JO-2020: Caeleb Dressel, dans le sillage de Phelps

Elodie SOINARD

Depuis son explosion en 2017, Caeleb Dressel s'inscrit dans le sillage du légendaire Michael Phelps. Mais le nageur américain, sacré champion olympique du 100 m jeudi, n'est pas animé par la chasse aux records et a appris à se détacher du regard des autres pour s'accomplir.

"Je n'ai pas besoin que des gens me regardent. Ce qui compte, c'est juste moi, Troy (son entraîneur, NDLR), mes coéquipiers et la piscine, affirme-t-il. Je ne cherche pas à être célèbre. Je veux juste voir jusqu'où je suis capable d'aller et essayer d'exploiter mon potentiel au maximum. C'est tout."

Le sprinteur floridien, qui fêtera ses 25 ans mi-août, est moins précoce que son illustre aîné aux 23 médailles d'or olympiques record. Quand Phelps s'est offert sa première couronne mondiale dès 16 ans (200 m papillon en 2001), et ses premiers sacres olympiques individuels à 19 ans (2004), Dressel n'y est parvenu qu'à 20 et 24 ans respectivement.

Mais depuis l'été de sa révélation il y a quatre ans, il moissonne l'or mondial à tour de bras. Sept en 2017 à Budapest, record de Phelps en une édition égalé. Six en 2019 à Gwangju, plus un premier record du monde sur 100 m papillon, propriété de... Phelps encore, le tout au coeur d'une collection de huit médailles jamais vue aux Mondiaux jusque-là. Comme sa profusion d'or en l'espace d'une soirée, aussi bien en Hongrie qu'en Corée, avec trois titres raflés en une centaine de minutes.

Si bien qu'avec treize titres mondiaux avant de fêter ses 23 ans, Dressel tient quasiment la cadence infernale de Phelps, 26 fois champion du monde en six éditions, dont 17 dès l'année de ses 22 ans.

- "Je ne savais pas si j'allais revenir..." -

"J'ai assisté à la naissance d'une star", admirait en 2017 le dossiste américain Matt Grevers, multiple champion olympique et du monde.

Pour Dressel, venu très jeune à la natation comme ses trois frères et soeurs, et Floridien pur jus, de son enfance dans la bourgade de Green Cove Springs, au nord-est du "Sunshine State", à sa base d'entraînement à Gainesville, à une grosse heure de route, tout a pourtant failli basculer à 17 ans.

A cette période-là, les attentes autour du jeune sprinteur grandissent au rythme des records par catégorie d'âge qu'il accumule. Trop pour l'adolescent qu'il est encore à l'époque. Au point qu'après une opération du nez début 2014, il ne replonge pas.

"J'avais besoin d'un break mentalement, j'avais certains démons à combattre, raconte Dressel dans la presse américaine. Je ne savais pas de combien de temps j'aurais besoin, si j'allais revenir dans l'eau."

"Il se disait: +J'en ai marre de nager pour les autres, il faut que j'apprenne à nager pour moi+", se souvient sa mère Christina, qui l'a orienté vers un psychologue du sport.

Environ cinq mois plus tard, Dressel envoie à son entraîneur d'alors, Jason Calanog, la photo d'une piscine. "Sa manière de me dire qu'il revenait", résume ce dernier.

Le jour où il s'est remis à l'eau est resté gravé dans sa mémoire. "Je me suis senti revigoré. C'était comme un nouveau baptême", compare-t-il.

- "Exceptionnel jusqu'aux 25 m" -

C'est juste après ce break que Dressel choisit un premier tatouage pour son épaule gauche, un aigle aux ailes déployées, inspiré de son verset biblique préféré. Quelques temps plus tard, alors qu'il reprend sa marche en avant, sa foi s'affiche jusque sur ses pommettes, sur lesquelles il inscrit des références religieuses.

Aujourd'hui, son bras saturé de tatouages est son "parfait reflet", explique-t-il à l'AFP. S'y bousculent un drapeau américain, un ours noir, symbole de "force et de puissance", et un tas de références à ses racines floridiennes: alligator sur le coude, l'emblème de l'université de Florida, oranges, fleurs d'oranger et de magnolia, "un arbre robuste".

Un seul encre son avant-bras droit : les anneaux olympiques.

Dans les bassins, sa marque de fabrique, c'est son départ si jaillissant.

"Il a énormément de force et d'explosivité dans les jambes. Il arrive dans l'eau quarante centimètres plus loin que tout le monde, avec deux fois plus de vitesse. Comme il a un corps très longiligne, il la conserve. Et il a les meilleures coulées du monde, décrypte Julien Jacquier, l'entraîneur de Florent Manaudou. Tout ça, ça lui donne dix mètres gratuits. Jusqu'aux 25 mètres, il est exceptionnel."

Son coach Gregg Troy loue lui l'intensité hors du commun de sa concentration. "Son meilleur niveau est à un horizon de quatre à huit ans", évaluait-il en 2016. Il a vu juste.

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