Les talibans disent contrôler 85% du territoire afghan, dont une partie des frontières

Usman SHARIFI, Elise BLANCHARD

Les talibans ont affirmé vendredi qu'ils avaient pris le contrôle de 85% du territoire de l'Afghanistan, dont le plus important poste-frontière avec l'Iran, dans le cadre d'une offensive qu'ils mènent contre les forces de Kaboul alors que les Américains achèvent leur retrait du pays.

Lors d'une conférence de presse à Moscou, Shahabuddin Delawar, un représentant taliban, a ajouté qu'environ 250 des 398 districts du pays étaient désormais sous le contrôle des insurgés, mais ces affirmations n'ont pas pu être confirmées de source indépendante.

Les forces afghanes, désormais privées du crucial soutien aérien américain, ont perdu beaucoup de terrain, mais ont assuré vendredi avoir repris le contrôle de la première capitale provinciale conquise cette semaine par les insurgés, Qala-i-Naw (nord-ouest), au terme de violents combats.

Quelques heures avant l'annonce de cette progression des insurgés, le président américain Joe Biden a déclaré dans un discours que la mission militaire de Washington en Afghanistan serait achevée le 31 août, près de 20 ans après son début.

"Nous mettons fin à la plus longue guerre de l'Amérique" déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001, a-t-il souligné, en martelant : "Je n'enverrai pas une autre génération d'Américains combattre en Afghanistan."

Le président américain a également affirmé qu'il n'était pas "inévitable" de voir le pays tomber aux mains des talibans, estimant que les autorités afghanes ont "la capacité" d'assurer la continuité du gouvernement.

Mais les talibans tiennent désormais un arc de territoires s'étendant de la frontière iranienne, à l'ouest, à celle avec la Chine, dans le nord-est.

Ils ont annoncé vendredi avoir capturé Islam Qala, le poste-frontière avec l'Iran le plus important d'Afghanistan.

Moscou, qui a appelé les parties en conflit à la "retenue", a indiqué que les insurgés contrôlent également la majeure partie de la frontière afghane avec le Tadjikistan.

Selon un responsable du gouvernement, les forces afghanes tentent à présent de reprendre Islam Qala, qui est situé dans la province de Herat (ouest).

"Toutes les forces de sécurité afghanes, dont les gardes-frontière, sont présentes dans la zone, et tentent à présent de reprendre le site", a indiqué à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur Tareq Arian.

Zabihullah Mujahid, un porte-parole taliban, a quant à lui déclaré à l'AFP que le poste-frontière d’Islam Qala était "complètement" sous le contrôle des insurgés, qui le "remettront en activité aujourd'hui".

Il s'agit de l'un des plus importants passages frontaliers d'Afghanistan--par lequel transite la majorité du commerce légal entre les deux pays--et du deuxième poste-frontière d'envergure pris par les talibans depuis le début de leur offensive éclair début mai, alors que les Américains lançaient la dernière phase de leur retrait.

Le mois dernier, les insurgés avaient capturé Shir Khan Bandar, le principal poste-frontière entre l'Afghanistan et le Tajikistan.

Un millier de soldats afghans avaient dû trouver refuge au Tadjikistan après d'intenses combats.

- "Le plus tôt sera le mieux" -

Les talibans "contrôlent actuellement environ deux tiers de la frontière avec la Tadjikistan", a affirmé vendredi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors d'une conférence de presse.

"Nous appelons les parties s'opposant dans le conflit inter-afghan à faire preuve de retenue et à empêcher une extension des tensions hors des frontières du pays", a-t-elle ajouté, alors qu'une délégation talibane se trouve à Moscou.

Les forces afghanes ont perdu beaucoup de terrain, en particulier dans les zones rurales, alors que les talibans encerclent de grandes villes comme Herat.

Suhail Shaheen, un porte-parole des talibans, a cependant affirmé à l'AFP que les insurgés souhaitaient "un accord négocié" et "ne croyaient pas en un monopole sur le pouvoir".

Les talibans se sont également réjouis de l'annonce de M. Biden.

"Le plus tôt sera le mieux pour le départ des troupes américaines et étrangères", a réagi M. Shaheen.

Les talibans avaient également lancé une offensive visant pour la première fois sur une capitale provinciale, Qala-i-Naw, où des combats les ont opposé aux forces gouvernementales pendant deux jours.

Vendredi, le porte-parole du ministère de la Défense Fawad Aman a annoncé sur Twitter que les forces afghanes avaient repris le contrôle de la ville.

Le pays traverse "l'une des étapes les plus compliquées de la transition", avait reconnu jeudi le président afghan Ashraf Ghani.

"Le pays peut être contrôlé", avait-il cependant assuré, confiant dans la capacité de son gouvernement à gérer la crise.

Si le porte-parole taliban, Suhail Saheen, a déclaré à l'AFP croire en "une solution pacifique", les insurgés semblent n'être guère intéressés à discuter avec le gouvernement, et les négociations officielles de Doha sont au point mort.

Les talibans n'ont jamais été aussi puissants depuis qu'ils ont été renversés par la coalition internationale menée par les États-Unis fin 2001.

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