Chine: stupeur à Zhengzhou après la dévastation, la pluie menace toujours

Ludovic EHRET

Coupures d'eau et d'électricité, routes barrées et habitants incrédules qui constatent les dégâts: Zhengzhou tente de reprendre jeudi le dessus après les inondations qui ont fait au moins 33 morts dans cette cité du centre de la Chine.

La métropole de 10 millions d'habitants a subi mardi des inondations dévastatrices, qui ont englouti jusqu'à une rame de métro, après trois jours de pluies torrentielles représentant l'équivalent d'un an de précipitations.

Après les inondations meurtrières en Allemagne, le changement climatique est à nouveau montré du doigt pour expliquer les pires intempéries survenues dans la ville depuis le début des relevés météorologiques il y a 60 ans.

Certains responsables évoquent les pires inondations du "millénaire".

"Ces catastrophes montrent que les événements climatiques extrêmes et leur intensité vont croissants", écrit jeudi le quotidien Global Times dans un éditorial.

"Il ne suffit plus de dire vaguement +une fois par millénaire ou une fois par siècle+", s'alarme le journal. "Nous devons nous tenir prêts à affronter des intempéries catastrophiques plus souvent".

- Immergées jusqu'au toit -

Zhengzhou (prononcer: "Djangue-djo"), située à environ 700 km au sud de Pékin, reste envahie par les eaux dans certains quartiers, alors qu'agents d'entretien, pompiers et dépanneurs s'affairent à déblayer les dégâts.

Sous une faible pluie, les habitants sont sortis de chez eux pour se ravitailler ou se rendre au travail. A la sortie d'un tunnel du centre-ville, beaucoup restent stupéfaits devant l'entassement de dizaines de véhicules emportés par les flots.

Les commerces à proximité ont souffert aussi.

"L'eau est montée jusque-là, à environ 80 centimètres", explique à l'AFP M. Chen, patron d'un restaurant populaire de la rue Yongan.

"Mes pertes? Ça peut aller, comparé à ce qui s'est passé dans le tunnel", explique-t-il, alors que l'on ignore si des automobilistes se trouvent toujours dans les voitures coincées à l'intérieur.

Certains véhicules n'ont que le toit qui émerge de l'eau boueuse.

- Début de polémique -

La télévision publique CCTV a montré jeudi une armée de secouristes en train de déblayer une voie ferrée couverte de boue et de gravats. Des pelleteuses étaient aussi en action.

Face à l'ampleur de la catastrophe, le président Xi Jinping a appelé mercredi à la mobilisation après ces inondations "extrêmement graves".

Le pays reste sous le choc des images d'une rame de métro de la ligne 5, envahie mardi par une crue soudaine, avec des passagers qui gardent la tête hors de l'eau debout sur des sièges, alors que l'air se raréfie.

Quelque 500 passagers se sont alors retrouvés pris au piège entre deux stations, a précisé jeudi l'opérateur du métro, déplorant la mort de 12 passagers.

Nombreux sont ceux en Chine qui s'interrogeaient sur un manque d'anticipation des autorités face à la catastrophe.

"Comment se fait-il [...] que le métro n'ait pas été fermé?", pestait un internaute dans une discussion sur le réseau social Weibo qui dépassait jeudi les 92 millions de vues.

Face à la pression, le ministère des Transports a appelé les opérateurs de métro à "améliorer leurs plans d'urgence" en cas d'intempéries.

Le gouvernement a débloqué une aide d'urgence de 100 millions de yuans (13 millions d'euros) en faveur du Henan, la province très peuplée dont Zhengzhou est la capitale.

Le dernier bilan pour l'ensemble de la province fait état de 33 morts et huit disparus, tandis que 376.000 personnes ont été évacuées.

- "Je cherche à rentrer" -

Echaudés par l'orage, de nombreux habitants de Zhengzhou ont garé leur voiture en hauteur sur des passerelles et échangeurs routiers, pour échapper à une éventuelle remontée des eaux.

La météorologie nationale annonce encore des pluies avant une accalmie vendredi. Mais plus au nord, jusque dans le Hebei, la province qui entoure Pékin, certains secteurs ont été placés à leur tour en alerte rouge.

A Zhengzhou, un grand nombre d'hôtels n'accueillent plus de clients, faute d'électricité ou d'alimentation en eau propre, comme l'hôtel Hampton.

"L'orage a inondé nos systèmes électriques. On utilise un groupe électrogène pour avoir une alimentation mais juste pour l'accueil au rez-de-chaussée", explique une réceptionniste.

Alors que les transports publics sont à l'arrêt, beaucoup de personnes originaires du reste du pays souhaitent quitter la ville.

"Je cherche à rentrer à Shanghai", explique Zhang Peng, qui tente de réserver un train via une application mobile sur son smartphone. "Même si la météo s'est améliorée, il n'y en a pas encore de disponible. Mais ça a l'air de se débloquer pour les avions", espère-t-il.

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