Biden et l'UE vont enterrer la hâche de guerre dans le conflit Airbus/Boeing

Françoise MICHEL, Daniel ARONSSOHN
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L'UE et les Etats-Unis vont annoncer mardi une prolongation de plusieurs années de la trêve pour régler le vieux conflit Airbus/Boeing qui empoisonne leur relation, nouveau signe d'une volonté d'apaisement entre les deux blocs après les années Trump.

"On a un accord pour prendre le temps de parvenir à une solution de long terme. Pendant ce temps les sanctions seront suspendues", a déclaré une source européenne à l'AFP. La trêve décidée en mars jusqu'au 11 juillet, sera prolongée pour 5 ans, une durée confortable pour sceller un accord définitif, selon un responsable européen.

"Je suis très confiante que nous allons trouver aujourd'hui un accord sur le dossier Airbus-Boeing au cours des discussions avec nos amis américains", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Elle doit rencontrer à la mi-journée le président américain Joe Biden avec le président du Conseil européen Charles Michel, représentant les Vingt-Sept. Il s'agira de la première rencontre UE/Etats-Unis à Bruxelles depuis 2017.

Cet accord illustre la volonté des deux partenaires historiques d'aller de l'avant pour relancer le partenariat transatlantique. Un atout de poids pour permettre à Joe Biden, à la veille de son sommet avec Vladimir Poutine, de montrer "que les Etats-Unis et l'Europe sont soudés", comme l'avait souhaité le président américain avant sa visite en Europe.

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Washington et Bruxelles s'opposent depuis 2004 devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les aides publiques illégales versées à leurs deux avionneurs.

Sous l'administration Trump, Washington avait été autorisé en octobre 2019 à imposer des taxes sur près de 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) de biens et services européens importés chaque année.

L'OMC avait autorisé Bruxelles à mettre en place des taxes sur des produits importés des Etats-Unis. L'UE impose, depuis, des droits de douane sur 4 milliards de dollars d'exportations américaines.

Après la crise de la relation sous Donald Trump, qui avait qualifié l'UE d'"ennemi" et ne cachait pas son peu de goût pour le projet européen, Joe Biden arrive avec une attitude plus positive. "Je pense que l'Union européenne est une entité extraordinairement forte et dynamique", a-t-il lancé la semaine dernière lors du G7 en Cornouailles.

- Retour de la diplomatie -

Sa venue à Bruxelles, moins de six mois après son entrée en fonction, "ne va pas tout régler mais la diplomatie est de retour", a souligné un responsable européen.

Outre le conflit Airbus/Boeing, l'UE et les Etats-Unis s'opposent sur une série d'autres dossiers, notamment celui des exportations d'acier et d'aluminium européens pour lequel l'UE souhaite un règlement d'ici décembre.

Joe Biden veut "désamorcer les contentieux commerciaux afin de se concentrer sur sa priorité, la Chine", souligne Eric Maurice de la fondation Schuman.

Quant aux Européens, "ils vont chercher à savoir quelle est leur marge de manœuvre dans cette alliance contre Pékin. Il y a un accord entre eux pour ne pas s'aligner totalement, pour des raisons géopolitiques côté français et économiques côté allemand", ajoute-t-il.

Si l'Europe s'efforce de protéger son grand marché de la concurrence déloyale des entreprises chinoises, elle doit aussi ménager une puissance devenue son premier partenaire commercial.

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Bruxelles n'a pas renoncé à l'accord controversé conclu en décembre avec Pékin visant à ouvrir aux investisseurs européens des secteurs dont l'accès est fermé ou restreint. Il est actuellement gelé après des sanctions de l'UE contre les violations des droits des Ouïghours, suivies de contre-sanctions de Pékin.

L'UE et les Etats-Unis resserrent aussi les rangs contre la Russie, qu'ils accusent de tentatives de déstabilisation en Ukraine et en Géorgie, deux pays de son voisinage tentés par un rapprochement avec les Européens.

Américains et Européens se disent "prêts à répondre fermement à la répétition de comportements négatifs et d'activités nocives" de Moscou, selon un projet de déclaration commune.

Concernant la Chine, ils s'engagent à "coopérer étroitement" tout en respectant "leurs approches respectives" et expriment leurs "inquiétudes communes" sur les violations des droits, notamment au Xinjiang, les atteintes à la démocratie à Hong Kong et les ambitions de Pékin en mer de Chine.

Etats-Unis et UE souhaitent faire front commun sur les technologies et le commerce. Face au géant asiatique qui menace la suprématie américaine dans l'économie numérique et les normes éthiques des Occidentaux (surveillance, confidentialité des données...), ils veulent des nouvelles technologies basées sur leurs "valeurs démocratiques partagées".

Un Conseil commun du commerce et de la technologie sera créé pour travailler à des normes communes, pour, selon la Maison Blanche, ne "pas laisser la main aux autocraties".

Sur le front de la pandémie, une "task force" conjointe sera officialisée pour augmenter la production mondiale de vaccins, notamment par des transferts de technologie. Bruxelles et Washington, critiqué pour son retard à partager ses vaccins, espèrent qu'"au moins deux tiers de la population mondiale soient vaccinés d'ici fin 2022".

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