Présidentielle au Pérou: Castillo se dit vainqueur avant la proclamation officielle du résultat

Luis Jaime CISNEROS et Carlos MANDUJANO à Cajamarca
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Le candidat de la gauche radicale, Pedro Castillo, s'estime vainqueur de la présidentielle au Pérou, après le dépouillement de 99,82% des bulletins, où selon le décompte officiel il possède mercredi après-midi près de 70.000 voix d'avance.

Si l'Office national des processus électoraux (ONPE) n'avait toujours pas officiellement proclamé les résultats, M. Castillo affirme que ses observateurs dans les bureaux de vote considèrent sa victoire acquise.

A 14H00 locales mercredi (19H00 GMT) M. Castillo était crédité de 50,2% des suffrages et sa rivale de la droite populiste Keiko Fujimori de 49,8%.

Il a exhorté ses troupes à ne pas céder aux provocations et a remercié "au nom du peuple péruvien" les messages des "ambassades et gouvernements d'Amérique latine et d'autres pays" reçus pour le féliciter de sa "victoire".

Aucun pays n'a officiellement reconnu le succès de M. Castillo. Seul l'ex-président bolivien, Evo Morales (2006-2019), a adressé ses "félicitations pour cette victoire, qui est la victoire du peuple péruvien mais aussi du peuple latino-américain qui veut vivre avec la justice sociale !", voyant en M. Castillo un "frère d'âme et un compagnon de lutte".

Comme lors des trois dernières élections présidentielles au Pérou, presque aussi serrées que l'actuelle, l'annonce officielle du résultat est retardé par le besoin du comptage de l'ensemble des bulletins.

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Or de nombreuses feuilles d'émargement de centres de vote dans des zones reculées de la jungle amazonienne, ou celles du million d'électeurs qui ont voté à l'étranger, mettent plusieurs jours pour parvenir à l'ONPE.

- L'armée appelle "au respect" -

"Je pense que Castillo va gagner mais il faut attendre que l'ONPE déclare le résultat officiel", a estimé l'analyste Hugo Otero.

La représentante de la droite populiste reste muette.

Lundi, elle a dénoncé des "irrégularités", des "indices de fraude" et "une claire intention de saboter la volonté du peuple". Environ 200 de ses partisans se sont rassemblés mardi devant le siège de l'ONPE. "Non au communisme déguisé", indiquait une banderole.

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Les forces armées péruviennes ont exhorté mercredi "tous les Péruviens à respecter les résultats du processus électoral" et se sont engagées "à respecter la volonté des citoyens exprimée dans les urnes".

Des appels circulent sur les réseaux sociaux pour que l'armée intervienne et empêche le candidat de gauche radicale de prendre le pouvoir. "Les forces armées (...) sont subordonnées au pouvoir constitutionnel ; par conséquent, tout appel à violer ce mandat est inapproprié dans une démocratie", indique le communiqué.

Les deux vainqueurs surprise du premier tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient pourtant tous deux assuré qu'ils respecteraient le verdict des urnes.

Selon la politologue péruvienne Jessica Smith, de l'Université centrale du Chili, "les contestations des résultats des bureaux de vote vont être cruciales" pour décider du scrutin, même si elle a estimé que "le désespoir a déjà commencé à se répandre du côté de Keiko".

La mission d'observation de l'Organisation des Etats américains (OEA) a jusqu'ici reconnu que "le dépouillement des bulletins de vote s'est déroulé conformément aux procédures officielles".

La présidente de l'ONG Transparencia, Adriana Urrutia, a été plus loin en affirmant au quotidien El Comercio qu'"il n'y a pas de preuves qui nous permettent de parler de fraude électorale".

"Mensonges, mensonges, toujours la même chose : Fujimorisme", titrait tôt mercredi matin un communiqué de Peru libre, soulignant que "la vieille pratique de Fujimorisme en matière de fraude électorale n'est pas un secret".

- Retour case prison ? -

Une défaite aussi courte serait pour Mme Fujimori une nouvelle immense désillusion.

En 2016 déjà elle s'était inclinée face à Pedro Pablo Kuczynski sur une marge infime de 42.597 voix sur plus de 20 millions d'électeurs (50,12% contre 49,88%). Elle avait vivement contesté le résultat criant à la fraude, avant de reconnaître bien plus tard "une erreur".

Si elle perd pour la troisième fois au second tour, après la défaite plus nette de 2011 (51,4% contre 48,4%) où il a tout de même fallu 10 jours pour que le résultat soit officialisé, elle pourrait se retrouver de nouveau en prison.

Le parquet a requis 30 ans à son encontre dans une affaire de pots-de-vin présumés pour laquelle elle a déjà passé 16 mois en détention préventive.

Son père Alberto Fujimori purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité.

Si Pedro Castillo l'emporte, il serait "le premier président pauvre du Pérou", selon M. Otero.

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