Pass sanitaire: l'exécutif veut aller "très vite", embûches à l'Assemblée

Jérôme RIVET et Anne-Pascale REBOUL

Déjà partiellement en vigueur depuis la veille, le controversé pass sanitaire élargi a subi quelques revers jeudi à l'Assemblée qui joue les prolongations sur cet outil présenté par le gouvernement comme la meilleure arme face au rebond de l'épidémie du Covid-19.

Contre l'avis de l'exécutif et dans un scrutin serré, les députés se sont opposés dans l'après-midi au pass sanitaire (parcours vaccinal complet ou test récent) pour l'ensemble des patients et visiteurs dans les hôpitaux et maisons de retraite. Le débat pourrait cependant revenir lors de la navette parlementaire sur le nouveau projet de loi anti-Covid.

Très pressé, le gouvernement veut faire adopter un pass sanitaire encore élargi et la vaccination obligatoire pour certaines professions d'ici à la fin du week-end après quatre jours de débat parlementaire.

Mais au Palais Bourbon, les discussions patinent. A l'inflexibilité du gouvernement, le regard fixé sur les courbes des contaminations, répond la pugnacité des oppositions qui défendent pied à pied leurs amendements, à gauche comme à droite.

"Vous êtes borgnes, vous ne voyez qu'avec l'oeil sanitaire (...) et vous oubliez de regarder avec celui de nos principes fondamentaux", a contesté le LR Aurélien Pradié alors que le débat abordait la date de mise en oeuvre du pass sanitaire étendu et les menaces de licenciement pesant sur les salariés d'établissements recevant du public qui ne pourraient ou voudraient disposer du futur sésame.

"Il faut mesurer la rage que vous risquez de déclencher (...)", a souligné François Ruffin (LFI).

Jeudi en début de soirée, il restait encore quelque 660 amendements à examiner sur le millier qui avait été déposé, et l'ambiance restait tendue.

De son côté, la majorité fait bloc mais des petites musiques se font entendre: "on a besoin de souplesse dans ce texte", a avancé Stella Dupont (LREM).

"Il y a une urgence à légiférer", a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran. "On appliquera (le pass sanitaire) la durée nécessaire, suffisante, minimale! (...) On n'est pas là pour emmerder les gens".

- "Cohérence" -

Si l'obligation vaccinale étendue aux soignants, sapeurs-pompiers ou encore professionnels auprès des personnes âgées fait à peu près consensus, ce n'est pas le cas de l'extension du pass sanitaire, prévue pour début août dans les cafés-restaurants, objet de vives critiques de la gauche à l'extrême droite.

"Nous avons deux choix: réussir le pass, vite, très vite (...) ou nous exposer au risque de devoir reconfiner notre pays", a justifié Olivier Véran devant la commission des Lois du Sénat. "Ne voyez pas ça comme un chantage ou une épée de Damoclès (...) mais il n'y a pas d'autre option".

Devant les sénateurs, Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, a dit craindre "une situation complexe, très complexe" à l'hôpital fin août, le moment où le variant Delta aura "un impact sur le système de soins".

"Les chiffres d'aujourd'hui ne sont pas bons", a souligné M. Véran. Près de 22.000 cas ont été recensés en 24 heures, selon les chiffres de Santé publique France publiés jeudi soir, au plus haut depuis le 5 mai.

En Martinique où la population est très peu vaccinée, les autorités sanitaires redoutent une "déferlante" dans les hôpitaux.

De nouvelles mesures comme le retour au masque obligatoire en extérieur ont été prises pour des communes du Var, de Meurthe-et-Moselle, de l'Hérault et de Vendée. Dans les Pyrénées-Orientales, le port du masque sera même obligatoire à partir de samedi dans les lieux assujettis à un pass sanitaire.

- "Défi collectif" -

Le taux d'incidence progresse surtout chez les 12-17 ans et les 18-29 ans, deux tranches d'âge où le nombre de vaccinés reste très faible.

"On va avoir des campagnes de vaccination spécifiques, notamment dans les établissements scolaires à la rentrée pour précisément vacciner le plus de jeunes possible qui le souhaitent", a rappelé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

"Plus de cinq millions de personnes" souffrant d'au moins une pathologie ne sont pas encore vaccinées, a relevé l'Assurance maladie qui note tout de même "une forte progression de la vaccination sur ces populations".

"Le vaccin, on en débat, le pass, on n'en veut pas", était le mot d'ordre d'une manifestation de 200 personnes jeudi à Paris devant le Sénat, à l'appel de François Asselineau (UPR). Des journalistes de BFMTV ont été pris à partie par des manifestants et la chaîne d'information en contnu a dinqué qu'elle allait porter plainte.

Une nouvelle manifestation contre le pass sanitaire est prévue samedi à Paris, place du Trocadéro.

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