Les Algériens ont voté aux premières législatives depuis la contestation

Abdelhafid DAAMACHE, avec Philippe AGRET à Tunis
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Les Algériens ont voté samedi pour choisir leurs députés lors d'élections législatives anticipées, rejetées par le mouvement contestataire du Hirak et une partie de l'opposition.

Il s'agit des premières législatives depuis le soulèvement populaire inédit et pacifique, né le 22 février 2019 du rejet d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, poussé près de deux mois plus tard à la démission après 20 ans de règne.

Principal enjeu: la participation qui s'annonce à nouveau faible, comme pour les précédentes consultations électorales, la présidentielle de 2019 et le référendum constitutionnel de 2020, marquées par une abstention historique.

A 16H00 (15H00 GMT), le taux de participation national a atteint 14,47%, un score très bas, selon le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Chorfi.

Mais quoi qu'il arrive, le pouvoir s'accommodera.

"Pour moi, le taux de participation n'a pas d'importance. Ce qui m'importe, c'est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante", a affirmé le président Abdelmadjid Tebboune après avoir voté à Alger.

Les bureaux de vote ont fermé à 20H00 locales (19H00 GMT) après une prolongation d'une heure, selon l'ANIE. Les résultats officiels sont attendus en principe dimanche.

Les opérations de vote se sont déroulées généralement dans le calme à Alger, où les électeurs étaient rares, et en province, sauf en Kabylie, région frondeuse où la participation a été quasi nulle lors des précédents scrutins.

Les Algérois ont défilé au compte-gouttes dans les isoloirs, selon des journalistes de l'AFP sur place.

"Je n'ai jamais voté et cette fois c'est pareil. Je ne crois pas que les choses pourront changer", a dit Fatiha, une commerçante cinquantenaire.

"J'ai voté pour la stabilité (...) Ceux qui refusent le scrutin ne proposent aucune alternative réaliste", a plaidé de son côté Hamid, un cadre de 60 ans.

- Echauffourées en Kabylie -

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En Kabylie (nord-est), la quasi totalité des bureaux de vote ont fermé à Béjaïa et Tizi Ouzou, les villes les plus peuplées de la région berbérophone, selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme et le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Des échauffourées ont éclaté dans plusieurs localités kabyles et les forces de l'ordre ont procédé à des dizaines d'interpellations, selon ces deux ONG.

Des images de bulletins de vote jonchant les rues en Kabylie ont circulé sur les réseaux sociaux.

Le CNLD a également fait état d'arrestations à Alger et dans la ville voisine de Boumerdès.

Avant les élections, le Hirak, qui réclame en vain un changement radical du "système" de gouvernance en place depuis l'indépendance (1962), a dénoncé une "mascarade électorale". L'opposition laïque et de gauche a boycotté le scrutin.

Le régime lui est déterminé à imposer sa "feuille de route" électoraliste, en ignorant les revendications du Hirak -Etat de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante.

Quelque 24 millions d'Algériens étaient appelés à élire les 407 députés de l'Assemblée populaire nationale pour cinq ans. Ils devaient choisir parmi 2.288 listes, dont plus de 1.200 s'affichent comme "indépendantes".

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C'est la première fois qu'un nombre aussi élevé d'indépendants se présentent face à des prétendants endossés par des partis largement discrédités et jugés responsables de la crise dans le pays.

- "Diaboliques" -

Les vainqueurs des précédentes législatives en 2017, le Front de libération nationale et le Rassemblement national démocratique, associés à l'ère Bouteflika, sont aujourd'hui déconsidérés.

Il faudra aussi compter avec la mouvance islamiste modérée qui a pris part au scrutin.

Avant le scrutin, le chef d'état-major, le général Saïd Chengriha, a mis en garde contre "tout plan ou action visant à perturber le déroulement" du vote.

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Considéré comme une façade civile de l'institution militaire, le gouvernement s'est efforcé ces derniers mois d'étouffer la contestation, interdisant les manifestations et multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant opposants, militants, journalistes et avocats.

Quelque 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

Estimant avoir déjà répondu aux demandes du Hirak, le pouvoir dénie depuis plusieurs mois toute légitimité à ce mouvement sans véritables leaders, qu'il accuse d'être instrumentalisé par des "parties étrangères".

Pour le porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, "ces élections honnêtes et transparentes battront en brèche toutes la machinations diaboliques fomentées par des laboratoires aux visées destructrices".

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