Régionales: l'abstention explose, les sortants bien placés

Jérémy MAROT, Jérôme RIVET
<p>Un bureau de vote à Saint-Rémy-Sur-Avre, dans le nord-ouest de la France, pour le premier tour des régionales le 20 juin 2021</p>

Jamais les Français n'ont autant boudé les urnes: moins d'un tiers d'entre eux ont voté dimanche pour le premier tour des régionales et départementales, un scrutin marqué par les bons résultats des présidents de région sortants et un résultat moins bon que prévu pour le Rassemblement national.

A la fermeture des derniers bureaux, à 20H00, l'abstention atteindrait entre 66,1% et 68,6% selon les estimations des instituts de sondage, soit un record d'abstention tous scrutins confondus en France hors référendum.

L'abstention la plus élevée pour un premier tour des régionales datait de 2010 avec 53,67%. "Le niveau de l'abstention est particulièrement préoccupant", a jugé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

<p>Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron votent au 1er tour des régionales, le 20 juin 2021 au Touquet</p>

"On peut parler d'un effondrement de la participation électorale", résume le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, en l'expliquant par "un effet Covid très important" mais aussi par "l'absence presque totale de campagne sur les enjeux de la régionalisation". C'est "une gifle à l'ensemble de la classe politique", renchérit Philippe Moreau-Chevrolet.

Au bout d'une campagne anesthésiée par la crise sanitaire, prime a été donnée aux sortants à gauche et surtout à droite, déjouant la plupart des sondages qui prédisaient une forte poussée du RN, finalement assez contenue. La majorité présidentielle, elle, reste à un étiage bas et devra batailler dans la plupart des régions pour peser au second tour.

Cela fait notamment les affaires de la droite qui détient sept régions, à commencer par Xavier Bertrand (ex-LR), en très bonne posture pour conserver les Hauts-de-France et qui compte faire de ce succès une rampe de lancement pour l'élection présidentielle de 2022. Selon les estimations, M. Bertrand réunirait entre 39% et 46,9% des voix, très loin devant son concurrent du RN Sébastien Chenu (22,5% à 24,4%).

Même scénario pour le président d'Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez (LR), donné à plus de 45%, avec plus de 30 points d'avance sur la candidate des Verts Fabienne Grébert ou le prétendant du RN Andrea Kotarac.

- Coude à coude en Paca -

En Paca, le sortant LR Renaud Muselier résiste lui mieux que prévu face à Thierry Mariani, candidat soutenu par le RN. Selon différents sondages, les deux sont donnés au coude-à-coude, entre 30 et 35%.

<p>Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, vote au 1er tour des régionales, le 20 juin 2021 au Puy-en-Velay</p>

La région avait été le théâtre d'un psychodrame politique après l'alliance passée entre M. Muselier et La République en marche, qui avait finalement semblé profiter à M. Mariani. Reste à savoir quelle sera la position du troisième homme Jean-Laurent Felizia (EELV/PS/PCF), positionné entre 14 et 18%: le candidat de la gauche choisira-t-il l'effacement comme en 2015 afin de faire barrage au RN?

En attendant le résultat de Valérie Pécresse (ex-LR), grande favorite en Ile-de-France, la droite peut aussi se réjouir de voir Jean Rottner sortir en tête dans le Grand Est avec environ 30% des voix, loin devant Laurent Jacobelli (RN). Même situation dans les Pays-de-la-Loire avec Christelle Morançais et en Normandie avec Hervé Morin.

A gauche, les sortants prennent également une option, comme Carole Delga (PS/PCF) en Occitanie, donnée autour de 40%, ou Alain Rousset (PS) en Nouvelle-Aquitaine, autour de 30%.

<p>Etat de la participation aux élections régionales et départementales à 12H00 et 17H00 et comparatif depuis 2004 et 2008</p>

En Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay parvient à devancer d'une courte tête le RN Julien Odoul (26% contre 24%) mais devra nouer des alliances à gauche pour espérer asseoir sa majorité.

Dans le Centre-Val-de-Loire, le jeu est très ouvert. Le socialiste François Bonneau sortirait en tête autour de 25% mais devra négocier serré avec le candidat EELV/LFI Charles Fournier pour conserver sa région. Quant au ministre Marc Fesneau, qui apparaissait comme la meilleure chance de la majorité, il ne sortirait qu'en 4e position autour de 15%, notamment devancé par son concurrent LR Nicolas Forissier (autour de 18%).

- Quelle réponse de Macron? -

Après avoir voté à la mi-journée au Touquet (Pas-de-Calais), le président de la République Emmanuel Macron suivait la soirée électorale avec ses conseillers à l'Elysée. Le Premier ministre Jean Castex, qui ne devrait pas parler dans la soirée, a réuni à Matignon plusieurs ministres et responsables de la majorité.

Si la grosse claque se confirmait au second tour pour la majorité, la question d'un remaniement gouvernemental risque de se poser, alors qu'Emmanuel Macron doit exposer début juillet la feuille de route pour la dernière année de son quinquennat qu'il souhaite "utile".

L'intérêt pour ce scrutin, qui aurait dû se tenir en mars, n'a jamais décollé alors que les Français semblent surtout vouloir retrouver un semblant de normalité.

Les compétences dévolues aux régions (transports, lycées, formation professionnelle...) et départements (collèges, RSA, aides sociales...) touchent pourtant au plus près à la vie quotidienne des Français.

A Saint-Georges-de-Mons, village de 2.000 habitants dans le Puy-de-Dôme, Melissa Gendre, 27 ans, ne savait, comme de nombreux Français, même "pas de quelles élections il s'agit". "Je n'ai plus confiance... je vote seulement pour la présidentielle", dit-elle à l'AFP.

<p>Jean-Luc Mélenchon (LFI) vote au 1er tour des régionales, le 20 juin 2021 à Marseille</p>

Pour ne rien arranger, plusieurs bureaux de vote n'ont pas ouvert dans la matinée à Marseille faute d'assesseurs, une "honte" selon Jean-Luc Mélenchon (LFI).

Et de nombreux élus ont regretté les dysfonctionnements constatés dans la distribution de la propagande électorale sur tout le territoire.

Cinq collectivités d'outre-mer - Mayotte, la Réunion, la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique - étaient également appelées aux urnes pour renouveler les élus de leur département, régions ou collectivité territoriale.

pol-burs-jmt-jri/jk/esp

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.