Afghanistan: les autorités veulent reprendre un poste-frontière avec l'Iran

Jay DESHMUKH et Justine GERARDY
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Les autorités afghanes ont affirmé samedi se préparer à reprendre le plus important poste-frontière avec l'Iran, tombé la veille aux mains des talibans, nouvelle débâcle de l'armée afghane face aux insurgés qui disent contrôler désormais 85% du territoire.

Le porte-parole du gouverneur de la province d'Hérat (ouest), Jilani Farhad, a indiqué à l'AFP samedi que des troupes allaient être envoyées pour reprendre le poste-frontière d'Islam Qala, principal point de passage avec l'Iran, démentant implicitement sa reconquête par les forces afghanes annoncée par le ministère de l'Intérieur.

"Les renforts n'ont pas encore été envoyés à Islam Qala. Ils le seront bientôt", a-t-il déclaré.

Outre Islam Qala, les talibans ont affirmé vendredi s'être emparés du poste-frontière de Torghundi avec le Turkménistan, également situé dans la province d'Hérat.

Samedi, plusieurs centaines de combattants de la milice d'Ismail Khan, figure de la guerre contre l'occupation soviétique et chef de guerre antitalibans, se sont déployés à travers la ville d'Hérat, la capitale provinciale dont ils contrôlent les entrées, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Vendredi à Hérat, Ismail Khan a annoncé qu'il allait, pour "changer la donne", reprendre les armes contre les talibans qui l'avaient capturé dans les années 1990 et dont il a aidé les forces américaines à renverser le régime en 2001.

- Chefs de guerre -

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Le gouverneur de Balkh, Mohammad Farhad Azimi, a lui annoncé le déploiement de 1.500 miliciens dans cette province septentrionale.

L'ambassadeur du Pakistan à Kaboul, Mansoor Ahmad Khan, a estimé que l'implication de ces milices dans le conflit contre les talibans pourrait détériorer plus encore la situation.

Si cela "se traduit par une sorte de guerre entre milices et talibans, ce sera dangereux", a déclaré à l'AFP l'ambassadeur du Pakistan, pays longtemps accusé de soutenir les talibans, appelant à "renforcer les capacités" de l'armée afghane.

Des milliers de civils ont récemment rejoint des milices formées par le gouvernement afghan pour renforcer les rangs de l'armée.

L'affaiblissement de l'armée renforce aussi la position des chefs de guerre historiques qui mobilisent leurs partisans, alimentant la crainte que le pays plonge dans une nouvelle guerre civile, comme ce fut le cas après la chute en 1992 du régime communiste, consécutive au départ en 1989 de l'armée soviétique.

A la faveur d'une offensive tous azimuts déclenchée en mai, parallèlement au début du retrait définitif de l'armée américaine d'Afghanistan, les talibans se sont emparés de vastes portions du territoire, sans véritable résistance de la part d'une armée afghane désormais privée du crucial soutien aérien américain et largement démoralisée.

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Samedi, le gouverneur de la province de Badghis, Hessamuddin Shams, a indiqué que les forces afghanes avaient repoussé une nouvelle attaque contre Qala-i-Naw, première capitale provinciale dans laquelle les talibans avaient réussi à pénétrer depuis le début de leur offensive, en s'emparant jeudi de plusieurs bâtiments officiels, avant d'en être chassés le lendemain.

Les talibans ont également affirmé s'être emparés samedi d'un district de la province du Laghman, voisine de Kaboul. Et les faubourgs de Ghazni, capitale de la province éponyme au sud-ouest de Kaboul, sont le théâtre de combats sporadiques depuis jeudi, a indiqué à l'AFP le chef du conseil provincial, Nasir Ahmad Faqiri.

Les insurgés, qui ont conquis assez facilement une partie du nord du pays, des zones où ils ont historiquement peiné à prendre pied, se disent désormais maîtres de 85% du territoire afghan, chiffre contesté par le gouvernement et impossible à vérifier de façon indépendante.

Mais les forces gouvernementales ne contrôlent plus essentiellement que les principaux axes routiers et les capitales provinciales, dont certaines sont ravitaillées par voie aérienne.

- Chinois évacués -

Malgré l'avancée des talibans, Washington a poursuivi le retrait de ses troupes, qui mettra un terme définitif à 20 ans d'une intervention militaire internationale meurtrière et coûteuse, déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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En annonçant jeudi que le retrait américain prendrait fin le 31 août, le président Joe Biden a estimé "très improbable" qu'un "gouvernement unifié (...) contrôle l'ensemble du pays".

Washington appelle à "un accord politique", mais les négociations entre gouvernement afghan et talibans sont au point mort. Ces derniers ont récemment affirmé rechercher "un accord négocié", mais le président afghan Ashraf Ghani les a accusés samedi de ne pas vouloir réellement discuter, les rendant "responsables" de la violence qui fait selon lui "de 200 à 600 morts" quotidiens dans le pays.

Pékin, qui a critiqué "le retrait précipité et chaotique" des Etats-Unis d'Afghanistan, a récemment rapatrié 210 de ses ressortissants.

"De façon à assurer la sécurité des citoyens chinois en Afghanistan, le gouvernement chinois leur a conseillé de quitter le pays dès que possible, et a fourni l'assistance nécessaire", a annoncé le département chinois des affaires consulaires, sans préciser s'il reste des Chinois dans le pays.

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