Avion détourné: les Occidentaux se coordonnent pour sanctionner le régime de Loukachenko

Christian SPILLMANN
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Un mois après le détournement d'un avion européen pour arrêter un opposant bélarusse, les Occidentaux se sont coordonnés lundi pour renforcer la pression sur le président Alexandre Loukachenko avec des sanctions individuelles et, une première pour l'UE, des sanctions économiques.

L'Union européenne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ont décidé de punir des dizaines de personnalités et des entreprises liées au pouvoir en place à Minsk.

Les Vingt-Sept se sont en outre mis d'accord pour couper d'importantes sources de revenus du régime à l'occasion d'une réunion à Luxembourg. Cette décision doit être confirmée "rapidement" après un sommet de l'UE prévu jeudi et vendredi à Bruxelles, a indiqué le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Les ministres des Affaires étrangères européens ont rencontré lundi matin l'opposante en exil Svetlana Tikhanovskaïa, arrivée dimanche soir à Luxembourg. Ils l'ont informée de leurs décisions et elle leur a fourni une liste d'entreprises d'Etat à sanctionner si un nouveau train de mesures était nécessaire, a précisé Josep Borrell.

Les ministres ont ensuite approuvé l'ajout de 78 noms et de 8 entités à la liste des responsables bélarusses sanctionnés pour la répression de l'opposition.

Sept personnes, dont les ministres bélarusses de la Défense et des Transports sont directement impliquées dans le déroutement d'un vol de Ryanair le 23 mai pour arrêter deux de ses passagers, le journaliste dissident bélarusse Roman Protassevitch et son amie russe Sofia Sapega.

Les Européens ont également gelé les avoirs de sept sociétés dirigées par des proches de Loukachenko et placé sur la liste noire de l'UE un autre fils du président, Dmitri, et l'épouse de son ainé Viktor, Lilia Loukachenko.

Les ministres européens ont ensuite confirmé à l'unanimité la décision de mesures affectant sept secteurs de l'économie du Bélarus.

"On a des sanctions qui visent les personnes. Et maintenant nous avons des sanctions dans sept secteurs économiques, des armes au tabac, jusqu'aux engrais, c'est-à-dire le potassium", a précisé le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn.

"Ce sont des mesures qui vont affecter massivement le Bélarus et les revenus de l'État et donc les fonds dont dépendent Loukachenko et son régime", a souligné le ministre allemand Heiko Maas.

"L'UE sanctionne un acte de piraterie aérienne", a commenté Jean Asselborn.

- "Choses horribles" -

"Personne ne s'attendait à ce qu'on aille aussi loin", a souligné un diplomate européen. Le détournement du vol Ryanair a été "le déclencheur", a-t-il précisé.

L'UE va cesser ses importations pour certains types de potasse et ses importations de produits pétroliers raffinés au Bélarus ou ré-exportés depuis l'ex-république soviétique comme le diesel, ont confié plusieurs sources à l'AFP.

Seront également interdits d'exportation les produits pour les usines de tabac, a-t-on précisé.

Les sanctions vont également interdire tout nouveau prêt bancaire à l'État, à la banque centrale et aux banques et entités détenues en majorité par l'État. Il sera également interdit de vendre certains produits financiers, notamment des titres de valeur mobilières, des services d'investissement et des produits d'assurances.

L'UE va aussi renforcer son embargo sur les armes pour inclure les armes pour la chasse et le sport, et interdire la vente de biens à double usage et du matériel de surveillance.

"C'est une liste de sanctions plutôt fortes", a commenté Svetlana Tikhanovskaïa, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

"Elle sont un moyen de faire pression sur le gouvernement du Bélarus et elles vont faire mal", a assuré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

L'UE avait déjà sanctionné 88 membres du régime dont le président Alexandre Loukachenko et son fils Viktor. Mais ces sanctions individuelles ont surtout eu pour conséquences d'accentuer la répression. "La situation ne cesse de se détériorer", a commenté un diplomate européen.

"J'espère personnellement qu'un jour Loukachenko rendra des comptes devant un tribunal international, parce qu'il commet des choses horribles", a affirmé Jean Asselborn.

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