Présidentielle au Pérou: encore plusieurs jours avant le résultat officiel

Luis Jaime CISNEROS et Carlos MANDUJANO à Cajamarca
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Le résultat officiel de la présidentielle au Pérou, dont le candidat de la gauche radicale Pedro Castillo s'estime vainqueur, ne sera pas connu avant plusieurs jours, a indiqué jeudi le jury électoral chargé de le proclamer, alors que tous les bulletins de vote ont été centralisés.

M. Castillo était crédité jeudi soir de 50,20% des suffrages et sa rivale de la droite populiste de 49,80%, soit un écart de 69.546 voix, selon l'Office national des processus électoraux (ONPE).

Keiko Fujimori conteste cette avance et a demandé mercredi l'invalidation de quelque 200.000 bulletins, issus de 802 bureaux de vote, devant le Jury national électoral (JNE). Elle avait dénoncé lundi des "irrégularités", des "indices de fraude" et "une claire intention de saboter la volonté du peuple".

Le JNE ne s'est pas prononcé sur cette demande et a entamé le lent processus de révision des bulletins litigieux, qui, selon lui, pourrait prendre plusieurs jours avant la proclamation du résultat.

Pour l'heure ni les autorités électorales, ni les missions d'observation internationales, n'ont font état de la moindre fraude.

Le président du JNE, Jorge Luis Salas, s'est dit surpris de la demande de Mme Fujimori d'invalider les résultats dans plus de 800 bureaux de vote. Il a rappelé que lors des dernières élections de 2016, que Mme Fujimori a perdu d'à peine 42.597 voix, "seuls 29 bureaux de vote avaient été remis en question".

Sans attendre le résultat officiel, qui maintien le pays sous tension, le président argentin de centre-gauche Alberto Fernandez a surpris en félicitant M. Castillo, le "président élu du Pérou". Les anciens présidents bolivien Evo Morales et brésilien Lula da Silva avaient eux aussi adressé leurs félicitations.

Le président brésilien Jair Bolsonaro a lui regretté d'avoir "perdu" le Pérou et que seul "un miracle pourrait inverser la tendance".

- "Irresponsables" -

Selon l'analyste Hugo Otero, la demande du camp Fujimori "donne l'impression qu'elle veut remettre en cause l'ensemble du processus électoral". Il dit à l'AFP craindre que l'"incertitude" soulevée n'influe sur "l'humeur dans le pays".

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Des centaines de partisans de Pedro Castillo se sont rassemblés devant les bâtiments du JNE. "Nous sommes là de manière préventive pour que les votes contestés soient correctement vérifiés", a expliqué à l'AFP l'un d'entre eux, Juan Gustavo Diaz.

Des partisans de Keiko Fujimori se sont également rassemblés dans le centre de la capitale pour soutenir leur candidate. "Communisme non, démocratie oui" ou encore "Jusqu'au dernier vote" pouvait-on lire sur des banderoles.

Aucun incident n'a été déploré.

"Ne tombons pas dans les provocations de ceux qui veulent voir ce pays dans le chaos. Par conséquent, nous appelons à la paix et à la tranquillité", a tweeté M. Castillo.

Le cardinal Pedro Barreto, qui lors dune cérémonie à 20 jours du scrutin avait solennellement fait promettre aux deux candidats de respecter les institutions démocratiques, a qualifié jeudi d'"irresponsables" les actions remettant en cause le processus électoral et a appelé les candidats à accepter "la volonté du peuple".

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Les forces armées péruviennes ont exhorté mercredi "tous les Péruviens à respecter les résultats du processus électoral" et se sont engagées "à respecter la volonté des citoyens exprimée dans les urnes".

Les deux vainqueurs surprise du premier tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient tous deux assuré avant le scrutin qu'ils respecteraient le résultat du vote.

Une défaite aussi près du but serait pour Mme Fujimori une nouvelle désillusion, mais la priverait surtout de l'immunité présidentielle.

Début mars, trente années de prison ont été requises contre elle par le parquet et 22 ans contre son mari Mark Vito Villanella, dans le cadre de l'enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains.

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Jeudi, le procureur en charge de l'affaire, José Domingo Pérez, a réclamé que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate de droite depuis mai 2020 soit "révoquée". Mme Fujimori a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire pour financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.

Au terme de 28 mois d'enquête, 41 personnes ont été inculpées pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d'argent, entrave à la justice, fausse déclaration".

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