Bygmalion: l'heure du réquisitoire pour Sarkozy et ses co-prévenus

Alain JEAN-ROBERT et Marie DHUMIERES
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Après presque un mois de procès, c'est l'heure du réquisitoire jeudi pour Nicolas Sarkozy et 13 autres prévenus jugés devant le tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire des dépenses excessives de la campagne présidentielle de l'ex-chef de l'Etat en 2012.

L'audience s'ouvre à 9h30 et les procureurs Nicolas Baïetto et Vanessa Pérrée ont chacun prévu de requérir plusieurs heures.

Tout au long des débats, les anciens cadres de l'UMP (devenue Les Républicains) et de Bygmalion, qui organisait ses meetings, le directeur de campagne, les experts-comptables, ont tous cherché à minimiser leur rôle, voire à le nier.

Non, ils n'ont pas mis en place le système de fausses factures imaginé pour masquer l'explosion des dépenses de campagne du président candidat à sa réélection. Révélé deux ans après la défaite de M. Sarkozy, le scandale avait entraîné des déflagrations en série à droite.

Absent à toutes les audiences, le chef de l'Etat ne s'est présenté devant le tribunal que pour son interrogatoire, mardi.

Contrairement aux autres prévenus, tous soupçonnés d'être impliqués à des degrés divers dans la fraude, Nicolas Sarkozy est lui uniquement jugé pour "financement illégal de campagne électorale". Il encourt un an de prison et 3.750 euros d'amendes.

Les autres prévenus, qui comparaissent notamment pour "faux, usage de faux", "escroquerie" et complicité de ces délits, encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.

L'enquête a révélé que le prix réel des 44 meetings organisés par l'agence événementielle Bygmalion avait été drastiquement réduit - 80% des factures ont disparu - et le reste réglé par l'UMP au nom de conventions fictives du parti.

Durant les quatre semaines d'audience, le tribunal présidé par Caroline Viguier a moins eu à établir la matérialité des faits que de tenter d'identifier le rôle de chacun.

Une question, posée et reposée, restera vraisemblablement sans réponse: qui a donné l'ordre de la fraude ?

- "Invraisemblable !" -

L'enquête "n'a pas établi" que Nicolas Sarkozy l'aurait "ordonné", qu'il y aurait "participé", ni même qu'il en aurait été informé, selon l'accusation. Par contre, il en a "incontestablement" bénéficié, disposant ainsi de "moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait". Le plafond légal a été dépassé de 22 millions d'euros.

Une thèse qu'a vigoureusement contestée le chef de l'Etat pendant ses quatre heures d'interrogatoire mardi.

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Il n'y a eu "aucun emballement" de sa campagne, qui ressemblait "comme une sœur" à celle de 2007, voire à celle de son opposant au second tour, François Hollande, a martelé à la barre M. Sarkozy. Comment la campagne de 2012 aurait-elle alors pu "coûter le double", a-t-il scandé. "Invraisemblable !"

Trois ex-cadres de Bygmalion ont décrit au début du procès comment l'UMP leur avait demandé de mettre en place le système de fausses factures. Au parti, seul Jérôme Lavrilleux en a reconnu l'existence.

La campagne était devenue "une dinguerie" d'une "inorganisation totale", a raconté ce dernier à la barre. "Peu importe ce que ça coûtait, l'important c'était de gagner. On a tous baigné dans cette atmosphère".

Quant à l'organisateur des meetings chez Bygmalion, Franck Attal, il avait reçu une consigne: "+il faut que ça pète, qu'on sente la chaleur dans la salle, il faut mettre le paquet+", a-t-il décrit.

"Je n'y crois pas", a répété M. Sarkozy durant son interrogatoire. Pour lui, Bygmalion - fondé par des proches de son rival Jean-François Copé - s'est "gavé" sur sa campagne.

"Il y a eu des fausses factures et des conventions fictives, c'est avéré". Mais "l'argent n'a pas été dans ma campagne, sinon ça se serait vu", s'était-il emporté. On aurait dit: +Sarkozy est devenu fou, il donne du caviar au public de ses meetings+".

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