La Moldavie élit ses députés, les pro-Européens ambitieux

Olga SHYLENKO
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Les Moldaves élisent leurs députés dimanche à l'occasion de législatives anticipées convoquées par la nouvelle présidente pro-européenne Maia Sandu pour renforcer son pouvoir face à ses rivaux prorusses.

Après sa large victoire en novembre 2020 à l'élection présidentielle devant le sortant Igor Dodon, Mme Sandu a besoin de prendre le contrôle du Parlement pour mettre en oeuvre la politique qu'elle a promise, à commencer par la lutte contre la corruption endémique dans ce petit pays coincé entre l'Ukraine et la Roumanie.

Ex-économiste de la Banque mondiale, Mme Sandu, 48 ans, avait dissous en avril l'assemblée toujours contrôlée par M. Dodon.

"Nous avons une chance de nous débarrasser des voleurs et d'élire un gouvernement intègre et bon", a-t-elle affirmé jeudi dans une allocution vidéo.

Des mots d'ordre qui trouvent un écho chez beaucoup de Moldaves, fatigués des scandales de corruption dont le plus retentissant en 2015 portait sur la disparition d'un milliard de dollars - l'équivalent de 15% du PIB - des caisses de trois banques.

Natalia, une brune de 29 ans, a voté pour le parti Action et solidarité (PAS, centre-droit) de Mme Sandu dans un bureau de vote dans le centre de Chisinau.

"Après tant d'années, ce pays a finalement de l'espoir de chasser les voleurs, qui s'y sont bien installés grâce à l'argent russe, et élire les gens qui serviront le pays honnêtement", a-t-elle lancé à l'AFP.

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"Avec ce parti, nous avons un avenir européen", a ajouté un électeur d'une soixantaine d'années refusant de donner son nom et même le prénom.

Lioudmila, une retraitée de 70 ans, a voté pour le bloc des socialistes et communistes (BESC) mené par M. Dodon: "Sous les communistes, il y avait de l'ordre" et "on vivait mieux. Maintenant tout coûte cher et la retraite est petite".

- 'Influence russe faiblira' -

Comptant parmi les pays les plus pauvres d'Europe, la Moldavie est secouée depuis son indépendance en 1991 par des crises politiques à répétition, tout en devant gérer un conflit gelé en Transdniestrie, territoire séparatiste prorusse.

Pour nombre de ses compatriotes, Mme Sandu "est devenue un symbole de changements", explique le politologue Alexei Tulbure.

La formation de Mme Sandu est crédité de 35% à 37% des intentions de vote, contre 21% à 25% pour ses rivaux du BECS. Deux autres petits partis ont des chances d'entrer au Parlement.

La diaspora, qui représente plus d'un tiers des électeurs dans ce pays touché par une très forte émigration, pourrait augmenter considérablement le score de Mme Sandu après l'avoir largement soutenu à la présidentielle.

"L'ennemi principal du PAS est l'été qui démotive le jeune électorat de Sandu", note le site d'information ukrainien Evropeïska Pravda.

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Igor Dodon a de son côté accusé vendredi les autorités de préparer des "provocations" pour les élections et brandi la menace de manifestations "pour protéger (sa) victoire" électorale.

Pour de nombreux analystes, le vote de dimanche devrait dans tous les cas porter un coup à la Russie, désireuse de garder une emprise sur la Moldavie.

"La majorité parlementaire sera pro-européenne et l'influence russe faiblira", prédit le politologue basé à Kiev Sergiy Gerasymchuk.

Ex-république soviétique de 2,6 millions d'habitants, la Moldavie oscille au gré des élections entre les partisans d'un rapprochement avec Moscou et ceux d'une intégration européenne.

Maia Sandu a déjà irrité le Kremlin en disant vouloir voir partir la garnison russe basée en Transdniestrie, territoire séparatiste qui échappe au contrôle moldave depuis près de 30 ans. A la place, elle souhaiterait des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Ouverts à 07H00 locales (04H00 GMT), les bureaux de vote fermeront à 21H00. Cent un députés seront élus pour un mandat de quatre ans.

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