Acquitté par la justice internationale, l'ex-président Gbagbo en route pour la Côte d'Ivoire

Caroline TAIX et Christophe KOFFI
<p>Des sympathisants de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo attendent son retour à Abidjan, le 17 juin 2021</p>

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a quitté jeudi Bruxelles pour rentrer dans son pays après dix ans d'absence, un retour permis par son acquittement de crimes contre l'humanité par la justice internationale et par le feu vert donné par Abidjan au nom de la "réconciliation nationale".

L'avion de ligne dans lequel voyage M. Gbagbo a quitté Bruxelles en fin de matinée et était attendu dans l'après-midi à Abidjan où la police a dispersé ses partisans qui tentaient de se rassembler près de l'aéroport.

A Bruxelles, son avocate Habiba Touré qui voyage avec lui a déclaré à l'AFP qu'"il est content, enthousiaste et veut jouer sa partition pour essayer de réconcilier les Ivoiriens. Il a besoin de parler à son peuple".

<p>Laurent Gbagbo depuis sa candidature à l'élection présidentielle ivoirienne de 1990</p>

Laurent Gbagbo, 76 ans, vivait à Bruxelles depuis son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier 2019, confirmé en appel le 31 mars dernier.

Il sera accueilli au pavillon présidentiel de l'aéroport par des dirigeants de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), et ses proches. Plusieurs dizaines de notables seront là également, installés dans des tentes près du pavillon.

A son ancien QG de campagne pour l'élection présidentielle de 2010, au quartier d'Attoban où il doit se rendre après son arrivée, des centaines de personnes étaient rassemblées en début d'après-midi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Entre l'aéroport, situé dans le Sud d'Abidjan, et Attoban dans le Nord, son cortège traversera plusieurs quartiers où la foule devrait pouvoir se masser pour l'acclamer.

<p>Deux hommes près d'un arbre peint aux couleurs ivoiriennes dans le quartier de Yopougon, à Abidjan le 16 juin 2021</p>

- "Injustifié" -

Les rassemblements le long du cortège n'ont pas été interdits par le gouvernement du président Alassane Ouattara mais, depuis jeudi matin, la police disperse à l'aide de gaz lacrymogène tous ceux qui tentent de se rassembler près de l'aéroport.

Les manifestants repoussés ne cachaient pas leur colère de voir les accès à l'aéroport bloqués, sauf pour les voyageurs devant prendre un avion et les journalistes accrédités.

"On veut accueillir Gbagbo", criait une femme, excédée, un homme affirmant "être plus déterminé que jamais" à le faire.

"Nous sommes surpris par cette réaction injustifiée", a déclaré à l'AFP Justin Katinan Koné, porte-parole de Laurent Gbagbo, affirmant que des "arrestations ont eu lieu" et que des cars de partisans de l'ex-président venus de province ont été "bloqués à l'entrée d'Abidjan".

L'ampleur de l'accueil de l'ex-président a été au coeur des récentes négociations entre le pouvoir et le FPI: le premier souhaitant qu'il soit sans "triomphalisme", le second qu'il soit populaire en permettant au plus grand nombre de ses partisans d'être présents dans les rues d'Abidjan. L'enjeu est la sécurité de M. Gbagbo lui-même mais aussi d'éviter tout débordement et des violences.

<p>Une sympathisante de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo porte un T-shirt à son effigie, dans le quartier de Yopougon à Abidjan, le 16 juin 2021</p>

A Yopougon, quartier populaire d'Abidjan considéré comme pro-Gbagbo on attend son retour avec impatience, mais "on veut le voir pour le croire", dit habitant du quartier portant un maillot sur lequel est écrit: "Gbagbo acquitté, merci Seigneur".

<p>Un sympathisant de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo portant le drapeau ivoirien et faisant le V de la victoire, à Abidjan le 17 juin 2021</p>

A l'opposé, ses adversaires estiment toujours qu'il a précipité son pays dans le chaos en refusant sa défaite face à Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010. Ce refus a provoqué une grave crise post-électorale, pendant laquelle quelque 3.000 personnes ont été tuées.

- "Se retrouver" -

M. Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, avait été arrêté en avril 2011 à Abidjan puis transféré à la CPI à La Haye.

Ses proches assurent qu'il rentre sans esprit de vengeance mais pour oeuvrer à la politique de "réconciliation nationale".

<p>Des victimes de la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire manifestent contre le retour de l'ex-président Laurent Gbagbo à Abidjan, le 10 mai 2021</p>

La Côte d'Ivoire est encore meurtrie par deux décennies de violences politico-ethniques, les dernières remontant à la dernière présidentielle d'octobre 2020 et ayant fait une centaine de morts.

Alassane Ouattara a été réélu pour un 3e mandat controversé lors d'un scrutin boycotté par l'opposition qui jugeait ce nouveau mandat anticonstitutionnel.

La Côte d'Ivoire "doit se retrouver", estime Assoa Adou, secrétaire général du FPI, car "elle est aujourd'hui en danger de déstabilisation par des jihadistes" après des attaques contre l'armée qui ont récemment tué quatre militaires dans le Nord, à la frontière avec le Burkina Faso.

<p>Une vendeuse de T-shirts à l'effigie de l'ex-président ivorien Laurent Gbagbo dans le quartier de Yopougon, le 16 juin 2021</p>

Un avis partagé par l'écrivain et journaliste Venance Konan, qui a écrit cette semaine dans un éditorial du quotidien progouvernemental Fraternité Matin que, "avant toute chose, nous devons faire l'union sacrée" et unir "nos efforts pour faire face aux terroristes".

Laurent Gbagbo reste sous le coup d'une condamnation en Côte d'Ivoire à 20 ans de prison pour le "braquage" de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pendant la crise de 2010-2011, mais le gouvernement a laissé entendre qu'elle serait abandonnée.

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