Euro: Eriksen, choc puis soulagement à Copenhague

Terence DALEY

Le Danemark et l'Europe du football ont craint le pire: le ballon s'est arrêté de tourner samedi à l'Euro lorsque le Danois Christian Eriksen a subi un impressionnant malaise sur la pelouse, avant des nouvelles rassurantes et la reprise du match, remporté 1-0 par la Finlande.

Jusqu'à la 42e minute de cette rencontre du groupe B à Copenhague, les 16.000 spectateurs du stade Parken, pour la plupart habillés de rouge, criaient leur joie d'assister à cet Euro reporté d'un an en raison de la pandémie de Covid-19.

Mais soudain, un silence pesant s'est abattu sur les gradins: loin du ballon et de tout adversaire, Eriksen s'est effondré brutalement sur le terrain.

Ses coéquipiers, le capitaine Simon Kjaer en tête, sont rapidement venus à son secours et lorsqu'ils ont vu le milieu de l'Inter inconscient, les yeux révulsés, ils ont appelé avec des gestes de panique l'encadrement médical de leur équipe.

Le match a été aussitôt interrompu, les services médicaux du tournoi sont entrés à leur tour sur le terrain, tandis que ses partenaires se sont rassemblés pour former un cercle autour du milieu de terrain de 29 ans, certains d'entre eux en larmes.

Après de longues minutes alors que les services médicaux pratiquaient un massage cardiaque, l'arbitre a renvoyé les deux équipes aux vestiaires.

Eriksen a finalement été évacué sur une civière, toujours escorté par ses coéquipiers, tandis que les quelque 16.000 spectateurs dont sa compagne, venue jusqu'au bord du terrain et en larmes, étaient plongés dans la stupeur.

- "Choses en perspective" -

Après une longue période d'inquiétude et d'incertitude, les nouvelles sur son état de santé ont été rassurantes.

La Fédération danoise de football (DBU) a d'abord indiqué qu'il était "éveillé" et qu'il subissait des examens au principal hôpital de Copenhague.

"J'ai pu parler à son père. Christian serait hors de danger. Il est conscient et peut parler", a dit son agent Martin Schoots, très ému, sur la chaîne néerlandaise NOS. "C'est une nouvelle violente. Tout le monde (dans son entourage) est sous le choc. C'est normal. Sa petite amie est avec lui à l'hôpital."

Ces nouvelles ont rassuré toute l'Europe tant les images du milieu de l'Inter Milan s'écroulant subitement sur la pelouse ont fait craindre le pire et rappelé des drames survenus sur des terrains de football ces dernières années, comme le décès en plein match du Camerounais Marc-Vivien Foé en 2003.

"Des événements comme ça remettent les choses en perspective, je souhaite à Christian une guérison rapide et complète", a réagi le président de l'UEFA, le Slovène Aleksander Ceferin.

Rassuré sur l'état de santé de leur coéquipier à qui ils ont pu parler, les Danois ont donné leur accord pour que le match reprenne à 20h30 (18h30 GMT).

La reprise est intervenue "à la demande des joueurs", a expliqué l'UEFA dans un communiqué pour balayer toute polémique. Et Eriksen a été désigné homme du match au terme de la rencontre.

On a vu des accolades et gestes de fraternisations entre les deux équipes, et on a entendu les supporters finlandais scander le nom du Danois, avant que la rencontre ne reprenne, près de deux heures après sa suspension.

"Le match de ce soir ne sera jamais oublié", a commenté Jeppe Kofod, ministre des Affaires étrangères du Danemark. "Merci de tout coeur aux supporters finlandais qui ont crié +Christian!+ et nous ont rendu le moral, à nous les Danois, quand tout semblait si sombre."

- "Monument national" -

Le seul but de la rencontre a été inscrit par l'attaquant finlandais Joel Pohjanpalo d'une tête piquée que le gardien n'a pu repousser sur sa ligne (60e), soit le premier but de l'histoire de la Finlande dans une phase finale de grand tournoi... sur sa seule occasion du match.

"La seule chose à laquelle je pensais c'était Eriksen", a assuré le buteur après la rencontre.

Les Danois, dominateurs, auraient pu égaliser peu après lorsque leur attaquant Yusuf Poulsen a obtenu un penalty sur une faute de Joona Toivio. Mais la frappe de Pierre-Emile Hojbjerg, trop molle, a été stoppée par le gardien Lukas Hradecky (74e).

Le match s'est achevé sans autre but, mais l'essentiel n'était pas là pour les supporters danois.

"C'est un tel monument national, il est comme notre meilleur ami", a réagi Rasmus Ottosen, un supporter danois âgé de 34 ans.

Dans l'autre rencontre du groupe B entre la Belgique et la Russie à Saint-Pétersbourg, les Diables rouges, prétendants au titre final, ont pris l'avantage grâce à Romelu Lukaku, coéquipier d'Eriksen à l'Inter à qui il a aussitôt rendu hommage.

"Chris, Chris, je t'aime", a-t-il lancé à une caméra après son but.

Un peu plus tôt dans la journée, dans le groupe A, Gallois et Suisses se sont neutralisés (1-1) à Bakou, au lendemain d'un match d'ouverture dominé par l'Italie contre la Turquie dans une ambiance de fête (3-0). Avant que les événements survenus à Copenhague ne refroidissent brusquement l'atmosphère...

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