Iran: le nouveau président ouvert à la diplomatie mais sans "pression ni "sanctions"

Karim ABOU MERHI et Amir HAVASI
<p>Le nouveau président iranien Ebrahim Raïssi (à droite) prête serment devant le Parlement, à Téhéran, le 5 août 2021</p>

Le nouveau président iranien Ebrahim Raïssi a prêté serment jeudi devant le Parlement, affirmant être ouvert à "tout plan diplomatique" pour une levée des sanctions minant l'économie du pays, tout en prévenant que l'Iran ne cèdera pas devant la "pression et les sanctions".

Vainqueur de la présidentielle de juin marquée par une abstention record, le religieux et ultraconservateur succède au modéré Hassan Rohani, qui avait conclu en 2015 un accord sur le nucléaire iranien avec les grandes puissances, après des années de tensions.

<p>Portrait du nouveau président de l'Iran Ebrahim Raïssi</p>

Ancien chef de l'Autorité judiciaire, M. Raïssi a pris ses fonctions mardi, après l'approbation du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Jeudi, lors de sa cérémonie d'investiture par le Parlement diffusée en direct par la télévision d'Etat, le président a mis l'accent sur l'une des priorités de son mandat: la levée des sanctions imposées à Téhéran en 2018 par l'ex-président américain Donald Trump, qui avait sorti unilatéralement les Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien.

"Les sanctions contre la nation iranienne doivent être levées. Nous soutiendrons tout plan diplomatique qui atteindra cet objectif", a-t-il déclaré, affirmant cependant: ni pression ni sanctions "ne parviendront à décourager l'Iran de défendre ses droits".

Mardi, il avait prévenu que son gouvernement chercherait à lever les sanctions "oppressives", mais "ne lierait pas le niveau de vie de la nation à la volonté des étrangers."

Sa prise de fonction intervient au moment où les négociations à Vienne pour une relance de l'accord de 2015 sur le nucléaire semblaient bloquées ces dernières semaines mais aussi dans un contexte de tensions après une récente attaque meurtrière contre un pétrolier au large d'Oman.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël accusent l'Iran de l'avoir menée et lui ont adressé des avertissements. Téhéran en nie la responsabilité.

- "De multiples épreuves" -

<p>Des partisans du président élu de l'Iran, Ebrahim Raïssi, applaudissent au sanctuaire de l'Imam Reza dans la ville de Mashhad, dans le nord-est de l'Iran, le 22 juin 2021</p>

Plusieurs hauts responsables étrangers étaient présents pour la prestation de serment, notamment les présidents d'Irak et d'Afghanistan, les chefs du Parlement de la Russie, de la Syrie et de l'Afrique du Sud.

Des représentants de l'Union européenne, dont Enrique Mora, qui chapeaute pour Bruxelles les discussions sur le nucléaire iranien à Vienne, ont également fait le déplacement.

Autour du Parlement, la circulation dans les rues a été restreinte. Au-dessus de Téhéran, les vols avaient été suspendus pendant deux heures et demie, ainsi que dans les provinces adjacentes d'Alborz et de Qazvin, selon la télévision d'Etat.

Le président a prêté serment en affirmant se "consacrer au service du peuple, à l'honneur du pays, à la propagation de la religion et de la moralité, et au soutien de la vérité et de la justice."

Mardi, il avait reconnu "des lacunes et des problèmes à l'intérieur du pays" pesant sur l'économie, également fragilisée par "l'inimitié des ennemis".

La pandémie de Covid-19 aggrave la crise économique suscitée par les sanctions américaines: l'Iran est le pays le plus touché par le virus au Proche et Moyen-Orient.

Jeudi, le pays de 83 millions d'habitants a enregistré 434 décès liés au coronavirus et plus de 38.000 nouveaux cas, après avoir franchi la veille le seuil symbolique de quatre millions de contaminations.

<p>Le président élu de l'Iran, Ebrahim Raïssi, prononce un discours au sanctuaire de l'Imam Reza dans la ville de Mashhad, dans le nord-est de l'Iran, le 22 juin 2021</p>

Au cours de son mandat, M. Raïssi sera "confronté à de multiples épreuves en raison du nombre élevé de problèmes" notamment "une inflation sans précédent", "les prix vertigineux du logement", la "récession" et la "corruption", a égrené mercredi l'éditorialiste du journal ultraconservateur Kayhan.

De son côté, le journal réformateur Sharq a émis l'espoir que "les jeux politiques laissent la place à de saines rivalités intellectuelles" et que "des voix diverses" soient audibles au sein du nouveau gouvernement.

Le chef de l'Etat va présenter la semaine prochaine ses candidats aux postes ministériels, selon la télévision.

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