Aide transfrontalière en Syrie: à l'ONU, Etats-Unis, Irlande et Norvège pressent pour une prolongation

Philippe RATER
<p>Une chaîne humaine, formée d'humanitaires et de militants, plaidant pour le maintien du point de passage transfrontalier de Bab al-Hawa, à la frontière entre la Syrie et la Turquie, le 2 juillet 2021.</p>

Les Etats-Unis, l'Irlande et la Norvège ont plaidé mardi à l'ONU en faveur d'une prolongation d'un an, lors d'un vote attendu jeudi du Conseil de sécurité, du mécanisme transfrontalier qui permet d'acheminer de l'aide internationale en Syrie sans l'aval de Damas, la Russie maintenant pour sa part son souhait de le voir s'achever.

"Nous ne pouvons accepter moins que ce que nous avons aujourd'hui", à savoir "un point de passage pour 12 mois qui permet d'approvisionner des millions de Syriens", a affirmé l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield, à l'issue d'une réunion à huis clos du Conseil sur la situation humanitaire en Syrie.

En vigueur depuis 2014, l'autorisation transfrontalière de l'ONU expire samedi. Certains diplomates occidentaux continuaient mardi à croire possible son extension, même si cela ne pourrait être que pour six mois.

Après une suppression de plusieurs points de passage imposée l'an dernier par la Russie, l'aide transfrontalière ne passe plus aujourd'hui que par Bab al-Hawa (nord-ouest), à la frontière avec la Turquie. Elle dessert plus de trois millions de personnes dans la région d'Idleb, un dernier bastion rebelle qui continue d'échapper au contrôle de Damas.

La Russie, détentrice d'un droit de veto et soutien de la Syrie, veut voir rétablir la pleine souveraineté du régime syrien sur l'ensemble de son territoire et a affirmé plusieurs fois dans le passé son opposition à une nouvelle prolongation de l'autorisation transfrontalière.

Lors de la réunion, Moscou est "resté sur la même position, qui est claire depuis longtemps", a confié à l'AFP un diplomate russe sous couvert d'anonymat.

"Nous espérons voir un renouvellement plus tard cette semaine", avait pour sa part déclaré avant la session l'ambassadrice irlandaise à l'ONU, Geraldine Byrne Nason, en évoquant le risque à défaut d'"une catastrophe humanitaire". "Il y a beaucoup en jeu", a renchéri son homologue norvégienne, Mona Juul. "C'est vraiment une question de vie ou de mort" pour des "millions de personnes"", a-t-elle ajouté.

Ces deux ambassadrices, en charge du dossier, ont proposé un projet de résolution prévoyant une extension pour un an du point de Bab al-Hawa et une réouverture, aussi pour un an, d'un accès via l'Irak, à al-Yarubiyah, qui permettrait d'alimenter comme dans le passé le nord-est de la Syrie.

- "Argent occidental" -

Si la Russie et la Chine mettent leur veto à une prolongation du mécanisme transfrontalier, "les répercussions sont évidentes, les gens mourront de faim", a abondé Linda Thomas-Greenfield.

Comme les Occidentaux, la Russie reconnaît une aggravation de la situation humanitaire en Syrie mais en attribue la responsabilité aux sanctions occidentales. Moscou considère qu'un acheminement de l'aide à partir de Damas à travers les lignes de front pourrait remplacer le mécanisme transfrontalier.

"Nous continuerons à travailler pour soutenir l'acheminement de l'aide à travers les lignes de front et augmenter la capacité du transfrontalier", a indiqué l'ambassadrice américaine. Mais "passer par les lignes de front n'est pas un substitut au transfrontalier", a-t-elle insisté, en rejetant l'idée que les Etats-Unis pourraient alléger leurs sanctions pour obtenir en échange un adoucissement de la position russe.

La Chine de son côté "veut voir des solutions sur les sanctions unilatérales, le franchissement des lignes de front, la transparence du mécanisme transfrontalier", a fait valoir l'ambassadeur chinois, Zhang Jun. "Nous ne voulons pas seulement une extension du mécanime transfrontalier, mais aussi la lutte contre les sanctions unilatérales, leur impact, et aussi un développement futur de l'aide à travers les lignes de front", a-t-il dit.

Selon l'ambassadeur français à l'ONU, Nicolas de Rivière, depuis le début de l'année "50% des demandes d'acheminement d'aide humanitaire à travers des lignes de front ont été rejetées par le régime syrien".

"92% de l'aide humanitaire à la Syrie est fournie par l'Union européenne, les Etats-Unis, le Canada et le Japon. C'est essentiellement de l'argent occidental. Personne ne devrait s'attendre à ce que cet argent soit réattribué à l'acheminement à travers les lignes de front, qui ne fonctionne pas", a-t-il aussi averti.

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