mme Fujimori de 49,78%.

La représentante de la droite populiste semble bénéficier du comptage des voix d'un million de Péruviens résidant à l'étranger qui parviennent deux jours après le scrutin.

Depuis le premier résultat partiel, portant alors sur 42% des bureaux de vote, Pedro Castillo n'a cessé de refaire petit à petit le retard de six points concédé dimanche soir.

Les votes en provenance des campagnes et des régions éloignées de la forêt amazonienne, qui arrivent physiquement à Lima et favorables au candidat aux origines provinciales, lui ont permis de doubler la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000).

Lundi, elle a alors dénoncé des "irrégularités" et des "indices de fraude".

"Il existe une claire intention de saboter la volonté du peuple", a affirmé Mme Fujimori au cours d'une conférence de presse, photos et vidéos à l'appui, notamment une image montrant des résultats dans un petit village donnant son adversaire vainqueur par 187 voix contre zéro.

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La mission d'observation de l'Organisation des Etats américains (OEA) a cependant jusqu'ici reconnu que "le dépouillement des bulletins de vote s'est déroulé conformément aux procédures officielles". La présidente de l'ONG Transparencia, Adriana Urrutia, a été plus loin en affirmant au quotidien El Comercio qu'"il n'y a pas de preuves qui nous permettent de parler de fraude électorale".

M. Castillo a demandé sur son compte Twitter "d'être vigilant pour défendre la démocratie qui s'exprime dans chaque vote, à l'intérieur et à l'extérieur de notre cher Pérou".

Pour la politologue péruvienne Jessica Smith, "le vote à l'étranger pourrait changer la tendance". "Mais le désespoir a déjà commencé à se répandre du côté de Keiko" Fujimori, a-t-elle dit mardi à l'AFP.

Selon elle, "les allégations de fraude vont faire partie du spectacle d'un côté ou de l'autre".

- "Incertitude" -

Les incertitudes sur l'issue du scrutin et la défiance entre les deux camps farouchement antagonistes pourraient entretenir les convulsions politiques du Pérou qui a connu quatre présidents depuis 2018, dont trois en cinq jours en novembre 2020.

La Bourse de Lima a clôturé en baisse de 7,82 % lundi, alors que le dollar a atteint un niveau record.

Le billet vert n'a cessé d'augmenter face au sol péruvien, la monnaie locale, depuis la victoire au 1er tour de M. Castillo qui préconise un rôle plus interventionniste de l'Etat et des nationalisations dans le secteur énergétique et minier.

"La bourse baisse à cause de l'incertitude et parce que M. Castillo peut gagner", explique à l'AFP l'analyste Hugo Otero. "Ce que le pays attend c'est la confirmation que les résultats soient acceptés des candidats".

Les deux vainqueurs surprise du premier tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient pourtant tous deux assuré qu'ils respecteraient le verdict des urnes.

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En cas de victoire, Keiko Fujimori, 46 ans, fille d'Alberto Fujimori qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité, deviendrait la première femme présidente du Pérou et la première en Amérique à suivre une dynastie familiale.

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Si elle perd pour la troisième fois au second tour, après deux défaites successives en 2011 et 2016, elle pourrait être poursuivie en justice. Le parquet a requis 30 ans de prison dans une affaire de pots-de-vin présumés pour laquelle elle a déjà passé 16 mois en détention préventive.

S'il l'emportait, Pedro Castillo serait lui "le premier président pauvre du Pérou", selon M. Otero. Originaire de la province de Cajamarca (nord) dont il arbore le chapeau blanc traditionnel, M. Castillo a enseigné dans une école rurale pendant 24 ans.

Quel qu'il soit, le futur chef de l'Etat aura d'énormes défis à relever dans le pays qui, avec 186.000 morts, a le plus haut taux mondial de décès du coronavirus et comptabilise trois millions de nouveaux pauvres en un an, le PIB ayant plongé de 11,12% en 2020.

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