Election présidentielle au Pérou: intrigues, contestations et manifestations

Francisco JARA, Carlos MANDUJANO
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L'autorité électorale au Pérou a repris l'examen des litiges pour déterminer qui est le vainqueur de l'élection présidentielle du 6 juin, au milieu des manifestations de partisans des deux candidats et alors qu'une nouvelle intrigue vient compliquer encore le processus.

Le juge Victor Raul Rodriguez a rejoint le Jury national des élections (JNE) samedi, après avoir prêté serment, mettant fin à l'impasse causée par la démission surprise d'un de ses membres trois jours auparavant.

Le JNE peut ainsi reprendre le lent processus visant à régler les contestations liées à ce scrutin, dont les résultats actuels donnent le candidat de gauche Pedro Castillo vainqueur mais avec seulement 44.000 voix d'avance sur sa rivale de droite, Keiko Fujimori.

"La justice électorale ne peut rester paralysée", a lancé après la prestation de serment de M. Rodriguez le président du JNE, Jorge Luis Salas, visé par les fujimoristes qui sont allés jusqu'à manifester devant chez lui.

De son côté, Piero Corvetto, le chef de l'ONPE (Bureau national des processus électoraux), l'organe chargé de l'organisation du scrutin, a annoncé avoir été victime samedi à Lima d'une "agression physique".

Parallèlement, la journée de samedi a encore vu des milliers de Péruviens dans les rues, manifestant pour l'un ou l'autre des deux candidats à la présidentielle.

"Castillo sur le fauteuil, Fujimori en prison!" ont scandé les partisans du candidat de la gauche. "Nous les Péruviens, nous voulons de nouvelles élections!" ont crié ceux de Mme Fujimori.

- Trois millions de dollars -

Mais le rebondissement le plus surprenant dans cette lutte acharnée pour le siège présidentiel est survenu avec la diffusion par le JNE d'enregistrements de conversations prouvant des tentatives d'acheter des magistrats pour faire pencher la balance en faveur de Keiko Fujimori.

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Celle-ci est la fille de l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) lequel purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité.

Vladimiro Montesinos, l'ex-chef des services de renseignements d'Alberto Fujimori, a ainsi passé 17 coups de téléphone, depuis la prison où lui-même purge une peine de 25 ans, pour tenter d'arranger ces manoeuvres.

Il a appelé, depuis le téléphone de la prison, un ancien militaire fujimoriste, le commandant Pedro Rejas, lui demandant de se mettre en contact avec l'avocat Guillermo Sendon, afin que celui-ci propose de l'argent à trois des quatre membres du JNE pour qu'ils empêchent la proclamation de Castillo comme vainqueur.

Les conversations entre l'ancien commandant et l'avocat ont été enregistrées. "Ce truc-là va te coûter trois bâtons (trois millions de dollars, ndlr). Un bâton pour chacun d'eux", entend-on l'avocat dire au militaire.

Celui-ci transmet le message à Montesinos. "C'est le seul moyen, il n'y en a pas d'autre".

"Oui, il n'y en a pas d'autre", répond le prisonnier, âgé de 76 ans. "Fais-leur comprendre, au père ou à la fille, je ne sais pas avec qui tu parles, que nous essayons de les aider. Sinon, ils sont foutus, et la fille va se retrouver en prison".

Mme Fujimori est en effet accusée de blanchiment d'argent, et risque 30 ans de prison. Son élection à la présidence était le seul moyen pour elle d'échapper aux poursuites.

Celle-ci a nié toute connaissance de cette histoire et s'est dite "indignée" par ces conversations de Montesinos, "un homme qui a trahi tous les Péruviens".

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A son arrivée au pouvoir en 1990, Alberto Fujimori avait placé Montesinos à la tête des services de renseignements d'où il est vite devenu l'éminence grise du régime.

Mais en septembre 2000, alors que le gouvernement était en difficulté, il est tombé en disgrâce après la divulgation de vidéos le montrant en train de suborner des députés pour qu'ils appuient le gouvernement.

La crise s'était terminée par la fuite de Fujimori au Japon, d'où il avait envoyé sa démission par fax.

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