Les Algériens aux urnes pour les premières législatives depuis la contestation

Abdellah CHEBALLAH, avec Philippe AGRET à Tunis
<p>Le président algérien Abdelmadjid Tebboune (C) arrive avec son épouse (G) à un bureau de vote en banlieue d'Alger, le 12 juin 2021</p>

Les Algériens choisissent samedi leurs députés lors d'élections législatives anticipées, rejetées par le mouvement contestataire du Hirak et une partie de l'opposition.

Il s'agit des premières législatives depuis le soulèvement populaire inédit et pacifique, né le 22 février 2019 du rejet d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, poussé près de deux mois plus tard à la démission après 20 ans de règne.

Principal enjeu: la participation qui s'annonce à nouveau faible, comme pour les précédentes consultations électorales, la présidentielle de 2019 et le référendum constitutionnel de 2020, marquées par une abstention historique.

A la mi-journée, le taux de participation national a atteint 10%, un score très bas, selon le président de l'Autorité nationale indépendante des élections, Mohamed Chorfi.

Mais quoi qu'il arrive, le pouvoir s'accommodera.

"Pour moi, le taux de participation n'a pas d'importance. Ce qui m'importe, c'est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante", a affirmé le président Abdelmadjid Tebboune après avoir voté à Alger.

Les bureaux de vote fermeront à 19H00 (18H00 GMT) et les résultats officiels sont attendus dimanche.

Les électeurs ont défilé au compte-gouttes dans les isoloirs d'Alger, où la participation est traditionnellement faible, contrairement aux campagnes, selon des journalistes de l'AFP sur place.

"Je n'ai jamais voté et cette fois c'est pareil. Je ne crois pas que les choses pourront changer", a confié à l'AFP Fatiha, une commerçante cinquantenaire.

"J'ai voté pour la stabilité. On est entouré par le danger. Ceux qui refusent le scrutin ne proposent aucune alternative réaliste", a plaidé de son côté Hamid, un cadre de 60 ans.

En Kabylie, région frondeuse où la participation a été quasi nulle lors des précédentes élections, la grande majorité des centres de vote n'ont pas ouvert à Béjaïa et Tizi Ouzou, selon Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme.

De nombreuses images de bulletins de vote jonchant les rues en Kabylie, où des échauffourées ont eu lieu, ont circulé sur les réseaux sociaux.

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), a fait état d'arrestations à Alger, Boumerdès, près de la capitale, et Tizi Ouzou.

- "Mascarade" -

<p>Un homme s'apprête à mettre son bulletin de vote dans l'urne en banlieue d'Alger, le 12 juin 2021</p>

Le Hirak, qui réclame en vain un changement radical du "système" de gouvernance en place depuis l'indépendance (1962), a dénoncé d'emblée une "mascarade électorale". L'opposition laïque et de gauche boycotte le scrutin.

Le régime lui est déterminé à imposer sa "feuille de route" électoraliste, en ignorant les revendications du Hirak -- Etat de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante.

Quelque 24 millions d'Algériens sont appelés à élire les 407 députés de l'Assemblée populaire nationale pour un mandat de cinq ans. Ils doivent choisir parmi 2.288 listes, dont plus de 1.200 s'affichent comme "indépendantes", selon les derniers chiffres officiels.

C'est la première fois qu'un nombre aussi élevé d'indépendants (plus de 12.000) se présentent face à des prétendants endossés par des partis largement discrédités et jugés responsables de la crise dans le pays.

Les vainqueurs des précédentes législatives en 2017, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), associés à l'ère d'Abdelaziz Bouteflika, sont aujourd'hui déconsidérés.

Il faut aussi compter avec la mouvance islamiste modérée qui a décidé de prendre part au scrutin.

- "Diaboliques" -

A l'approche de l'échéance électorale, le chef d'état-major, le général Saïd Chengriha, a mis en garde contre "tout plan ou action visant à perturber le déroulement" du vote.

<p>Dates-clés et principaux éléments de contexte du mouvement de contestation qui a débuté en 2019 en Algérie</p>

Considéré comme une façade civile de l'institution militaire, le gouvernement s'est efforcé ces derniers mois d'étouffer la contestation, interdisant les manifestations et multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant opposants, militants, journalistes et avocats.

Quelque 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

Estimant avoir déjà répondu aux demandes du Hirak, le pouvoir dénie depuis plusieurs mois toute légitimité à ce mouvement sans véritables leaders, qu'il accuse d'être instrumentalisé par des "parties étrangères".

Pour le porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, "ces élections honnêtes et transparentes battront en brèche toutes la machinations diaboliques fomentées (contre l'Algérie) par des laboratoires aux visées destructrices".

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