Afghanistan: pourparlers à Doha entre gouvernement et talibans malgré les combats

Gregory WALTON

Des représentants du gouvernement afghan et des talibans doivent se rencontrer au Qatar samedi pour des pourparlers au moment où de violents combats les opposent sur le terrain et où les forces étrangères se retirent d'Afghanistan.

Les deux parties se rencontrent régulièrement depuis des mois à Doha, capitale du Qatar, mais des sources proches des discussions ont laissé entendre que ces dernières battaient de l'aile, les talibans ayant gagné du terrain sur le champ de bataille.

Vendredi, les forces afghanes ont notamment tenté, au prix d'affrontements violents, de reprendre la localité stratégique de Spin Boldak (sud), verrou vers la frontière pakistanaise, tombée aux mains des insurgés mercredi.

Les talibans ont lancé début mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, profitant du début du retrait des forces étrangères qui doit s'achever d'ici fin août. Ils ont conquis de vastes territoires ruraux, notamment dans le Nord et l'Ouest de l'Afghanistan, loin de leurs bastions traditionnels du Sud.

Plusieurs hauts responsables, dont l'ancien président Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, chef du conseil gouvernemental supervisant le processus de paix et ancien chef de l'exécutif, ont quitté Kaboul pour Doha vendredi après-midi.

"La délégation de haut niveau est ici pour parler aux deux parties, les guider et soutenir l'équipe de négociation (du gouvernement) pour accélérer les pourparlers et faire des progrès", a déclaré à l'AFP Najia Anwari, porte-parole de l'équipe de négociation du gouvernement afghan à Doha.

Elle a dit espérer que les deux parties parviendront rapidement à un accord.

- Tension avec le Pakistan -

Si les combats font rage entre forces gouvernementales et talibans, une guerre des mots s'intensifie également entre Kaboul et Islamabad, l'armée pakistanaise étant accusée de fournir un soutien aérien aux insurgés dans certaines zones. Le Pakistan a fermement démenti.

Islamabad avait annoncé la tenue d'une conférence des divers acteurs impliqués dans le conflit pour faire face à l'escalade de violence, mais le sommet a été reporté après la fête musulmane de l'Aïd al-Adha, qui marque la fin du hajj, grand pèlerinage annuel à La Mecque, ouvrant ainsi la voie à la réunion de Doha.

La frontière sud de l'Afghanistan est depuis longtemps un point sensible des relations avec son voisin.

La province pakistanaise du Baloutchistan abrite depuis des décennies les principaux dirigeants talibans ainsi qu'un important contingent de combattants qui se rendent régulièrement en Afghanistan.

Les troupes étrangères sont présentes en Afghanistan depuis près de vingt ans, après l'invasion menée par les Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre. Mais elles se sont placées en retrait ces derniers mois.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé vendredi que la mission des Etats-Unis en Afghanistan, avait "échoué".

Privées du crucial soutien aérien américain, les forces afghanes n'ont jusqu'ici opposé qu'une faible résistance aux talibans. Elles ne contrôlent essentiellement plus que les axes majeurs et les grandes villes, dont plusieurs sont encerclées.

Les observateurs estiment que la rapidité et l'ampleur de l'offensive des talibans a pour but de renforcer leur position dans les négociations en cours avec le gouvernement.

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