Les Suisses refusent d'interdire les pesticides de synthèse

Agnès PEDRERO
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Les Suisses ne veulent pas se débarrasser des pesticides de synthèse: ils l'ont clairement dit dimanche dans les urnes. Ils ont en revanche accepté de muscler les mesures policières contre le terrorisme, malgré les mises en garde de l'ONU.

Aucun grand pays n'a jusqu'à présent interdit les pesticides de synthèse. Ailleurs dans le monde, le Bhoutan avait annoncé il y a quelques années vouloir devenir le premier pays au monde à vivre d'une agriculture "100% bio".

En Suisse, les électeurs ont refusé dimanche d'engager leur pays - qui abrite un des plus grands fabricants de produits phytosanitaires, le groupe bâlois Syngenta, racheté en 2017 par le géant chinois ChemChina - sur cette voie.

Les résultats définitifs du vote seront connus en début de soirée. Mais selon les premiers résultats officiels, la victoire du "non" à l'interdiction est complète, une majorité des cantons et de la population balayant les deux initiatives populaires anti-pesticides.

Un premier texte, qui demandait l'interdiction des pesticides de synthèse dans un délai de 10 ans, ainsi que de toute importation de denrées alimentaires produites à l'étranger à l'aide de ces produits ou en contenant, a été rejeté à près de 63%, selon les premiers résultats officiels.

Férocement combattue dans les campagnes, l'interdiction a également été rejetée dans les villes de Genève et Fribourg, mais à Bâle le oui l'a emporté.

Une autre initiative - rejetée à plus de 63% - prévoyait que les subventions de la Confédération helvétique aux agriculteurs soient versées uniquement aux exploitations qui n'utilisent pas de pesticides, bannissent l'utilisation préventive ou régulière d'antibiotiques et sont en mesure de nourrir leurs animaux avec le fourrage qu'elles produisent elles-mêmes.

Les écologistes et la gauche avaient apporté leur soutien aux deux initiatives, mais les électeurs ont préféré suivre le gouvernement, pour qui l'interdiction des pesticides de synthèse nuirait à la souveraineté alimentaire du pays.

- Terrorisme et droits humains -

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Les électeurs ont également été plus de 58% à soutenir la loi sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme, donnant à la police les moyens d'agir plus facilement à titre préventif face à un "terroriste potentiel".

La police pourra mieux les surveiller, limiter leurs déplacements et les obliger à participer à des entretiens, ceci dès l'âge de 12 ans. A partir de 15 ans, les personnes pourront être assignées à résidence pendant neuf mois, moyennant l'approbation d'un tribunal.

Les opposants de gauche à la loi estiment qu'elle ne respecte pas les droits fondamentaux et les droits humains, mettant en danger l'héritage du pays en la matière. L'ONU et plusieurs experts en droit et défenseurs des droits humains avaient également crié au danger.

"La Suisse aura désormais la loi antiterroriste la moins professionnelle, la plus inefficace et la plus dangereuse du monde - un embarras majeur pour la Suisse en tant qu'État de droit", a déclaré à l'AFP le Rapporteur de l'ONU sur la torture Nils Melzer, après le vote.

"Avec cette loi, la Suisse se dote d'une définition du terrorisme imprécise qui ouvre la porte à l'arbitraire policier. Propager la crainte dans une intention politique sera déjà considéré comme du terrorisme, même si aucune menace d'acte violent n'est établie, ni aucune infraction pénale commise", a déploré Patrick Walder, directeur de campagne chez Amnesty International Suisse.

Le gouvernement assure que les droits fondamentaux seront garantis et fait valoir que les programmes de déradicalisation sont insuffisants face à certaines personnes.

Même si la Suisse a été épargnée par les attentats jihadistes qui ont frappé l'Europe, la menace reste "élevée" selon les autorités, qui ont fait valoir qu'"en 2020 deux attaques au couteau, probablement à +motivation terroriste+, ont eu lieu", à Morges et Lugano.

- CO2 et Covid -

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Les Suisses n'ont en revanche pas validé la loi visant à réduire encore les émissions de CO2 d'ici 2030.

La loi prévoyait notamment d'augmenter la taxe sur le mazout et le gaz naturel, ainsi que l'introduction d'une taxe sur les billets d'avion au départ de la Suisse.

"Nous devrons privilégier d'autres instruments climatiques à l'avenir. Plutôt que de cibler les consommateurs finaux, il faut contraindre les producteurs à l'innovation, par exemple via des prescriptions plus strictes", a réagi sur twitter Adèle Thorens, des Verts.

Autre texte soumis au vote, la loi Covid, donnant au gouvernement des compétences supplémentaires pour combattre l'épidémie et atténuer ses effets sur la société et l'économie, a obtenu le soutien de 59% des Suisses.

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