Peter R. de Vries, un journaliste néerlandais inlassablement en quête de justice

Jan HENNOP
<p>Le journaliste Peter R. de Vries parlant au téléphone à Amstardam le 4 juillet 2019</p>

Le journaliste néerlandais Peter R. De Vries, salué comme un "héros national" après avoir été victime d'une tentative d'assassinat à Amsterdam, est un fervent défenseur de la justice qui s'est d'abord fait connaître pour ses reportages sur l'enlèvement du baron de la bière Freddy Heineken dans les années 1980.

M. De Vries se battait pour rester en vie mercredi dans un hôpital de la capitale néerlandaise. Mardi soir, il avait été visé par des tirs dans une rue du centre-ville d'Amsterdam, alors qu'il venait de quitter le studio de télévision d'un talk-show où il était intervenu en tant qu'invité.

Cet homme de 64 ans qui a grandi dans une famille croyante à Amstelveen, dans la banlieue de la capitale, s'est fait un nom en tant que journaliste intrépide spécialisé dans les affaires criminelles pour le quotidien populaire De Telegraaf, pour lequel il a notamment couvert l'enlèvement de Freddy Heineken, qui à l'époque avait fait les gros titres dans le monde entier.

"Il a réussi à percer le cercle de confiance de deux des ravisseurs, Cor van Hout et Willem Holleeder", écrit mercredi le quotidien belge Nieuwsblad.

En 1987, il signe "L'enlèvement d'Alfred Heineken", un ouvrage qui relate l'enlèvement du président du conseil d'administration de Heineken du point de vue de M. Van Hout. Basé sur des entretiens avec les deux ravisseurs, le livre est devenu un best-seller aux Pays-Bas.

L'affaire ne lâche jamais son esprit et en 1994, M. De Vries retrouve au Paraguay sur un troisième ravisseur, Frans Meijer, extradé vers les Pays-Bas en 2002.

Le célèbre journaliste se tourne ensuite vers la télévision, où il anime sa propre émission sur les affaires criminelles, intulée "Peter R. de Vries, Crime Reporter".

Son travail conduit notamment à la libération en 2002 de deux beaux-frères qui avaient été condamnés pour le viol et le meurtre d'une hôtesse de l'air à Putten, au centre des Pays-Bas. La police a finalement arrêté un nouveau suspect en 2008, condamné ensuite à 15 ans de prison.

- "Héros national" -

Peter R. de Vries acquiert une renommée internationale en 2008 lorsqu'il remporte un Emmy Award pour son reportage sur la disparition de l'Américaine Natalee Holloway sur l'île caribéenne d'Aruba.

Le journaliste montre un penchant particulier pour les affaires non résolues, les "cold-cases", dont notamment le meurtre de Nicky Verstappen, un garçon de 11 ans qui avait disparu d'un camp de jeunesse en 1998 et avait été agressé sexuellement avant d'être tué.

Il fait figure de porte-parole de la famille de la victime lorsqu'en 2018, l'affaire connait de nouveaux rebondissements, conduisant à la condamnation d'un suspect.

<p>Des fleurs et des messages de soutien déposés le 7 juillet sur le lieu où le journaliste Peter R. de Vries a été attaqué à Amsterdam</p>

"Peter R. de Vries est un héros national pour nous tous, un journaliste courageux comme il y en a peu, inlassablement en quête de justice, complètement indépendant et avec un esprit libre", a dit de lui la maire d'Amsterdam, Femke Halsema, quelques heures après l'attaque mardi.

"Il défend ceux qui sont dans le besoin, les parents d'un enfant assassiné, ceux qui ont été condamnés à tort", a-t-elle ajouté.

Au fil des années, M. De Vries apparaît régulièrement comme témoin devant des tribunaux du fait de son expertise dans plusieurs dossiers, dont le procès de Willem Holleeder pour l'assassinat de Cor Van Hout en 2003.

Selon certains observateurs, ce rôle fait de lui une cible dans le monde criminel. Au cours d'une audience particulièrement animée, M. Holleeder n'hésite pas à le qualifier de "sale escroc".

Depuis l'année dernière, M. De Vries fait figure de conseiller et de confident du principal témoin à charge dans l'affaire contre Ridouan Taghi, qualifié avant son arrestation, en 2019 à Dubaï, de criminel le plus recherché des Pays-Bas, à la tête d'un réseau comparé par l'accusation à une machine à tuer bien huilée.

En 2019, il déclare dans un tweet que selon des informations de la police, il figure sur la liste de mort de Ridouan Taghi.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.