Covid-19: confusion à la veille de la levée des restrictions en Angleterre

Pauline FROISSART

Le Premier ministre britannique Boris Johnson est contraint de s'isoler et son ministre de la Santé est, lui, positif au Covid-19 à la veille de la levée des restrictions liées à la pandémie en Angleterre, ajoutant à l'inquiétude et à la confusion.

Le Covid-19 a fait plus de 128.600 morts au Royaume-Uni où les contaminations grimpent en flèche depuis des semaines, avec au total plus de 585.000 cas recensés depuis le 1er juillet. Le pays est le plus touché en Europe en nombre de cas et a dépassé les 54.000 nouvelles contaminations enregistrées samedi.

Un porte-parole de Downing Street a annoncé dimanche que Boris Johnson ainsi que le ministre des Finances Rishi Sunak étaient cas contact. Ils s'étaient réunis cette semaine avec le ministre de la Santé Sajid Javid, qui a annoncé samedi être positif au Covid-19.

Ce porte-parole avait indiqué dans un premier temps que Boris Johnson et Rishi Sunak échapperaient à un isolement complet car "ils participeront à un programme pilote de dépistages quotidiens" qui "leur permet de continuer à travailler depuis Downing Street".

Toutefois, devant l'indignation provoquée par cette annonce, l'opposition dénonçant un gouvernement "au dessus des lois", Downing Street est revenu en arrière et a finalement annoncé que les deux hommes observeront bien leur période d'isolement.

Boris Johnson "continuera à mener des réunions avec les ministres à distance", depuis Chequers, la résidence de campagne des chefs de gouvernement, au nord-ouest de Londres.

Conscient que ce semi isolement aurait pu donner le "sentiment que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde", Rishi Sunak a aussi affirmé sur Twitter qu'il s'isolera complètement.

Keir Starmer, chef du Parti travailliste, a dénoncé sur le même réseau social un gouvernement en plein "chaos", envoyant des messages contradictoires à la veille de la levée de quasi toutes les restrictions restantes en Angleterre, y compris l'obligation de porter le masque ou la distanciation sociale.

Boris Johnson justifie cette étape, rebaptisée "Jour de la liberté", par le succès d'une campagne de vaccination menée tambour battant depuis décembre - plus de deux tiers des adultes entièrement vaccinés - qui a "affaibli" le lien entre maladie, hospitalisations et décès, permettant au système public de santé de faire face.

A partir de lundi, le télétravail ne sera plus la norme. Les salles de spectacle et les stades rouvriront à pleine capacité, les discothèques pourront de nouveau accueillir du public, le service au bar sera de nouveau possible dans les pubs et le nombre de personnes autorisées à se rassembler ne sera plus limité.

Le masque ne sera plus obligatoire mais recommandé dans les transports et magasins.

- "Saper les efforts" -

Ce grand relâchement est jugé "imprudent" par l'opposition travailliste, face à la montée des contaminations dues au variant Delta, particulièrement contagieux. Le nombre de contaminations quotidiennes pourrait atteindre 100.000 d'ici quelques semaines, de l'aveu même du ministre de la Santé.

Un groupe d'influents scientifiques internationaux a ainsi appelé vendredi le gouvernement britannique à revenir sur sa décision qui "risque de saper les efforts de contrôle de la pandémie non seulement au Royaume-Uni, mais également dans d'autres pays".

Sur Sky News, le ministre du Logement et des Communautés, Robert Jenrick, a reconnu qu'"il va y avoir des semaines assez difficiles à venir".

Outre les personnes contaminées, des millions de personnes, cas contact, sont priées de rester chez elles dix jours.

La pression des milieux économiques monte pour que l'application utilisée par le service public de santé soit révisée en raison du très grand nombre de gens contactés, qui fait craindre des pénuries de personnel empêchant certains services de fonctionner. Samedi, une ligne du métro de Londres a dû ainsi être interrompue, faute de personnel suffisant dans la salle de contrôle.

Aux frontières, un assouplissement entre aussi en vigueur lundi pour certaines destinations.

Les personnes entièrement vaccinées au Royaume-Uni et venant de pays classés "orange", parmi lesquels de nombreuses destinations touristiques comme l'Italie ou l'Espagne, n'auront plus besoin d'observer de quarantaine à leur arrivée en Angleterre, à l'exception de ceux venant de France en raison de la "présence persistante" de cas du variant Beta, selon le gouvernement.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

logo AFP