Fin du masque obligatoire pour le public qui a son pass sanitaire

Paul RICARD

Cinémas, musées, établissements sportifs: le port du masque ne sera plus obligatoire pour le public dans les lieux où l'entrée est conditionnée au pass sanitaire, selon une décision du gouvernement toutefois contestée par des scientifiques.

"Là où il y a le pass sanitaire" anti-Covid-19, les personnes "pourront enlever le masque", "sauf contrordre des préfets dans les départements en fonction de la situation épidémique", a déclaré mardi sur RTL le ministre de la Santé, Olivier Véran, avant le début de l'examen de la loi au Parlement dans la journée.

Selon lui, le masque ne s'y impose plus car le pass sanitaire implique "qu'on est sûr que toutes les personnes qui rentrent sont vaccinées complètement ou ont un test très récent qui est négatif".

"Le port du masque peut toutefois être rendu obligatoire par le préfet de département lorsque les circonstances locales le justifient, ainsi que par l'exploitant ou l'organisateur", nuance cependant le décret publié mardi pour officialiser cette mesure.

Ce décret paru au Journal officiel abaisse également à 50 personnes (contre 1.000 auparavant) la jauge dans les lieux soumis au pass sanitaire. Ce dernier sera exigible dans les lieux de culture (cinémas, musées, théâtres etc.) à partir de mercredi.

Contrairement au public qui y accède, les salariés qui travaillent dans les endroits soumis au pass sanitaire devront garder le masque pour l'instant, a précisé le ministère du Travail.

"Le port du masque reste la règle en entreprise. Le pass étant obligatoire à partir du 30 août pour les salariés (des lieux soumis au pass), il n'est pas envisagé pour le moment de le supprimer pour ces salariés", selon le ministère.

- "Mauvaise idée" -

La fin de l'obligation du masque pour le public de ces lieux-là "va améliorer le quotidien des Français petit à petit", a commenté M. Véran.

A l'inverse, la très respectée épidémiologiste Dominique Costagliola dit avoir appris cette mesure "avec stupeur".

"C'est une mauvaise idée", a-t-elle asséné sur France Inter. "Il faudrait avoir ceinture et bretelles pour essayer de combattre cette épidémie, et pas enlever certaines mesures quand on en met d'autres en place".

"La vaccination ne permet pas d'éviter toutes les infections (...). Il faut maintenir les gestes barrières", a également assuré sur Twitter Rémi Salomon, président de la commission médicale des Hôpitaux de Paris.

"Cette décision interdit l'accès de ces lieux aux 250.000 personnes immunodéprimées sévères, détentrices du pass sanitaire, vaccinées trois fois, mais à très haut risque et mal ou non protégées par la vaccination, qui ne peuvent compter que sur les masques portés par tous", a de son côté protesté Renaloo, association de dialysés et greffés du rein.

D'autant que la découverte d'un cluster de 81 cas positifs après trois soirées techno organisées mi-juillet dans un club de Bordeaux a jeté un doute sur l'efficacité des contrôles du pass sanitaire.

Et sous l'effet du variant Delta, plus contagieux, l'épidémie repart en France, à tel point que l'exécutif parle désormais d'une quatrième vague.

Au niveau national, la moyenne quotidienne des nouveaux cas sur les 7 derniers jours est supérieure à 8.000, contre seulement 1.850 fin juin.

- Cas contacts -

Le gouvernement craint que cette hausse, qui touche essentiellement les jeunes pour l'instant, finisse par s'étendre aux personnes âgées ou fragiles non vaccinées et entraîne une hausse des hospitalisations.

"Des moments difficiles attendent notre pays", a déclaré le Premier ministre Jean Castex lors d'une réunion avec les députés LREM, selon des propos rapportés par un participant.

C'est justement cette dégradation qui a amené le président Emmanuel Macron à annoncer un tour de vis le 12 juillet pour accélérer la vaccination: vaccin obligatoire pour les soignants et extension du pass sanitaire (prouvant la vaccination complète, un test négatif récent ou l'immunisation) aux cafés, restaurants ou trains à partir de début août.

Le gouvernement doit déterminer comment appliquer cela aux centres commerciaux. Il envisage de limiter l'obligation du pass sanitaire à ceux de plus de 20.000 m2, tout en garantissant l'accès aux biens de première nécessité (dont la nourriture), comme l'a exigé le Conseil d'Etat lundi.

Toutes ces mesures doivent se traduire dans la loi, qui pourrait être adoptée en fin de semaine.

Elles "vont sauver des vies", a martelé M. Véran, en insistant à nouveau sur l'importance de la vaccination, nettement accélérée par les annonces de M. Macron.

"On avait fixé un objectif de 40 millions de primo-vaccinés fin août. Je pense qu'on va faire 40 millions avant la fin juillet", s'est félicité le ministre.

Enfin, M. Véran a annoncé un autre assouplissement pour les personnes complètement vaccinées: elles ne seront plus considérées comme cas contact, sauf si elles vivent sous le même toit qu'une personne infectée.

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