Ruée sur la vaccination sous l'effet du pass sanitaire étendu par Macron

Françoise KADRI

Les Français ont pris d'assaut les sites de rendez-vous médicaux après les annonces d'Emmanuel Macron rendant obligatoire la vaccination des soignants et assimilés, et décidant d'un pass sanitaire étendu à la plupart des lieux publics pour contrecarrer le contagieux variant Delta.

Bars, restaurants, centres commerciaux et transports (sauf le transport local) seront soumis à ce pass (vaccination, test négatif, certificat de rétablissement), ainsi que les lieux culturels comme les cinémas et théâtres.

Le gouvernement s'inquiète de la progression du variant Delta, deux fois plus contagieux que les souches précédentes et qui représente plus de 60% des 4.000 à 5.000 nouveaux cas quotidiens. Un chiffre qui pourrait flamber à 35.000 nouvelles contaminations début août en l'absence d'efforts pour limiter la circulation du virus, selon une récente modélisation de l'Institut Pasteur.

L'effet des annonces du Président a été immédiat. Plus de 1,7 million de rendez-vous ont été pris en moins de 24 heures sur le seul site Doctolib.

"Il n'y a pas d'obligation vaccinale (pour tous, ndlr), il y a une incitation maximale", a souligné le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, "satisfait de voir que le message du président de la République a été entendu".

C'est "une nouvelle course de vitesse qui est engagée" grâce à l'"atout maître" des vaccins, a dit le chef de l'Etat.

Le taux d'incidence du virus (nombre de personnes testées positives sur 100.000 habitants) a déjà plus que doublé entre la fin juin et actuellement, à 37,4 (contre 15 pour 100.000).

- Des "sanctions" -

Pour mettre la pression sur les non-vaccinés, le gouvernement a choisi d'étendre le pass sanitaire, jusque-là prévu pour les rassemblements de plus de 1.000 personnes.

A partir du 21 juillet, il sera nécessaire pour les "lieux de loisirs et de culture", y compris les parcs d'attraction. Cinémas et théâtres dont le Festival d'Avignon ont protesté contre une mesure imposée avec dix jours d'avance sur d'autres secteurs.

Les cafés, restaurants, centres commerciaux, et tout leur personnel, auront ainsi jusqu'à début août pour s'organiser. Même chose pour les transporteurs (avions, trains ou autocars de longs trajets), ainsi que pour les établissements médicaux. Les lieux de culte en seront exemptés.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a justifié cette mesure pour éviter de "refermer le pays".

Le gouvernement a promis d'être "pragmatique" par exemple avec les adolescents admis dans la campagne vaccinale seulement à la mi-juin: "Il est hors de question d'imposer un été infernal" aux moins de 18 ans, a souligné M. Attal.

Comme l'ont réclamé de nombreux experts et responsables politiques, la vaccination deviendra obligatoire pour les personnels soignants et non soignants des hôpitaux et maisons de retraite, les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile, ainsi que les pompiers ou les ambulanciers. Mais pas pour les policiers et les gendarmes.

Quelque 4 millions de personnes sont concernées dont 1,5 non-vaccinées, selon M. Attal. Elles auront jusqu'au 15 septembre pour le faire, sous peine de "sanctions" pouvant aller de la suspension du contrat de travail, à la mise à pied, voire à un licenciement.

- "Beaucoup souffert" -

"On a des personnels qui ont beaucoup souffert et le ton employé par le président, la façon de faire, étaient vraiment les pires qui pouvaient être choisis", a réagi Corinne Delys, secrétaire générale CGT à l'hôpital de Creil (Oise), inquiète que ces annonces accentuent la "fuite des personnels" hospitaliers. Les organisations professionnelles, dont l'ordre des infirmiers, ont cependant unanimement salué ces annonces.

Les autorités vont également renforcer le dispositif "aller vers" pour vacciner les personnes âgées (plus de 80 ans notamment), les plus de 60 ans, et les personnes jeunes à risque, dont celles souffrant d'obésité, dont seules 50% sont protégées.

"On sera bientôt à trois quarts de la population adulte vaccinée (avec au moins une dose) maintenant notre travail c'est d'aller chercher" les autres, a dit le ministre Véran.

Pour une mise en oeuvre la plus rapide possible, le Parlement siègera en session extraordinaire à partir du 21 juillet.

L'écrasante majorité des forces politiques ont approuvé la vaccination obligatoire pour les soignants et assimilés, à l'exception de LFI où Jean-Luc Mélenchon a dénoncé un "abus de pouvoir" et que la cheffe du RN Marine Le Pen a qualifié de "brutalité indécente".

Certains juristes ont critiqué des mesures "disproportionnées" et attentatoires à plusieurs libertés fondamentales, mais les constitutionnalistes ont rappelé l'obligation faite à l'Etat de protéger la santé publique.

Les annonces du chef de l'Etat ont également électrisé la mouvance "covido-sceptique", qui dénonce depuis des mois une "dictature sanitaire".

M. Attal a dit avoir "du mal à entendre, dans un pays où vous avez déjà 11 vaccins obligatoires", que l'incitation à se vacciner pour éviter à nouveau des "restrictions sur les libertés des Français, soit vue comme une dictature".

Selon un sondage de l'institut Elabe, 76% des Français sont favorables à la vaccination obligatoire des soignants et une majorité sont d'accord avec l'extension du pass sanitaire: à 58% pour les cafés-restaurants, 66% pour les loisirs-culture, 76% pour les déplacements.

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