Inondations: Berlin veut améliorer son système d'alerte décrié

Jean-Philippe LACOUR avec Isabelle LE PAGE à Berlin

Le gouvernement d'Angela Merkel a promis lundi d'améliorer le système national d'alerte-catastrophe, mis en cause suite aux inondations dévastatrices qui ont frappé l'Allemagne, avec un bilan d'au moins 165 morts dans le pays qui devrait encore s'alourdir avec les recherches des nombreux disparus.

Ces inondations qui ont particulièrement frappé les régions de l'ouest de l'Allemagne constituent la plus grande catastrophe naturelle de l'histoire récente du pays.

"Nous vivons aujourd'hui une tragédie incroyable (...) que nous devons surmonter avec beaucoup de force", a déclaré lundi le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer en déplacement dans la commune de Bad Neuenahr-Ahrweiler, dans la région de Rhénanie-Palatinat.

Les aides de l'Etat fédéral pour la reconstruction se monteront probablement à "plusieurs milliards" d'euros, a-t-il confirmé.

Mais le ministre a surtout réfuté toutes les accusations de défaillance des mécanismes d'alerte de la population, qui se multiplient depuis le week-end.

"Les alertes ont fonctionné sans problème technique", a-t-il défendu, précisant cependant ne pas "exclure que nous devions améliorer certaines choses" à l'avenir.

Le candidat des conservateurs à la chancellerie Armin Laschet a promis "une meilleure prévention" qui sera discutée dans les prochains jours entre les régions, les communes et l'Etat fédéral.

- Bataille de sirènes -

La protection civile allemande est en particulier accusée de ne pas avoir averti suffisamment vite les populations concernées dans les zones inondables de la gravité des crues.

Son président Armin Schuster s'en est défendu, affirmant que son institution avait envoyé de nombreuses alertes via les applications, ainsi qu'aux médias.

Mais les crues ont entraîné des coupures d'électricité massives et fait tomber des antennes de télécommunication, empêchant des habitants de recevoir à temps les messages.

Lundi, ce responsable expérimenté a plaidé pour "le retour des bonnes vieilles sirènes", afin de ne pas se reposer uniquement sur des outils numériques.

Le hic: ce système de sirène, héritage de la guerre froide pour alerter en cas d'attaque nucléaire notamment, avait prouvé son inefficacité en septembre 2020, quand un grand test au niveau national avait tourné au fiasco.

Certaines ne s'étaient pas déclenchées en raison de problèmes techniques, et des communes les avaient tout simplement enlevées, les jugeant inutiles.

Le gouvernement a lancé au printemps un programme doté de 90 millions d'euros pour reconstituer le réseau, a rappelé M. Schuster.

- Bilan provisoire -

Un débat est aussi engagé sur la répartition des compétences en matière de protection civile dans ce pays fédéral, où les régions sont censées être en première ligne.

La candidate des Verts à la chancellerie, Analena Baerbock, a notamment exigé un renforcement "massif" de la prévention des risques, où l'Etat fédéral "doit jouer un rôle de coordination beaucoup plus fort".

M. Seehofer a opposé une fin de non-recevoir : "il serait totalement inconcevable qu'une telle catastrophe puisse être gérée depuis un seul endroit", a-t-il jugé lors d'une visite dans le canton d'Euskirchen, en Rhénanie-du-nord-Westphalie, qualifiant les appels à une centralisation des compétences "de basse rhétorique électorale".

Pendant ce temps, le décompte macabre des morts retrouvés dans les caves ou des carcasses de voiture se poursuit.

Dans la région de Rhénanie-Palatinat, la plus touchée, le nombre des victimes est monté à 117 morts et 749 blessés, selon la police.

"Nous n'avons pas encore été dans toutes les maisons donc nous devons supposer que nous trouverons plus de morts", a prévenu Roger Lewentz, ministre régional de l'Intérieur.

Il a précisé que les autorités étaient toujours sans nouvelles de plusieurs centaines de personnes dans la région, disparues ou injoignables en raison des perturbations du réseau téléphonique.

En Rhénanie-du-nord-Westphalie, le dernier bilan dimanche faisait état d'"au moins" 47 morts, tandis qu'un décès était à déplorer en Bavière, dans le sud du pays, touchée par d'importantes inondations ce week-end.

Les violentes crues de la nuit du 14 au 15 juillet ont aussi touché le Luxembourg, les Pays-Bas, et la Belgique. Dans ce pays, elles ont fait 31 morts, portant le bilan total à 196 victimes en Europe.

Le réchauffement du climat a été mis en cause autant par des experts que par les responsables politiques. Mme Merkel a appelé dimanche à faire un "très grand effort" pour accélérer les politiques climatiques.

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