L'enquête sur l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse continue

Robenson GEFFRARD avec Daxia ROJAS à Washington et Amélie BARON à Paris
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L'enquête se poursuivait à Port-au-Prince vendredi sur l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le mystère s'épaississant sur l'identité des commanditaires ayant envoyé le commando armé de 28 assaillants, composé de 26 Colombiens et de deux Américains d'origine haïtienne.

Dix-sept individus ont été arrêtés, dont quinze Colombiens et deux Américains, pour leur implication dans le meurtre du président Moïse, criblé de balles à son domicile dans la nuit de mardi à mercredi, a annoncé jeudi soir la police du pays lors d'une conférence de presse.

Trois Colombiens aussi accusés d'être des membres du commando ont été tués par la police, tandis que huit autres étaient toujours en fuite, a par ailleurs précisé Léon Charles, directeur général de la police haïtienne, bien que les bilans différaient légèrement selon d'autres sources officielles.

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Les armes et le matériel utilisés supposément par les assaillants, notamment des machettes, des portables ou encore des passeports colombiens, ont été récupérés par les forces de l'ordre, puis exhibés à la presse tout comme plusieurs suspects alignés contre un mur et menottés.

Au moins six mercenaires du commando seraient d'anciens militaires colombiens, a annoncé jeudi soir le ministre colombien de la Défense Diego Molano dans une vidéo envoyée aux médias.

Selon des renseignements d'Interpol, il s'agirait de "deux sous-officiers retraités de l'armée" et de "quatre anciens soldats" de l'armée colombienne, a détaillé le général Jorge Vargas, directeur de la police nationale. Deux d'entre eux feraient partie des assaillants tués par la police.

Taipei a de son côté fait savoir vendredi que onze suspects avaient été arrêtés dans le complexe de l'ambassade de Taïwan à Port-au-Prince.

Le département d'Etat des Etats-Unis, sans confirmer l'arrestation de ressortissants américains, a affirmé avoir accepté d'aider la police haïtienne dans son enquête.

- "Nous devons savoir" -

Paralysée pendant plusieurs jours, la capitale d'Haïti reprenait vendredi matin timidement ses activités, davantage de personnes sortant dans les rues, et les transports en commun reprenant peu à peu du service, selon des témoins.

La réouverture de l'aéroport de Port-au-Prince, demandée par le gouvernement jeudi, doit être effective vendredi.

Dans le pays, chacun restait toutefois aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque fatale au chef de l'Etat a pu se produire.

"Ce sont des étrangers qui sont venus au pays pour perpétrer ce crime. Nous, Haïtiens, sommes consternés", a déclaré à l'AFP un habitant de la capitale. "Nous devons savoir qui est derrière tout ça, leurs noms, leurs antécédents pour que la justice fasse son travail", a-t-il ajouté.

De hauts responsables de la police, chargés directement de la sécurité du président haïtien, sont notamment sur la sellette et convoqués devant la justice, a annoncé jeudi le chef du parquet de Port-au-Prince, Me Bed-Ford Claude.

"Je n'ai constaté aucun policier victime, sinon le président et son épouse. Si vous êtes responsables de la sécurité du président, où étiez-vous? Qu'avez-vous fait pour éviter ce sort au président?", a questionné le commissaire du gouvernement de la capitale.

D'autres s'interrogeaient même sur la possible implication de ces policiers, rajoutant à la confusion.

"Le président de la République, Jovenel Moïse, a été assassiné par ses agents de sécurité. Ce ne sont pas des Colombiens qui l'ont assassiné. Ces derniers étaient des contractuels de l'État haïtien", a déclaré vendredi l'ancien sénateur Steven Benoît à la radio.

- Chaos politique -

Cette attaque déstabilise davantage le pays le plus pauvre des Amériques, gangrené par l'insécurité.

Deux hommes prétendent actuellement diriger la nation de 11 millions d'habitants, dont plus de la moitié a moins de 20 ans.

L'un des derniers gestes politiques de Jovenel Moïse, mort à 53 ans, avait été de nommer lundi un énième Premier ministre, Ariel Henry. Il n'avait pas encore pris ses fonctions au moment de l'assassinat.

Quelques heures après le drame, c'est le Premier ministre par intérim Claude Joseph qui a décrété l'état de siège pour quinze jours, octroyant des pouvoirs renforcés à l'exécutif.

Si l'opposition a accusé M. Joseph d'accaparer le pouvoir, l'émissaire de l'ONU en Haïti, Helen La Lime, a estimé qu'il représentait l'autorité responsable car Ariel Henry n'avait pas prêté serment.

Un article de la Constitution haïtienne prévoit en effet qu'en cas de vacance de la présidence, "le Conseil des ministres, sous la présidence du Premier ministre, exerce le pouvoir exécutif jusqu'à l'élection d'un autre président".

Le pays était déjà plongé dans une crise institutionnelle: Jovenel Moïse n'avait pas organisé d'élection depuis son arrivée au pouvoir début 2017 et le pays n'a plus de Parlement depuis janvier 2020.

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