Les forces étrangères quittent la base de Bagram mais leur retrait total d'Afghanistan n'est pas imminent

Jay DESHMUKH
<p>Des enfants passent à vélo près de la base aérienne de Bagram après le départ des troupes américaines et de l'Otan, le 2 juillet 2021 en Afghanistan</p>

Tous les militaires américains et de l'Otan ont quitté la base aérienne de Bagram, la plus grande d'Afghanistan, qui a été restituée à l'armée afghane, mais le retrait par les Etats-Unis de l'ensemble de leurs forces de ce pays ne sera pas pour autant plus rapide que prévu, a assuré vendredi Joe Biden.

Les talibans se sont "réjouis" du départ des troupes étrangères de ces installations situées à 50 km au nord de Kaboul qui ont été le pivot des opérations américaines tout au long de la guerre déclenchée en 2001.

C'est de là qu'étaient effectuées les frappes aériennes contre les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda et qu'était organisé le réapprovisionnement des soldats.

"L'aérodrome de Bagram a été officiellement remis au ministère de la Défense. Les forces américaines et de la coalition se sont complètement retirées de la base et désormais les forces armées afghanes la protègeront et l'utiliseront pour combattre le terrorisme", a tweeté le porte-parole adjoint du ministère afghan de la Défense, Fawad Aman.

Un responsable américain de la Défense avait auparavant confirmé, sous couvert d'anonymat, que "toutes les forces de la coalition" étaient parties de Bagram.

"Nous nous réjouissons" de "ce départ", a déclaré à l'AFP le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid. "Leur retrait complet (d'Afghanistan) permettra aux Afghans de décider eux-mêmes de leur avenir."

Les derniers soldats américains et de l'Otan doivent avoir quitté le territoire afghan d'ici au 11 septembre, date du 20ème anniversaire des attentats de 2001.

Et, contrairement à ce qu'aurait pu laisser entrevoir leur départ de Bagram, le retrait total de ces militaires n'est pas accéléré, a déclaré, sous forme de mise au point, le président Joe Biden.

"Nous sommes exactement sur la trajectoire" programmée, a-t-il affirmé au cours d'une conférence de presse.

<p>Carte montrant la base aérienne de Bagram, au nord de Kaboul, en Afghanistan</p>

Les talibans ont quant à eux partout multiplié leurs offensives depuis que ce retrait final a débuté en mai, s'emparant de dizaines de districts ruraux, pendant que les forces de sécurité afghanes consolidaient leurs positions dans les grandes villes.

La capacité de l'armée afghane à conserver le contrôle de l'aérodrome de Bagram pourrait être une des clés pour préserver la sécurité aux abords de Kaboul et pour maintenir la pression sur les insurgés.

Joe Biden a à cet égard souligné vendredi que le gouvernement afghan devait désormais "être capable lui-même" de protéger en particulier la capitale.

- "Situation chaotique" -

<p>Un avion de transport de l'US Air Force atterrit à la base de Bagram en Afghanistan le 1er juillet 2021</p>

Le départ des troupes étrangères de Bagram "symbolise le fait que l'Afghanistan est seul, abandonné et contraint de se défendre seul contre l'assaut des talibans", a estimé l'expert Nishank Motwani, basé en Australie.

"De retour chez eux, les Américains et les forces alliées verront de loin ce qu'ils se sont battus si durement pour construire être réduit en cendres, en sachant que les hommes et les femmes afghanes avec lesquels ils se sont battus risquent de tout perdre", a-t-il ajouté.

<p>Des soldats de l'armée afghane gardent la base aérienne de Bagram après le départ des troupes américaines et de l'Otan, le 2 juillet 2021</p>

Selon des informations de presse, le Pentagone devrait néanmoins maintenir près de 600 soldats en Afghanistan pour garder la vaste ambassade des Etats-Unis à Kaboul.

Les habitants de Bagram, pour leur part, s'attendent à ce que la situation sécuritaire se dégrade après le départ des troupes étrangères.

<p>Déploiement en Afghanistan de troupes américaines depuis 2001 et victimes civiles afghanes et militaires américaines</p>

"La situation est chaotique (...) Il y a beaucoup d'insécurité et le gouvernement n'a pas (assez) d'armes et d'équipements", a dit à l'AFP Matiullah, qui tient un magasin de chaussures sur le marché de cette localité.

"Depuis qu'ils ont commencé à se retirer, la situation a empiré. Il n'y a pas de travail (...), les affaires ne marchent pas", a constaté Fazal Karim, un mécanicien pour vélos.

<p>Un soldat de l'armée afghane monte la garde devant la base aérienne de Bagram après le départ des troupes américaines et de l'Otan, le 2 juillet 2021</p>

Au fil des ans, des centaines de milliers de militaires américains et de l'Otan, ainsi que des sous-traitants, s'étaient établis dans la base de Bagram, qui ressemblait à une ville miniature.

A une certaine époque, elle a même compris des piscines, des cinémas et des spas ainsi que des chaînes de restauration rapide comme Burger King et Pizza Hut.

- Retrait des Allemands et des Italiens -

La base abrite aussi une prison dans laquelle ont été enfermés des milliers de talibans et de jihadistes.

Elle avait été construite par les États-Unis pour leur allié afghan pendant la Guerre froide dans les années 1950 pour le protéger de l'Union soviétique au Nord.

<p>Carte montrant les parties de l'Afghanistan actuellement sous contrôle du gouvernement, disputées ou sous contrôle des talibans</p>

Ironiquement, elle a été utilisée et considérablement étendue par les Soviétiques après qu'ils ont envahi en 1979 l'Afghanistan.

Quand ils s'en sont retirés en 1989, elle est devenue un enjeu majeur de la guerre civile qui a suivi. Il semble même que les talibans soient un moment parvenus à contrôler un bout de la piste longue de trois kilomètres, leurs ennemis de l'Alliance du Nord étant alors à l'autre bout.

Ces derniers mois, Bagram est devenue la cible de tirs de roquettes revendiqués par le groupe État islamique, faisant craindre qu'elle ne soit rapidement l'objet d'une attaque en règle.

En mai, il restait près de 9.500 soldats étrangers en Afghanistan, dont 2.500 Américains. Jusqu'à présent, ce retrait a été mené tambour battant.

Pour le moment, seules l'Allemagne et l'Italie ont confirmé avoir retiré leurs dernières troupes.

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