Présidentielle au Pérou: annonce des résultats retardée, Fujimori demande l'invalidation de votes

Luis Jaime CISNEROS et Carlos MANDUJANO à Cajamarca
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Le candidat de la gauche radicale Pedro Castillo s'estime vainqueur de la présidentielle au Pérou, après le dépouillement de près de 100% des bulletins de vote. Mais l'annonce officielle des résultats était retardée jeudi par la demande de son adversaire de droite Keiko Fujimori de l'invalidation de 200.000 bulletins.

Alors que quasiment 100% des bulletins ont été dépouillés, M. Castillo est crédité jeudi à 11H00 locales (18H00 GMT) de 50,20% des suffrages et sa rivale de la droite populiste de 49,79%, soit un écart de 71.455 voix, selon l'Office national des processus électoraux (ONPE).

Keiko Fujimori conteste cette avance et a demandé mercredi l'invalidation de quelque 200.000 bulletins de vote, issus de 802 bureaux de vote, devant le tribunal électoral. Ella avait dénoncé lundi des "irrégularités", des "indices de fraude" et "une claire intention de saboter la volonté du peuple".

Les jurys électoraux ont entamé le lent processus de révision des bulletins contestés, qui pourrait prendre une dizaine de jours.

Le président des jurys électoraux, Jorge Luis Salas, s'est dit surpris de la demande de Mme Fujimori d'invalider les résultats dans plus de 800 bureaux de vote. Il a rappelé que lors des dernières élections de 2016, que Mme Fujimori a perdu d'à peine 42.597 voix, "seuls 29 bureaux de vote avaient été remis en question".

Selon les audiences retransmises à la télévision, il s'agit le plus souvent de bulletins avec des cases cochées au mauvais endroit ou l'utilisation d'une encre non autorisée.

Pour s'assurer que tout se passe bien pour leur candidat, des centaines de partisans de Pedro Castillo se sont rassemblés devant les bâtiments du Jury national des élections, l'organe de contrôle des scrutins au Pérou.

"Nous sommes là de manière préventive pour que les votes contestés soient correctement vérifiés", a expliqué à l'AFP l'un d'entre eux, Juan Gustavo Diaz.

Des partisans de Keiko Fujimori se sont également rassemblés dans le centre de la capitale pour soutenir leur candidate. "Communisme non, démocratie oui" ou encore "Jusqu'au dernier vote" pouvait-on lire sur des banderoles.

"Ne tombons pas dans les provocations de ceux qui veulent voir ce pays dans le chaos. Par conséquent, nous appelons à la paix et à la tranquillité", a tweeté M. Castillo.

- Liberté conditionnelle -

"Je pense que Castillo va gagner mais il faut attendre que l'ONPE déclare le résultat officiel", a estimé l'analyste Hugo Otero.

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Aucun pays n'a officiellement reconnu la victoire de M. Castillo. Seul l'ex-président bolivien Evo Morales lui a adressé ses "félicitations pour cette victoire, qui est celle du peuple péruvien mais aussi du peuple latino-américain qui veut vivre avec la justice sociale !".

Les forces armées péruviennes ont exhorté mercredi "tous les Péruviens à respecter les résultats du processus électoral" et se sont engagées "à respecter la volonté des citoyens exprimée dans les urnes".

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Les deux vainqueurs surprise du premier tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient tous deux assuré avant le scrutin qu'ils respecteraient le résultat du vote.

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La mission d'observation de l'Organisation des Etats américains (OEA) a jusqu'ici reconnu que "le dépouillement des bulletins de vote s'est déroulé conformément aux procédures officielles".

Une défaite aussi près du but serait pour Mme Fujimori une nouvelle désillusion, mais la priverait surtout de l'immunité présidentielle.

Début mars, trente années de prison ont été requises contre elle par le parquet et 22 ans contre son mari Mark Vito Villanella, dans le cadre de l'enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains.

Jeudi, le procureur en charge de l'affaire, José Domingo Pérez, a réclamé que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate de droite depuis mai 2020 soit "révoquée". Mme Fujimori a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire pour financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.

Le bureau du procureur a notamment obtenu fin 2019 l'aveu d'un ancien cadre d'Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous de table d'un million de dollars pour payer la campagne de son parti Fuerza popular en 2011.

Au terme de 28 mois d'enquête, 41 personnes ont été inculpées pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d'argent, entrave à la justice, fausse déclaration".

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