Le Liban en chute libre, la France annonce une conférence d'aide

Hachem OSSEIRAN

Miné par la pire crise économique de son histoire, le Liban risque de s'enfoncer dans l'abîme après l'échec de Saad Hariri à former un nouveau gouvernement, les Occidentaux fustigeant les dirigeants libanais accusés de blocage "délibéré".

Vendredi, la France, qui chapeaute les efforts internationaux pour une sortie de crise, a annoncé une nouvelle conférence d'aide internationale au Liban le 4 août, pour "répondre aux besoins des Libanais".

Cette conférence se tiendra le jour du 1er anniversaire de l'explosion dévastatrice au port de Beyrouth, imputée à la négligence des autorités, qui a fait plus de 200 morts, détruit des quartiers entiers et aggravé encore plus la crise sociale, économique et politique, qualifiée par la Banque mondiale de l'une des pires de l'histoire depuis 1850.

"Liban, vers plus de danger", a écrit en une le quotidien Annahar. "Avec la récusation de Hariri, une aggravation de la crise est inéluctable", a titré le quotidien L'Orient-Le Jour.

Face à une flambée vertigineuse des prix, une dégringolade historique de la monnaie nationale, une paupérisation inédite de la population et des restrictions bancaires draconiennes, les Libanais vivent aussi au rythme de graves pénuries, notamment de médicaments et de carburant, ayant catalysé de nouvelles manifestations ces derniers jours.

Dans le Nord, à Tripoli, des heurts ont opposé vendredi des manifestants à l'armée, faisant 19 blessés, selon la Croix-Rouge libanaise. L'armée a indiqué que des jeunes avaient lancé une grenade et des pierres blessant 15 soldats. Dans le Sud, des manifestants ont incendié des pneus à Saïda.

Malgré la pression internationale et la menace de sanctions de l'Union européenne contre les dirigeants libanais accusés de corruption et d'incompétence, les tractations politiciennes ont entravé la formation d'un nouveau gouvernement censé lancer des réformes pour débloquer des aides internationales cruciales.

- "Obstruction organisée" -

Jeudi, Saad Hariri, désigné il y a neuf mois pour former un cabinet, a jeté l'éponge. Avant lui, Moustapha Adib, nommé après l'explosion au port, avait également échoué face aux marchandages.

M. Hariri a accusé le président Michel Aoun d'empêcher la formation d'une équipe de technocrates et de vouloir imposer une répartition "confessionnelle et partisane" des portefeuilles.

"Si j'avais formé le gouvernement que Michel Aoun voulait, je n'aurais pas pu diriger le pays", a affirmé M. Hariri, alors que le pays est géré depuis août 2020 par un gouvernement démissionnaire chargé des affaires courantes.

M. Aoun a à son tour accusé M. Hariri d'entraver la formation d'un gouvernement. Le président libanais est un allié du puissant mouvement armé chiite Hezbollah, force politique incontournable dans le pays.

"Ce dernier développement confirme le blocage politique dans lequel les dirigeants libanais maintiennent délibérément le pays depuis des mois, alors même qu'il s'enfonce dans une crise économique et sociale sans précédent", ont déploré les Affaires étrangères françaises, parlant "d'obstruction organisée".

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a évoqué une "autodestruction cynique". Les Etats-Unis ont appelé les dirigeants libanais à "mettre leurs différends de côté sans tarder" après avoir "gaspillé" des mois.

"Il est de la responsabilité des dirigeants libanais de résoudre la crise intérieure actuelle, qu'ils ont eux-mêmes créée", a lancé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

- "Assassiné" -

Après l'échec de M. Hariri, les réseaux sociaux se sont enflammés, alors qu'une grande partie de la population réclame le départ de toute la classe politique.

"Adieu pays. Sciemment assassiné", a écrit sur Facebook un internaute.

"Tous (les dirigeants) sans exception ont détruit le pays et continuent de le faire", a lancé le militant Lucien Bourjeily.

Et comme si les difficultés n'étaient pas suffisantes, le ministre libanais de la Santé Hamad Hassan a indiqué que les subventions sur certains médicaments seraient désormais levées pour freiner le drainage des réserves de devises étrangères de la Banque centrale.

En attendant, la livre libanaise a de nouveau décroché sur le marché noir face au billet vert, dépassant 22.000 livres pour un dollar, contre moins de 20.000 livres avant l'annonce de M. Hariri. Le taux officiel se maintient à 1.507 livres pour un dollar.

Michel Aoun doit maintenant entamer des consultations parlementaires pour choisir un chef de gouvernement. Et les traditionnels marchandages seront à nouveau lancés.

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